Soupçons de financement libyen : ce qui est reproché à Claude Guéant

Soupçons de financement libyen : ce qui est reproché à Claude Guéant ©THOMAS SAMSON / AFP

publié le dimanche 06 décembre 2020 à 15h00

Ce très proche collaborateur de Nicolas Sarkozy est mis en examen depuis mars 2015, dans l'enquête sur des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle 2007 de l'ex-chef de l'Etat. 

Les juges lui reprochent désormais une longue liste d'infractions, dont depuis cette semaine celle d'"association de malfaiteurs", qui dessinent un "pacte de corruption" allégué entre le régime de Khadafi et le camp Sarkozy, ce qu'il réfute en bloc.

- Une vente de tableaux suspecte
Les magistrats s'interrogent sur un virement de 500.000 euros qu'il reçoit en mars 2008, possible contrepartie au "pacte de corruption". Faute d'éléments, ils le mettent d'abord en examen a minima, pour "faux" et "blanchiment de fraude fiscale en bande organisée", avant d'aggraver les charges contre lui en 2018, notamment pour "corruption". 




Claude Guéant justifie ce versement par la vente de deux tableaux, des marines d'un peintre flamand, à un avocat d'affaires malaisien, Siva Rajendram, pour financer l'achat d'un appartement.

Pour certains experts, les tableaux sont surévalués. Les enquêteurs pensent que l'argent provient de fonds libyens, via les hommes d'affaires Alexandre Djouhri et Khalid Bugshan, également mis en examen. 

Le banquier à la manoeuvre, Wahib Nacer, est alors en contact étroit avec Alexandre Djouhri et Bachir Saleh, l'argentier du régime libyen.

- Sa proximité avec Alexandre Djouhri
Derrière la vente, les juges soupçonnent que Claude Guéant a été rétribué pour une possible intervention auprès d'EADS (devenu Airbus) en faveur d'Alexandre Djouhri, qui réclamait le paiement d'une commission sur une vente d'avions. Pour les juges, Alexandre Djouhri a surtout joué l'intermédiaire entre Claude Guéant et Bachir Saleh, possible canal d'un financement occulte de la campagne.

L'année 2009, le fonds souverain libyen (LAP), que gère Bachir Saleh, acquiert pour 10 millions d'euros - un prix surévalué - une villa à Mougins (Alpes-Maritimes). Alexandre Djouhri est soupçonné d'en avoir été le véritable propriétaire derrière un montage. Le lien avec la campagne deux ans plus tôt n'est pas établie, mais conforte la thèse de relations troubles avec la Libye.

"On fabrique de toute pièce de prétendues contreparties à de prétendus financements", avait tonné Claude Guéant chez les juges en 2018. Son RIB a été retrouvé par les policiers chez Alexandre Djouhri en Suisse.

Les magistrats accusent aussi le haut fonctionnaire d'avoir aidé Alexandre Djouhri à exfiltrer Bachir Saleh de France en 2012, alors qu'il était visé par une notice rouge d'Interpol, y voyant là encore un renvoi d'ascenseur qui a permis la fuite d'un témoin-clé.

- Ziad Takieddine, porteur de valises
L'enquête établit ensuite ses contacts étroits, avant la présidentielle, avec l'homme d'affaires Ziad Takieddine, concurrent de Djouhri dans les cercles libyens.  "Ziad Takieddine est quelqu'un qui est extrêmement entreprenant", se défend Claude Guéant sur BFMTV en novembre, évoquant "une sensibilité" ou des "contacts utiles".

Fin 2016, Ziad Takieddine est mis en examen après avoir affirmé sur Mediapart avoir convoyé 5 millions d'euros en 2006 et 2007 dans des valises remises à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, pour le financement de la campagne, un coup d'accélérateur dans l'enquête.

Mais l'intermédiaire fait volte-face en novembre dernier : l'argent aurait été remis en 2005 à Claude Guéant, qui dément une nouvelle fois, non pour la campagne 2007 mais pour financer la formation de personnels libyens.

- La rencontre de 2005 avec al-Senoussi
La mise en cause de Claude Guéant s'appuie aussi sur sa rencontre secrète en septembre 2005 en Libye avec Abdallah al-Senoussi, ex-chef des services secrets de Kadhafi, condamné en France pour l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989 qui avait fait 170 morts.

Les juges soupçonnent ce rendez-vous avec le beau-frère du Guide, organisé par Ziad Takieddine, de faire partie du plan pour "obtenir ou tenter d'obtenir des soutiens financiers en vue du financement" de la campagne, en échange de "contreparties diplomatiques" et "économiques", mais aussi "juridiques" via une "promesse de levée du mandat d'arrêt" visant Abdallah al-Senoussi.




Pour la défense, Claude Guéant est tombé dans un "piège" tendu par Ziad Takieddine, tout comme Brice Hortefeux, intime de Nicolas Sarkozy Sarkozy, peu après. Dans l'année qui suit, Takieddine reçoit au minimum 6 millions d'euros libyens sur ses comptes. Destinés en tout ou partie, selon l'accusation, au camp Sarkozy qui soutient à l'inverse que Takieddine a escroqué les Libyens et gardé l'argent pour lui.

- Du cash dans la campagne
Dans l'esprit des juges, Claude Guéant, aurait donc organisé lors de la campagne 2007 l'utilisation du cash reçu de Ziad Takieddine.

Selon les investigations, Claude Guéant loue alors un grand coffre, dont il assure qu'il sert à entreposer des discours du candidat, sans convaincre les enquêteurs. Les investigations ont déterminé qu'au moins 30.000 à 35.000 euros ont circulé en liquide au QG du candidat.

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