Soucis financiers, insécurité, défiance envers les élus : comment expliquer une telle situation à Marseille ?

Soucis financiers, insécurité, défiance envers les élus : comment expliquer une telle situation à Marseille ? ©Panoramic (photo d'illustration)

publié le mardi 31 août 2021 à 18h50

Marseille (Bouches-du-Rhône) va recevoir prochainement des aides supplémentaires de l'Etat. Depuis plusieurs années, la situation financière de la ville se dégrade alors que l'insécurité ne cesse de gagner du terrain.

La situation devient de plus en plus alarmante à Marseille (Bouches-du-Rhône). Mercredi 1er septembre, le président de la République en personne se rendra sur place pour annoncer plusieurs mesures fortes. L'objectif est d'aider la ville à retrouver son standing, en passant notamment par un plan de rénovation des écoles estimé à 1,2 milliard d'euros pour cinq ans, selon les informations de 20 Minutes. Le média annonce que le sujet de la sécurité dans la cité phocéenne sera également abordé avec le chef de l'Etat ainsi que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti.


Cette visite tombe à pic. Depuis plusieurs mois, les autorités locales alertent sur les finances de la ville qui se retrouvent au plus mal. En février dernier, un premier couperet était tombé. Le maire Benoît Payan avait été forcé de stopper certains programmes face à l'incapacité de les financer. "Les caisses sont vides, la dette plombante et les équipements à l'abandon", regrettait-il dans des propos relayés par Le Parisien.

Une santé financière au plus mal qui laissait présager le pire à l'élu marseillais. "Avec la même trajectoire financière, nous allions tout droit vers la banqueroute, la faillite et la tutelle", redoutait-il. Les aides de l'Etat devraient empêcher ce scénario catastrophe qui a pourtant déjà eu lieu.  En 1939, plusieurs mois après l'incendie des Nouvelles Galeries, Marseille avait été placée sous tutelle de l'Etat. Mercredi, selon l'Elysée cité par 20 Minutes, "l'objectif poursuivi n'est pas de dire que Paris vient gérer Marseille".

Une ville gangrénée par l'insécurité

Marseille, une ville aux finances difficiles et où la population est également confrontée à une insécurité grandissante. Le trafic de drogue est présent dans de nombreux quartiers de la ville, endeuillant de plus en plus de familles. 20 Minutes indique que les règlements de comptes entre trafiquants ont entraîné la mort de douze personnes lors des deux derniers mois. Dernier exemple en date avec le décès de Rayanne, 14 ans, tué par balles dans la soirée du 18 août dernier. Sa tante assure à BFMTV qu'il n'était même pas impliqué dans ce type de trafic mais juste "avec un ami parti manger un sandwich".

La procureure de Marseille, Dominique Laurens, déplore une "explosion du nombre d'affaires en l'espace de deux mois", rapporte LCI. Face à la gravité de la situation, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a autorisé l'arrivée de 11 magistrats supplémentaires. De son côté, le maire Benoît Payan réclamait sur Franceinfo la création d'un "parquet spécial à Marseille" pour "s'attaquer à la racine" de ses problèmes.

Une décision qui ne réglera pas l'un des problèmes majeurs identifié par Sam, un jeune homme rencontré par Ouest France. Né dans le nord de la ville, il y a grandi en ne constatant aucune autre perspective que l'illégal. "On ne m'a jamais fait rêver, on m'a toujours parlé de métiers manuels, d'être chauffeur de poids lourd ou plombier, et pas archéologue, historien, écrivain. On nous met dans la tête que ce n'est pas pour nous", confie-t-il.

Une partie de la population laissée à l'abandon

Le sentiment de cloisonnement s'installe petit à petit dans la tête d'une partie des Marseillais, en particulier au nord de la ville. Pour ne pas tomber dans l'illégalité, ils disposent de peu d'options. H., un éducateur rencontré par Ouest France, estime qu'installer par exemple un cadre sportif permet de les aider à rester dans le droit chemin. Malheureusement, cette initiative se confronte souvent à certaines limites. "Quand les associations demandent des financements pour des sorties avec les jeunes en compétition, des stages d'oxygénation, on nous donne 2 000, 3 000 euros. J'ai 60 à 80 jeunes, je vais faire quoi avec ça", s'agace-t-il.

Ce manque de finances pose soucis pour monter des projets mais isole également les populations. Député LREM des Bouches-du-Rhône, Saïd Ahamada affirme à Franceinfo que "la moitié de la ville est ghettoïsée en matière de transports en commun". S'il n'y a pas de changements, il assure qu'on "ira droit dans le mur". Un élu qui s'indigne mais qui pourrait avoir du mal à se faire entendre. Dépité, un habitant confie à Ouest-France que quand "le vote arrive on voit tous les élus. Le vote fini, on voit plus personne". Une défiance envers la classe politique qui sera donc l'un des nombreux défis du gouvernement lors de son passage à Marseille.

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