Sophie Pétronin ne qualifie pas ses ravisseurs de "jihadistes"

Sophie Pétronin ne qualifie pas ses ravisseurs de "jihadistes"
Sophie Pétronin, le 8 octobre 2020 à Bamako, Mali.

, publié le vendredi 09 octobre 2020 à 15h40

Interviewée par RFI avant son retour en France, Sophie Pétronin a estimé que ses ravisseurs étaient "des groupes d'opposition armée au régime" malien.

Sophie Pétronin, la dernière otage française dans le monde, libérée au Mali, est arrivée vendredi à la mi-journée en France, accueillie par sa famille et Emmanuel Macron, épilogue de près de quatre années de détention aux mains du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), une alliance de groupes jihadistes affiliée à Al-Qaïda. Si elle n'a fait aucune déclaration à son arrivée en France, la Bordelaise de 75 ans s'était confiée à son arrivée à l'aéroport de Bamako à RFI. 




Sophie Pétronin, 75 ans, avait été enlevée le 24 décembre 2016 à Gao, dans le nord du Mali, où elle vivait et dirigeait depuis des années une organisation d'aide à l'enfance.

Assurant qu'elle était "en pleine forme", la septuagénaire a confié que ces quatre ans de détention avait été "un peu" longue. "Mais j'ai transformé la détention, si on peut dire, en retraite spirituelle. Comme ça, ça se passe mieux, j'étais dans l'acceptation de ce qui m'arrivait, je n'ai pas résisté. Et puis voilà, je m'en suis sortie", a-t-elle expliqué. "Ca se passait bien", a-t-elle insisté.




"J'ai beaucoup prié"

Avant de retrouver ses proches en France, Sophie Pétronin a revu son fils Sébastien Chadaud, dès le jeudi soir à Bamako, dont elle a loué la persévérance ces dernières années. "Mon fils est un battant. Mais dans la famille, nous sommes tous des battants. Et c'est peut-être ce qui était le plus difficile à gérer pour moi, c'est de savoir que je l'avais mis dans un problème qui allait sacrément le secouer et lui demander de surmultiplier son énergie. Mais j'étais sûre et certaine au fond de moi qu'il réussirait", a-t-elle expliqué. 

C'est ce qui l'a aidé à tenir le coup. "Il m'a dit dans une vidéo qui m'a été transmise : 'Tiens bon. Accroche-toi'. Je ne suis dit, s'il me le dit comme ça, je dois le faire. Je me suis accrochée, j'ai tenu bon. Et moi, j'ai beaucoup prié parce que j'avais beaucoup de temps. Voilà. Autrement, je me suis promenée, j'ai bien mangé, j'ai bien bu. De l'eau fraîche, je n'ai pas bu autre chose. Et puis, voilà."

"C'est une guerre entre des groupes d'opposition armée au régime"

Sophie Pétronin a été libérée en même temps qu'un prêtre et un jeune Italien, ainsi que l'homme politique malien Soumaïla Cissé. Leur libération parachève une opération dont la genèse, le déroulement mais aussi les implications pour le gouvernement de transition au Mali sont entourés de vastes zones d'ombre. Elle a coïncidé avec la remise en liberté entre dimanche et mardi de plusieurs dizaines de prisonniers que des responsables maliens, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, ont présentés comme des jihadistes, mais dont l'identité et le profil n'ont pas été divulgués. 

En tous cas, ce n'est pas comme ça que Sophie Pétronin les considère. "Appelez-les comme vous voulez, a commenté auprès de RFI la Française. Moi, je dirais que ce sont des groupes d'opposition armée au régime. Il y a eu celle de 1990. En 1996, ils ont signé des accords de paix. Si nous voulons la paix réellement au Mali, il faut que chacun respecte son engagement." 

"Pourquoi vous les appelez jihadistes, parce qu'ils font le jihad ? Vous savez ce que ça veut dire en français : 'jihad', c'est 'guerre'", a-t-elle insisté. Alors que le journalistes lui rappelle que ces ravisseurs ont demandé la libération de jihadistes en échange de sa propre libération, elle répond qu'il s'agit de "militaires". "Qu'a fait le gouvernement de transition ? Il a demandé la libération de leurs militaires. Certains ont été libérés, je ne pourrais pas dire combien. Mais dans l'immédiat, ils ont été libérés. Donc, si vous avez un groupe de militaires, et que certains se font prendre, vous allez tout faire pour les faire libérer que vous soyez l'armée française, l'armée congolaise ou l'armée malienne ou l'armée américaine, vous allez tout faire pour les faire libérer. Ce qui est logique. 'Jihad', c'est 'guerre' en français et c'est une guerre entre des groupes d'opposition armée au régime, ils trouveront le chemin pour la paix. Je leur souhaite en tout cas vivement", a-t-elle détaillé.

Un peu plus tôt, Sophie Pétronin avait déclaré son intention de retourner à Gao pour s'assurer que l'organisation d'aide aux enfants qu'elle dirigeait avant d'être enlevée continuait à fonctionner convenablement. "Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d'Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites Sophie, mais c'est Mariam que vous avez devant vous", a-t-elle également dit. 
 

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