Sommeil : les plus petits dorment de moins en moins

Sommeil : les plus petits dorment de moins en moins
Le temps de sommeil des enfants s'érode d'année en année.

Orange avec AFP, publié le vendredi 15 septembre 2017 à 10h50

Selon un rapport dévoilé ce vendredi 15 septembre par Le Parisien, les nuits des plus petits sont de plus en plus grignotées : en quinze ans, les élèves de grande section de maternelle et de CP ont par exemple perdu "en moyenne 15 à 20 minutes de sommeil".

Les moins de 18 ans ont perdu, plus généralement, une heure de sommeil en un siècle, note l'étude écrite par trois chercheurs des universités de Tours (Indre-et-Loire) et d'Orléans (Loiret), missionnés en 2016 par le ministère de l'Éducation nationale pour évaluer les effets des nouveaux rythmes scolaires. Pour leur recherche, ils ont passé en revue les rythmes de 778 enfants de 5 à 10 ans, issus d'un échantillon représentatif d'écoles.

"ON SAIT QU'ILS REGARDENT LA TÉLÉ JUSQU'À TARD"

Comment expliquer cette érosion ? Les rythmes de travail des parents seraient en cause : les dîners et les soirées en familles sont de plus en plus tardifs.

"J'ai des parents qui rentrent tard du travail et culpabilisent de ne pas voir leurs enfants. Du coup, ils décalent l'heure du coucher d'une heure ou deux", explique au quotidien une institutrice de moyenne section dans le XXe arrondissement de Paris.

"Paradoxalement, ce sont les parents les plus investis qui ont cette attitude. Ils veulent profiter de leurs petits et se disent qu'en les levant plus tard, ils compenseront en termes de durée. Or, c'est faux et nous constatons un énorme problème de réduction du temps sommeil", ajoute la psychiatre Syvlie Royant-Parola, présidente du Réseau Morphée, consacré aux troubles du sommeil.

"Les enfants ne sont pas des adultes en miniature", ajoute-t-elle. "Ils ont des besoins propres. Jusqu'à 10 ans, c'est au moins dix heures de sommeil par nuit. Si l'un des parents manque à l'appel au moment du coucher, il faut accepter que l'un d'eux le fasse seul. Un jour, c'est plutôt papa, un autre, c'est maman".



Autre coupables pointés du doigts : les écrans (télévision, smartphones, tablettes...). "On sait qu'ils regardent la télévision jusqu'à tard. Ils nous racontent leur soirée devant des séries policières qu'ils ne devraient pas voir à leur âge", affirme une professeur de CM1-CM2 à Laval (Mayenne). Selon une enquête publiée par l'académie de Toulouse en 2016, près d'un écolier de grande section de maternelle sur cing (19%) possède dans sa chambre un ordinateur ou une télévision.

Conséquence ? "Des difficultés de concentration à l'école et des changements de comportement, rendant certains enfants apathiques, ou au contraire agités à l'extrême", écrit le quotidien. "Nous remarquons qu'une part croissante des diagnostics d'hyperactivité est due à cette insuffisance de sommeil. Les enfants sont dissipés, ont du mal à se concentrer sur une tâche", précise la psychiatre Syvlie Royant-Parola. "La question nous préoccupe", confie au quotidien la directrice d'une école élémentaire parisienne.

"Des élèves se couchent sur la table ou somnolent après la récré, c'est notre quotidien", explique de son côté un professeur des écoles depuis dix ans dans le Lot. "Certains ont besoin de recharger les batteries, et il m'arrive de leur dire d'aller se reposer dans le coin lecture, 15 ou 20 minutes". "Le lundi matin, de 8h30 à 10h, on ne peut pratiquement pas travailler", abonde un professeur de CE1 dans les Ardennes. "On sent qu'ils sont encore en week-end et ont peut-être fait la fête avec leurs parents".

"UN JET LAG SOCIAL"

L'étude évoque également un "jet lag social" des petits, ballottés entre les rythme de la semaine et ceux du week-end. "Le sommeil n'est pas plastique", souligne l'une des trois rédactrices de l'étude, Nadine Le Floch. "Le temps qu'on manque le soir n'est pas récupéré en dormant plus longtemps le matin". Paradoxalement, les parents interrogés estiment que leurs enfants passent assez de temps sous la couette. L'étude relève en effet un écart de "30 à 50 minutes" entre le temps de sommeil nécessaire estimé par les parents et celui effectivement constaté. 80% des parents déclarent ainsi que leur enfant se lève sans peine le matin.

Selon l'étude, le retour de l'école le mercredi et l'introduction d'activités périscolaires après la classe n'ont pas élevé le niveau de fatigue des écoliers. Le niveau d'attention des écoliers, mesuré par les chercheurs, ne faiblit pas dans la semaine : il est relativement faible le lundi, augmente jusqu'au mercredi, puis se stabilise jusqu'au vendredi.

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