SNCF : des cheminots non-grévistes se disent "menacés"

SNCF : des cheminots non-grévistes se disent "menacés"
Le président Macron a dit jeudi vouloir "aller au bout" de la réforme "indispensable" de la SNCF.
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Orange avec AFP, publié le vendredi 13 avril 2018 à 12h20

Franceinfo a recueilli les témoignages de trois cheminots non-grévistes affirmant avoir reçu "des pressions et des menaces".

Dans l'ombre des grévistes, de nombreux cheminots continuent de travailler. Qu'ils soient d'ailleurs pour ou contre le projet de réforme du gouvernement.

Selon les chiffres transmis par la SNCF, 38% des "personnels indispensables à la circulation" étaient en grève ce vendredi 12 avril, contre 48% lors du premier épisode de grève les 3 et 4 avril.

"Aujourd'hui, il n'y a plus de dialogue possible, c'est politisé"

Un chef de traction sur le réseau Sud-Est a expliqué vendredi à Franceinfo ressentir une forte pression au travail depuis le début du mouvement social. Selon lui, l'ambiance est lourde, parfois tendue, dans les gares : "Certains grévistes ne respectent pas notre droit au travail, il y a des pressions, des menaces", explique-t-il, assurant avoir également reçu des invectives comme "suppôt de Macron" ou "traître".

"Certains ne nous parlent plus, refusent de nous serrer la main ou de manger à côté de nous", ajoute-t-il. Le cheminot précise qu'il ne soutient pas la réforme présentée par le gouvernement mais n'est pas favorable, non plus, à la grève décidée par les organisations syndicales : "Pour moi, (au moment du choix de la grève) il n'y avait rien de clair. On n'était pas suffisamment avancés dans les négociations, les enjeux je les voyais bien mais je sentais bien que quelque chose était extrêmement instrumentalisés et politique".

"On se regarde tous en chiens de faïence"

"Ça peut paraître utopique mais je pense qu'on peut peser autrement qu'en faisant grève", poursuit-il. "Aujourd'hui, il n'y a plus de dialogue possible, c'est politisé", estime-t-il, se disant au passage "pas représenté par les syndicats majoritaires" à la SNCF. Il attend maintenant avec impatience le dernier jour de grève prévue pour le 28 juin : "J'ai horreur de ces périodes. J'adore ce que je fais mais là, on se regarde tous en chiens de faïence".



Un autre salarié de la SNCF, conducteur de trains depuis près de 20 ans, explique ne pas se reconnaître non plus dans la grève : "Objectivement, j'ai l'impression qu'il n'y a pas que du côté du gouvernement qu'on ne souhaite pas discuter. Chez nous, le dialogue syndical c'est un peu comme un gamin devant un rayon de sucreries. S'il n'a pas ce qu'il veut, il se fâche", assène-t-il.

Le cheminot se dit pour une réforme en profondeur de la SNCF : "Pour l'instant, c'est du perdant-perdant, cette réforme", assure-t-il. "Les syndicats font de la propagande. Il y a des élections professionnelles à la rentrée et ils misent sur cette grève pour faire campagne et pour montrer qu'ils ont mené la bataille".



Lui aussi assure avoir reçu des "intimidations informelles". "Ils vont mettre les fiches d'intention (document qui permet de recenser les grévistes avant un jour de grève, ndlr) dans les endroits où tout le monde passe, pour qu'on se sente visés", explique-t-il. "Certains non-grévistes ont aussi vu leurs noms affichés sur des listes dans les dépôts, "la liste des jaunes, des renards, des traîtres", poursuit-il. "On trouve aussi des boîtes à lettres vidées, des casiers tagués..."

"Il y a beaucoup de postures, plus que de convictions"

Un autre conducteur de train, depuis à peine un an, regrette également "la fermeture au dialogue" de certains cheminots. "Il y a en qui vont chercher à convaincre leurs collègues coûte que coûte, mais dès que tu discutes un peu avec eux, ils peuvent changer d'avis", décrit le jeune homme âgé d'une vingtaine d'années. "Il y a beaucoup de postures, plus que de convictions. Moi je prends du recul".



Il assure également que "beaucoup de cheminots" sont en grève "par contrainte" mais sont tout de même comptabilisés dans les grévistes. "On ne cherche pas forcément à connaître leurs raisons, on veut juste grossir les rangs".

"Je suis entré avec la certitude que la SNCF n'est plus la même qu'il y a dix ans. La demande des clients a changé, il faut que les entreprises s'adaptent sinon elles perdent du marché", assure le cheminot. "On ne vient plus conduire un train comme avant, ce n'est plus aussi pénible, les sièges sont confortables, le travail est plus agréable... Je ne suis pas d'accord avec ceux qui présentent tout de façon négative. Quand on signe un contrat, on sait ce qui nous attend".

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