Slogans de mai 68 en France: la part belle à l'impertinence

Slogans de mai 68 en France: la part belle à l'impertinence

Principaux slogans et affiches qui ont habillé les murs de Paris durant mai 68

AFP, publié le mardi 20 mars 2018 à 10h14

"Il est interdit d'interdire", "L'imagination au pouvoir", "Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner": jaillissements poético-politiques, les slogans de mai 68 en France, qui ont franchi les décennies, reflétaient un esprit de révolte mâtiné d'humour et d'utopie.

Griffonné sur les murs, notamment ceux du Quartier Latin à Paris, siège de l'Université historique de La Sorbonne et haut lieu de la contestation étudiante, "le graffiti en soi devenait liberté", écrit le journaliste Julien Besançon dans un ouvrage publié au lendemain des événements, recensant des centaines d'inscriptions recueillies sur les murs de Paris et sa banlieue Nanterre dont la faculté était aussi en pointe de la contestation ("Les murs ont la parole").

Nombre de ces graffiti deviendront slogans et seront pérennisés par un atelier des Beaux-Arts qui en tirera des affiches: 600.000 en mai et juin, placardées à Paris et dans sa banlieue.

La plupart de leurs auteurs ont conservé l'anonymat. Mais certains racontent aussi le processus créatif, comme Bernard Cousin, alors étudiant, qui deviendra médecin et revendiqua la paternité de "Sous les pavés, la plage", fruit d'une réflexion avec le jeune publicitaire Bernard Fritsch, partie de: "il y a de l'herbe sous les pavés".

Fritsch "m'a dit +il faut mettre la plage+. Il a beaucoup aimé ce truc, il l'a écrit partout", racontait trente ans plus tard à la 2e chaîne de télévision française le Dr Cousin.

Dans les affiches sérigraphiées, monocolores, le noir et blanc domine. Les images stylisées sont fortes, comme celle, célèbre, d'un membre des Compagnies républicaines de sécurité (CRS, forces de l'ordre) levant sa matraque et son bouclier frappé du sigle SS nazi: "CRS SS". Le slogan, né 20 ans plus tôt lors de la répression de grèves de mineurs, est largement entonné en mai 68.

Boutade d'un humoriste, "Il est interdit d'interdire" fera aussi florès.

La révolte et le rejet de l'autorité établie s'expriment encore dans l'affiche "jeune, voici ton bulletin de vote", montrant un pavé.

Si certains slogans fustigent une société trop matérialiste --"Métro, boulot, dodo"-- ou bien l'impossibilité de "tomber amoureux d'un taux de croissance de 5%", d'autres célèbrent l'utopie: "Soyez réalistes, demandez l'impossible".

"Cours camarade le vieux monde est derrière toi", espère-t-on alors.

Parfois, le slogan se fait aussi calembour: "il n'y aura plus désormais que deux catégories d'hommes: les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires". Ou traduit le désarroi face au Vietnam: "Le pouvoir est au bout du fusil".

Si les murs ont vite été reblanchis et nombre d'affiches perdues, plusieurs expositions leur ont été consacrées et même des ventes aux enchères. 

La semaine dernière, Artcurial proposait une vente de 500 d'entre elles. Celle d'une jeune femme lançant un pavé, proclamant "la beauté est dans la rue" a atteint 3.380 euros. 

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14 commentaires - Slogans de mai 68 en France: la part belle à l'impertinence
  • Quand on voit la société actuelle, des moutons plus préoccupés par leur égoïsme et leurs smartphones, nous sommes heureux nous génération MAI68 d'avoir connu une liberté de pensée et le courage de l'avoir exprimée et bien malheureux de voir ce que cela est devenu. Je suis inquiet pour l'avenir de mes petits-enfants et j'en veux beaucoup à cette génération de nos enfants laissant détruire des acquis sociaux durement obtenus et sans le savoir encore, ils en payeront cher le prix dans quelques années.

  • oh la la oui quelle belle avance societale d ailleur depuis on a toujours pas realise

  • La société de l'époque n'était si terrible et était sans doute tout aussi agréable que celle d'aujourd'hui.Mai 68 a été au départ une révolte d'étudiants contre l'ordre établi, étudiants issus pour la plupart de classe sociale aisée, bref une révolte bobo et gauchiste relayée ensuite par une partie de la classe ouvrière mais pour des revendications salariales et des conditions de travail et qui a touché les grandes entreprises et les services publics.J'avais 16 ans à l'époque et habitait en province.Mon lycée à été fermé et nous avons gagné quelques semaines de vacances mais hormis la gêne du manque de transports publics et de risque de pénurie d'essence, les entreprises de ma région petites et moyennes ont continués du travailler normalement.Les effets de mai 68 ont à mon avis eu plus de côtés négatifs que positifs pour la société d'aujourd'hui: moins de respect d'autrui,suprématie des droits au détriment des devoirs, libéralisations des moeurs discutables.De plus les augmentations de salaire ont été laminées au bout de quelques mois avec l'inflation.

  • "Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner" Macron ferait bien de s'en souvenir !

  • Mai 68 fut une grosse panique pour tous ceux qui étaient obligés de travailler. Tout le monde n'habite pas chez papa maman et peut ce permettre de faire grève. D'autre part "il est interdit d'interdire" c'est une vue de l'esprit qui a autorisé bien des abus.