Services de réanimation : le constat sans appel de la Cour des comptes

Services de réanimation : le constat sans appel de la Cour des comptes
La mobilisation "sans précédent" des réanimations a entraîné de nombreuses déprogrammations, dont l'impact à long terme pose question

publié le jeudi 18 mars 2021 à 16h45

Malgré la mobilisation "sans précédent" des personnels, le système de santé français était "mal préparé" pour prendre en charge le flux de patients gravement atteints par le Covid-19.

Dans son rapport annuel publié jeudi 18 mars, la Cour des comptes dresse un constat sans appel sur les services de réanimation "mal préparés" à la crise sanitaire du coronavirus. Si "la mobilisation sans précédent" des services "a permis de faire face à l'urgence", ces unités étaient "mal préparés à affronter une telle situation", estime les Sages de la rue Cambon, appelant à des réformes structurelles.

Entre la mi-mars et la fin mai 2020, "une réorganisation générale des services de réanimation a permis une augmentation des capacités d'hospitalisation" qui sont passées de 5.080 lits installés au 1e janvier à 10.707 lits le 15 avril.

Quel sera l'impact à long terme des déprogrammations d'interventions?

Mais, pour trouver "des personnels médicaux et paramédicaux formés et entraînés à la réanimation médicale", "principale difficulté pour conduire cette évolution rapide", il a fallu déprogrammer toutes les activités de soins non urgentes.

"L'impact à long terme en matière de santé publique des déprogrammations intervenues durant l'épidémie de Covid-19 reste aujourd'hui inconnu et potentiellement considérable: son étude est indispensable et devra être engagée", alerte l'institution.

Pour remédier de manière pérenne au manque de personnel, la Cour des compte suggère notamment de former davantage de médecins disposant d'un diplôme de médecine intensive-réanimation (MIR), d'inclure des enseignements et des stages en soins critiques dans la formation de tous les infirmiers et "de mettre en place une formation qualifiante et reconnue d'infirmier en réanimation".

Dans son rapport, la Cour met également en évidence un recul progressif des capacités d'hospitalisation en soins critiques au regard des besoins, même hors période de crise. Pour la réanimation, le nombre de lits adultes a légèrement augmenté ces 6 dernières années (+0,17 % par an) mais cette progression "s'avère dix fois plus faible que celle des effectifs de personnes âgées (+ 1,7% par an), qui constituent pourtant près des deux-tiers des malades hospitalisés dans ce secteur".


Dans ses recommandations, adressées au ministère de la Santé, l'institution note que l'impact du vieillissement de la population sur les besoins d'hospitalisation en soins critiques à long terme doit être évalué et l'offre augmentée en conséquence.

La Cour des comptes critique également le faible recours "aux capacités supplémentaires du secteur privé lucratif" où le nombre de patients Covid en soins critiques est resté stable au cours de la crise malgré la création d'unités de réanimation éphémères. Elle recommande de "déterminer au niveau national un modèle d'organisation et de coordination des soins critiques et son mode de gouvernance, qui soit en mesure d'inclure les structures publiques et privées".

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