Séquelles des pilules 3e génération: huit ans après, l'affaire Marion Larat sera bien instruite

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Marion Larat en mars 2014 à Bordeaux
Marion Larat en mars 2014 à Bordeaux
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© AFP

, publié le lundi 26 octobre 2020 à 19h59

L'affaire Marion Larat, une jeune Bordelaise lourdement handicapée après un AVC en 2006 qu'elle attribue à la pilule de 3e génération, a connu un double rebondissement avec la décision d'instruire le dossier au pénal, et l'octroi d'une indemnisation conséquente au civil

Dans une affaire devenue emblématique pour les femmes s'affirmant victimes d'effets secondaires de contraceptifs hormonaux, Marion Larat avait été fin 2012 la première Française à porter plainte, pour "atteinte involontaire à l'intégrité de la personne", après un AVC  subi à 18 ans,  lié selon elle à la pilule Méliane, produite par le groupe allemand Bayer.

L'AVC massif, qui l'a handicapée à 65%, fut d'abord attribué à une malformation cardiaque. Mais en 2011, le lien causal entre la prise de cette pilule et l'accident était reconnu par la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux.

A l'époque, l'affaire avait poussé les autorités sanitaires à anticiper le déremboursement des "mini-pilules", et ouvert la voie à quelque 130 autres plaintes, centralisées au pôle de santé publique du parquet de Paris. Mais en 2017, le parquet classait l'enquête concernant 29 marques de pilules contraceptives de 3e et 4e générations.

L'avocat de Marion avait alors déposé une plainte avec constitution de partie civile, entraînant désignation d'un juge d'instruction, mais une ordonnance de non-lieu avait été rendue en octobre 2018. Me Coubris avait fait appel.

Dans un arrêt en juillet, dont l'AFP a eu connaissance, la chambre d'instruction de la Cour d'appel de Paris a considéré qu'"il a été estimé à tort que le lien de causalité entre la prise de (la pilule Méliane) et l'AVC n'avait pas été établi de façon certaine".

Me Jean-Christophe Coubris, avocat de Marion Larat, a dit lundi son "soulagement"  de voir désignée une juge d'instruction, qui devrait auditionner Marion Larat "d'ici la fin de l'année". Mais il a exprimé aussi son "écoeurement que huit ans aient dû passer" avant d'avoir la certitude d'une instruction avec garantie "de vraie expertise".

-"Le sujet est toujours là"-

Parallèlement, sur le plan civil, Marion Larat, dont la justice avait reconnu la qualité de victime d'"un accident médical non fautif", s'est vu allouer par un jugement en septembre du tribunal judiciaire de Bordeaux, dont l'AFP a eu copie, des indemnités pour préjudices subis de 4,5 millions d'euros ainsi qu'une rente annuelle de 25.000 euros, versés par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam). En février 2018, l'Oniam avait déjà dû verser une provision de 550.000 euros.

Marion, qui avait dû après son AVC interrompre de prometteuses études, est aujourd'hui une jeune maman de 33 ans, qui vient d'accoucher d'un 2e enfant. Devant la presse, elle a appelé lundi les femmes souffrant de séquelles de pilules à "ne pas se sentir coupables ni fautives mais bien victimes de la pilule, et se battre, porter plainte". 

Elle dit rester sujette à des crises d'épilepsie, à une aphasie (trouble du langage) qui affecte aussi son écrit, souffrir d'une hémiplégie de la main droite, d'une fatigabilité "extrême", et affirme  "qu'elle ne pourra jamais travailler". 

Elle a rappelé en pleurant le cas de Maylis, une jeune décédée en 2012 d'une embolie pulmonaire liée selon elle à la pilule 3e génération, "trois semaines avant que mon affaire ne commence, avant ma prise de parole".

Dans un parallèle avec le lancement d'alerte par Irène Frachon dans l'affaire (de l'antidiabétique) Médiator, Me Coubris a estimé que "si on n'avait pas eu en 2012 le courage de Marion,  "pas la première victime de pilules, mais la première à vociférer (...), on aurait toujours autant de pilules 3e et 4e génération vendues, prescrites en première intention, autant d'accidents".

Mais "le sujet est toujours là", a insisté l'avocat, qui suit "une centaine" de dossiers de séquelles de pilules. Et vise, au-dela d'une condamnation de Bayer dans ce dossier, les laboratoires qui "continuent à commercialiser ces pilules-là" et font preuve, selon lui, d'une "légèreté condamnable au vu de l'information qu'on a aujourd'hui".

Sollicité par l'AFP, Bayer n'avait pas réagi en fin de journée.

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