Seniors confinés après le 11 mai : face à la polémique, Emmanuel Macron assure qu'il ne veut pas de "discrimination"

Seniors confinés après le 11 mai : face à la polémique, Emmanuel Macron assure qu'il ne veut pas de "discrimination"
Emmanuel Macron dans un Ephad de Paris, le 6 mars 2020.

, publié le vendredi 17 avril 2020 à 20h46

Alors que les spécialistes alertent sur les risques d'un confinement prolongé des personnes âgées après le 11 mai, en Ehpad comme à domicile, Emmanuel Macron a assuré vendredi soir qu'il ne souhaitait pas faire de "discrimination" et qu'"il en appellera à la responsabilité individuelle" de chacun.

Faut-il maintenir les seniors confinés après le 11 mai ? Dans son allocution lundi 13 avril, Emmanuel Macron a demandé "aux personnes les plus vulnérables", dont "les personnes âgées" de rester confinées chez elle après le 11 mai pour se protéger du coronavirus. Lors de son audition devant le Sénat mercredi, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, a également plaidé pour maintenir le confinement pour les 18 millions de personnes les plus fragiles, parmi lesquelles "les personnes d'un certain âge, (...) au-dessus de 65 ou de 70 ans".




Une décision qui interpelle les spécialistes.

Dans un communiqué diffusé jeudi 16 avr, l'Académie nationale a rappelé que les mesures de confinement établies pour lutter contre le coronavirus sont "des souffrances morales induites" qui "ne doivent pas être sous-estimées", notamment pour les pensionnaires des Ephad, qui n'ont plus le droit aux visites de l'extérieur depuis le 11 mars. Un confinement prolongé ne sera "pas tenable", a de son côté estimé vendredi le président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA). "Des gens vont mourir d'autres choses que du coronavirus : du confinement, de l'isolement et de la solitude", a déclaré Pascal Champvert au cours d'une conférence de presse téléphonique. 

Voyant "monter le débat sur la situation de nos aînés, après les déclarations du professeur Jean-François Delfraissy", le chef de l'Etat a assuré vendredi soir qu'il ne souhait pas de "discrimination" envers les personnes âgées. Il en "appellera à la responsabilité individuelle" de chacun, a indiqué l'Elysée.

Des rencontres avec les familles "essentielles"

Saisi sur l'isolement des résidents d'Ehpad à cause du coronavirus, le Comité d'éthique (CCNE) avait estimé début avril qu'un confinement renforcé des aînés devait être temporaire et leur laisser la possibilité, même limitée, de circuler. "Il faut que l'État tire les conséquences de l'avis du Comité consultatif national d'éthique", a demandé M. Champvert. "Le seul moyen de réussir le confinement prolongé dans les Ehpad et de le rendre supportable pour les gens, c'est de l'adapter fortement".

Plusieurs mesures pourraient être appliquées rapidement, selon l'AD-PA : une présence renforcée de psychologues dans les services de soin à domicile et en Ehpad, un retour des bénévoles pour des interventions variées, et le recours aux "balcons, terrasses, parcs et jardins, présents dans la plupart des établissements". "Il faut que les personnes âgées puissent sortir au moins un peu, comme les Français ont le droit de sortir autour de chez eux au moins une heure", a-t-il plaidé. 

En outre, l'ouverture des rencontres avec les familles est "essentielle", a souligné M. Champvert, pour qui les "restrictions de visites n'ont pas lieu d'être, notamment pour les personnes avec des troubles du comportement". "Il faut que les familles puissent rencontrer les résidents. Bien sûr pas dans leur chambre, dans une pièce à part, sur rendez-vous et avec toutes les mesures de sécurité. Mais les familles doivent rencontrer leurs parents", a-t-il insisté.

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