Benalla s'explique sur son rôle à l'Élysée, sans convaincre totalement

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L'ex-collaborateur du chef de l'État, Alexandre Benalla prête serment au début de son audition par la commission d'enquête sénatoriale le 19 septembre.
L'ex-collaborateur du chef de l'État, Alexandre Benalla prête serment au début de son audition par la commission d'enquête sénatoriale le 19 septembre.
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© AFP, Alain JOCARD
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AFP, publié le mercredi 19 septembre 2018 à 20h27

Alexandre Benalla a tenté mercredi de s'expliquer devant le Sénat sur son rôle à l'Élysée, assurant qu'il n'était pas le garde du corps d'Emmanuel Macron même s'il lui est arrivé de porter une arme lors de déplacements officiels, mais sans convaincre totalement les sénateurs.

Décidé à faire baisser la tension et à montrer une parfaite maîtrise de lui-même, l'ex-chargé de mission du président s'est d'emblée excusé auprès de la commission d'enquête et de son président Philippe Bas qu'il avait respectivement qualifiés de "petites personnes" et de "petit marquis". 

Tiré à quatre épingles, sans son avocat, M. Benalla, 27 ans, a déclaré sous serment n'avoir "jamais été le garde du corps d'Emmanuel Macron", que ce soit pendant la campagne présidentielle ou après l'arrivée de M. Macron à l'Élysée.

Cette question est au centre des débats de la commission d'enquête qui cherche à établir les fonctions précises qu'occupait auprès du président M. Benalla, mis en examen pour avoir frappé un manifestant le 1er mai à Paris.

Il n'a pas été interrogé sur ces faits en raison de la séparation des pouvoirs. Hasard du calendrier, le manifestant et sa compagne ont eux été entendus mercredi par les juges d'instruction: ils ont reconnu avoir jeté des projectiles mais nié toute appartenance à un groupe violent, selon leur avocat.

La commission du Sénat, chambre dominée par l'opposition, veut savoir si M. Benalla a outrepassé ses prérogatives où s'il avait une mission plus vaste que celle officiellement attribuée.

La protection du chef de l'État est dévolue à deux unités d'élite, le Groupe de Sécurité de la présidence de la République(GSPR) et, à l'intérieur de Élysée, le commandement militaire. Mais sur de nombreuses images, M. Benalla apparaît aux côtés du président, ce qui interroge sur son rôle et ses relations avec la hiérarchie policière, ont rappelé plusieurs sénateurs.

"Cette audition n'a pas permis d'avoir de réponses: de quels moyens de pression dispose Alexandre Benalla pour rendre le président de la République aussi fébrile, et pour lui avoir permis de bénéficier d'autant de protections au plus haut niveau de l'Etat?", a commenté le patron du groupe LR à l'Assemblée, Christian Jacob, auprès de l'AFP.

- "Mission de police" -

"On est toujours devant les mêmes invraisemblances. Ce qui est très gênant c'est qu'on se sente baladés et qu'on puisse nous asséner des contrevérités contredites par les faits, comme ça, sous serment", a déploré François Grosdidier, membre LR de la commission des Lois du Sénat.

"Subsistent pour nous bon nombre d'interrogations et nous allons continuer nos travaux", a déclaré le président de la commission d'enquête Philippe Bas (LR).

Interrogé longuement sur l'autorisation de port d'armes dont il disposait, M. Benalla affirme qu'elle "n'était pas liée à la sécurité du président de la République mais à (s)a sécurité personnelle", une version là-aussi accueillie avec scepticisme par les parlementaires.

Le jeune homme a dû concéder qu'il a pu lui arriver "trois fois en un an" de porter une arme sur des déplacements officiels et privés du président. Il a également indiqué qu'il arrivait et repartait de l'Élysée avec son "arme à la ceinture", un Glock 43.

Moment un peu difficile lorsque Philippe Bas lui rappelle que la préfecture de police lui a accordé un port d'armes pour "une mission de police dans le cas de son action de coordination de la sécurité de la présidence de la République avec les forces militaires et le GSPR".

La police "a essayé de faire rentrer mon cas qui n'est pas un cas conforme dans les clous", a avancé M. Benalla. Mission de police, "c'était une erreur de formulation", a assuré son avocat Laurent-Franck Lienard.

Mais l'ex-chef de cabinet du préfet de police Yann Drouet le contredit aussi. Il a assuré mercredi devant le Sénat que l'autorisation de port d'arme à Alexandre Benalla avait été délivrée dans le cadre "de la mission qu'on a considérée comme étant une mission de police" et non pour "sa sécurité personnelle".

Révélée en juillet par le journal Le Monde, l'affaire Benalla a empoisonné l'été d'Emmanuel Macron. Selon un sondage Elabe pour BFMTV mercredi, 73% des Français estiment qu'elle "impacte négativement" leur image du président.

Le chef de l'Etat a, lui, qualifié l'affaire de "tempête dans un verre d'eau". Mais, loin de s'évaporer, elle continue d'occuper le devant de la scène et a donné lieu à des échanges musclés entre exécutif et sénateurs, s'écharpant sur la question de la séparation des pouvoirs.

Mercredi, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a de nouveau mis en cause la "déontologie" du président de la commission d'enquête sénatoriale. Réponse du tac au tac de Philippe Bas: "J'ignorais que Monsieur Benjamin Griveaux fût professeur de déontologie."

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