Sécurité routière : pourquoi les hommes conduisent-ils plus dangereusement que les femmes ?

Sécurité routière : pourquoi les hommes conduisent-ils plus dangereusement que les femmes ?
(Photo d'illustration)

publié le samedi 29 mai 2021 à 07h00

Selon le chercheur Florent Varet, spécialiste des liens entre auteurs d'infractions et constructions sociales, les garçons sont, dès l'enfance, encouragés à avoir "des comportements à risques". 

"Femme au volant, mort au tournant". Jamais expression n'a été plus fausse.

Alors que l'égalité femmes-hommes est au coeur des problématiques ces dernières années, les violations du code de la route, qui a fêté cette semaine son 100e anniversaire, restent en effet un secteur largement dominé par les hommes, notamment surreprésentés dans les accidents mortels. "Au niveau mondial, près de trois fois plus d'hommes que de femmes meurent sur la route", souligne en effet à l'AFP le chercheur Florent Varet de l'université catholique de Lille. 



Pour le chercheur, spécialiste des liens entre auteurs d'infractions et constructions sociales, tout remonte à l'enfance et à l'éducation. "La conduite à risque des hommes peut s'expliquer par le rôle clé de l'éducation parentale et de la socialisation au risque, qui est différenciée chez les filles et chez les garçons. Pour ces derniers, on a tendance à encourager les comportements à risques", explique-t-il.

Un modèle masculin viril et aimant le danger véhiculé également à travers les médias de masse, comme la télévision, le cinéma ou les séries, précise le spécialiste. "Dans la série de films 'Fast and Furious' par exemple, on présente des héros masculins, musclés et virils et le public opère une association entre ces personnages et la prise de risque au volant", note Florent Varet. A l'inverse, "le respect de la règle et la prudence sont des caractéristiques qui renvoient davantage à la féminité", ajoute-t-il.

Un comportement genré plus que biologique

Mais attention, cela ne veut pas dire qu'une femme ne peut pas être dangereuse au volant. Il s'agit en fait d'une expression de genre plutôt que biologique. "Il y a une différenciation à faire entre ce qui relève du sexe biologique et de la construction sociale de la masculinité ou de la féminité. On peut prédire les comportements à risque sur la route, indépendamment du sexe biologique des individus, en fonction de leur expression de genre : masculine ou féminine", assure l'expert.

La masculinité est notamment associée à la performance à la réussite sociale et à la domination, des marqueurs associés aux classes sociales les plus élevées. Et dans les faits, des travaux montrent notamment que dans les classes sociales privilégiées, les conductrices ont un profil et un comportement qui se rapproche de celui des hommes. "Le fait pour une femme d'accéder à cette classe peut la rapprocher des caractéristiques et des comportements inhérents à la masculinité. On retrouve cela dans l'étude d'autres comportements à risques, au-delà de la conduite automobile", souligne Florent Varet.

Des messages de prévention pas forcément adaptés 

Le chercheur se montre par ailleurs critique envers les campagnes de prévention, dont de nombreux spots consistent à jouer sur l'appel à la peur. "On capitalise sur la crainte de la mort, de la blessure ou de la perte d'un proche mais ce n'est pas toujours efficace : le public peut développer des mécanismes de défense qui se traduisent par un rejet du message, un déni et une minimisation de l'impact des comportements à risque", selon lui. 

"Utiliser l'appel à la peur requiert d'expliquer aux gens qu'ils sont en mesure de changer leurs comportements, c'est ce qu'on appelle le sentiment d'efficacité personnelle en psychologie. L'idéal serait d'avoir des messages ciblant à la fois la population générale et le public plus spécifique des victimes de la route, sans tomber dans une stigmatisation des jeunes", assure Florent Varet. 
 

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