Sectes : "Il y a une baisse générale de la vigilance"

Sectes : "Il y a une baisse générale de la vigilance"
L'ancien député UMP du Rhône, Georges Fenech, en juillet 2016 à l'Assemblée nationale.

Orange avec AFP, publié le dimanche 09 septembre 2018 à 10h35

Des associations spécialisées dans la lutte contre les sectes dénoncent la baisse de leurs subventions dans le Journal du dimanche (JDD), alors que près de 500.000 personnes seraient "sous emprise" en France.

Moins d'intérêt et moins d'argent. C'est en substance, la critique adressée au gouvernement par les deux principales associations luttant contre le phénomène sectaire en France : "En quelques années, nous sommes passés de 120.000 euros à 20.000 euros par an versés par l'État", note la présidente de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (Unadfi), Catherine Picard.

"Et l'an prochain, ce sera peut-être 0 !", avertit-elle. Même constat du côté du Centre contre les manipulations mentales (CCMM), qui parle d'une diminution des subventions de 10% juste en Île-de-France.

"Plus de groupe de travail à l'Assemblée nationale, plus d'études, rien"

Catherine Picard parle d'un désintérêt des parlementaires et du gouvernement qui ont progressivement donné la priorité au combat contre la radicalisation après les attentats de 2015 : "À mon époque (elle a été députée socialiste de 1997 à 2002), nous étions une quarantaine à nous pencher sur la question des sectes. Depuis 2017, il n'y a plus de groupe de travail à l'Assemblée nationale, plus d'études, rien", regrette-t-elle. "Il n'y a pas assez de parole publique sur un sujet aussi grave".



Un diagnostic partagé par l'ancien député UMP, Georges Fenech, qui a présidé la mission interministérielle sur le sujet, la "Miviludes", créée sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin en 2002 : "Il y a une baisse générale de la vigilance alors que le phénomène sectaire est loin d'être en recul", explique-t-il au JDD.

Selon les dernières estimations officielles, le nombre de personnes "sous emprise" de sectes s'élèverait à près de 500.000, dont 50.000 enfants. "Les grandes organisations ont cédé la place à de petits groupes qui attirent des adeptes autour des thèmes de la santé et du bien-être", écrit l'hebdomadaire.

Des préconisations de la Cour des comptes

Mercredi, la Cour des comptes a préconisé au gouvernement de réformer la Miviludes, pointant du doigt des ressources budgétaires "réduites" et une activité courante qui "s'essouffle". Les sages de la rue Cambon, dont le contrôle a porté sur les exercices 2009 à 2015, ont également suggéré que la mission soit rattachée à la Place Beauvau et non plus à Matignon du fait que la prévention de la radicalisation constitue dorénavant une partie importante de son champ d'intervention.

"Or ce domaine est "désormais fortement coordonné par le ministère de l'Intérieur", note la Cour des comptes. Une proposition rejetée par le secrétariat général du gouvernement. "Les préjudices pour la société en matière d'atteintes physiques, morales, financières pour les adeptes, de délitement des liens familiaux ou encore de détournement des circuits économiques justifient le maintien d'une politique interministérielle, garantie par le rattachement de la mission aux services du Premier ministre", peut-on lire dans sa réponse à la Cour.



"L'idée d'un transfert à l'Intérieur mettrait à mal notre interdisciplinarité", a abondé auprès de l'AFP le président de la Miviludes depuis 2012, Serge Blisko, rappelant que 40% des signalements qu'elle traite chaque année relèvent du domaine de la santé. Pour autant, "les recommandations qui visent à renforcer l'efficacité de la Miviludes seront mises en oeuvre dans les plus brefs délais", assure le secrétariat général du gouvernement. Ainsi, le décret instituant la Miviludes sera modifié "dès 2018", et "précisera la contribution attendue" de ses agents "en matière de prévention de la radicalisation", qui jusqu'alors n'était encadrée par aucun texte.

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