Scandale du Mediator : les laboratoires Servier et l'ex-numéro 2 du groupe condamnés

Scandale du Mediator : les laboratoires Servier et l'ex-numéro 2 du groupe condamnés
©FRED TANNEAU / AFP

publié le lundi 29 mars 2021 à 10h55

L'Agence nationale de sécurité du médicament a également été condamnée. 

Plus de dix ans après le scandale du Mediator, un médicament tenu pour responsable de centaines de décès, le tribunal de Paris a rendu son jugement ce lundi 29 mars. Les laboratoires Servier ont été reconnus coupables de "tromperie aggravée" et d'"homicides et blessures involontaires" et condamnés à 2,7 millions d'euros d'amende. Le groupe pharmaceutique a toutefois été relaxé du délit d'"escroquerie".

Jean-Philippe Seta, l'ex-numéro 2 du groupe pharmaceutique et ancien bras droit du tout-puissant Jacques Servier, décédé en 2014, a lui été condamné à quatre ans d'emprisonnement avec sursis. Le parquet avait requis à son encontre cinq ans dont trois ferme et 200.000 euros d'amende. 



"Malgré la connaissance qu'ils avaient des risques encourus depuis de très nombreuses années, (...) ils n'ont jamais pris les mesures qui s'imposaient et ainsi trompé" les consommateurs du Mediator, a déclaré la présidente du tribunal correctionnel, Sylvie Daunis. Le groupe pharmaceutique a toutefois été relaxé du délit d'"escroquerie".

L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), jugée pour avoir tardé à suspendre la commercialisation du Mediator, a elle été condamnée à une amende de 303.000 euros. Le tribunal correctionnel a estimé que l'Agence avait "gravement failli dans (son) rôle de police sanitaire et de gendarme du médicament" et lui a infligé la peine maximale de 225.000 euros pour "homicides et blessures involontaires" par négligence, à laquelle s'ajoutent des peines d'amendes contraventionnelles à hauteur de 78.000 euros.

Lors du procès, ouvert en septembre 2019 et clos en juillet 2020, une question a été centrale : comment le Mediator a-t-il pu être prescrit pendant trente-trois ans malgré les alertes répétées sur sa dangerosité ? Pour l'accusation, les laboratoires Servier ont sciemment dissimulé les propriétés coupe-faim et les dangereux effets secondaires de ce médicament, utilisé par 5 millions de personnes jusqu'à son retrait du marché en 2009. Les laboratoires Servier se sont toujours inlassablement défendus d'une "volonté délibérée de tromper". "Ils n'ont pas identifié un signal de risque significatif avant 2009", a argué l'un des avocats du groupe, François de Castro. 

Dans ses réquisitions en juin, la procureure Aude Le Guilcher avait appelé à "restaurer la confiance trahie" en sanctionnant le "choix cynique" et le "sinistre pari" d'une firme ayant privilégié "ses intérêts financiers" à la santé des consommateurs du médicament, malgré "les risques qu'elle ne pouvait ignorer". Un total de 10,228 millions d'euros d'amendes avait été demandé à l'encontre de la maison-mère et de cinq sociétés du groupe pharmaceutique. 
 

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