Samu : "Il faut repenser toute l'organisation" (Thomas Mesnier)

Samu : "Il faut repenser toute l'organisation" (Thomas Mesnier)
Le député LREM de Charente, Thomas Mesnier, le 14 juin 2017 à Angoulême.

Orange avec AFP, publié le dimanche 20 mai 2018 à 10h45

Avant que l'affaire Naomi ne soit médiatisée, la ministre de la Santé Agnès Buzyn avait confié au député LREM Thomas Mesnier une mission pour "limiter le recours aux urgences". Le Journal du dimanche a pu consulter son rapport achevé début mai.

L'élu de la Charente, lui même ancien urgentiste, y fait le constat d'un système de santé "à bout de souffle" et avance 19 pistes de réforme.

Après quatre mois d'auditions et de déplacements d'hôpitaux en cabinets médicaux, le bilan de Thomas Mesnier est alarmant, mais sans surprise : "Le système de santé, inventé à partir de la fin des années 1950, est à bout de souffle", explique-t-il à l'hebdomadaire. "Le Samu, par exemple, a dévié de sa mission de traiter seulement les urgences vitales pour répondre à tous les besoins de la population. Et la moitié des personnes qui se retrouvent aux urgences ne nécessitent ni les compétences des urgentistes, ni le plateau technique de l'hôpital".



Les urgences des hôpitaux français enregistrent près de 20 millions d'entrées par an. Les causes de cet engorgement sont bien connues : vieillissement de la population, pénurie de généralistes, hausse de la demande de soins et de conseils médicaux de la population... "Les jeunes parents ne savent plus comment gérer la première fièvre d'un premier bébé", constate notamment le député âgé de 32 ans.

"Cacophonie des numéros d'urgence"

Selon lui, le 15 (Samu) est devenu "non un numéro d'urgence mais le numéro de régulation de la santé". Il concède également une certaine "cacophonie" entre les différents numéros d'urgence (Samu 15, pompiers 18, 112 SOS Médecins...). L'élu avance 19 pistes pour inventer "une organisation nouvelle" susceptible de délester les urgences. Il propose notamment d'obliger, par la loi, les généralistes à s'occuper des "premiers soins". "Les médecins de ville ont une vraie responsabilité sociétale et territoriale, ils doivent prendre leur part des soins aigus", déclare-t-il au JDD.

Une autre préconisation suggère de faire intervenir des généralistes dans les centres 15, au côté des urgentistes, pour décharger ces derniers des maux bénins. "Encore plus d'urgentistes, comme cela a été réclamé après le drame de Strasbourg, n'est pas une solution à court terme", selon lui. "Il faut repenser toute l'organisation".



Face à une succession "d'affaires qui remontent", Agnès Buzyn avait estimé vendredi qu'une "marge d'amélioration" existe dans les pratiques des Samu. "Très peu de Samu ont une assurance qualité, or c'est une activité profondément à risque (...) donc elle doit être soumise à une forme d'accréditation, de certification" et "il faudra que ce soit très rapidement mis en place", dès cet été, avait ajouté la ministre.



Plusieurs drames, révélés ces derniers jours dans la presse, mettent en lumière la saturation du Samu et plus généralement des urgences. Outre la mort de Naomi Musenga, une enquête préliminaire a été ouverte à Cahors, après la plainte de la famille d'un septuagénaire décédé début avril, qui reproche au Samu une intervention trop tardive. Le parquet de Saint-Étienne a également ouvert jeudi une enquête pour "non-assistance à personne en danger et homicide involontaire", après le décès en mars d'une femme de 38 ans, enceinte, qui avait appelé le Samu neuf jours auparavant. Par ailleurs, au CHU de Tours, deux femmes de 88 et 93 ans sont récemment mortes dans la salle d'attente des urgences, après une longue attente.

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