Saccage du péage Narbonne Sud: "une bêtise" pour plusieurs manifestants jugés

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Destructions au péage de Narbonne sur l'A9, le 3 décembre 2018
Destructions au péage de Narbonne sur l'A9, le 3 décembre 2018
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© AFP, RAYMOND ROIG

, publié le mardi 10 décembre 2019 à 18h12

"Bêtise", "effet de foule", alcool: les explications ont été laborieuses mardi pour les premiers des 31 prévenus jugés par le tribunal correctionnel de Narbonne pour le saccage d'un péage et d'une gendarmerie en pleine mobilisation "gilet jaune" il y a un an.

Enchaînant des petits boulots précaires, au chômage, ou à la rue, peu des huit prévenus qui ont défilé à la barre -dont une femme - se présentent comme des "gilets jaunes", même s'ils en soutiennent les revendications sociales.  

"Avec les +gilets jaunes+, le peuple pouvait se faire entendre pour une fois", soutient Adrien, 32 ans. "Participer au mouvement c'était une façon de manger à des ronds-points, discuter, créer des liens". 

Mais la nuit du 1er au 2 décembre 2018, après une journée de manifestations tendues partout en France, la situation dégénère au péage de Narbonne Sud: les locaux de la société Vinci et du peloton autoroutier de gendarmerie sont saccagés, incendiés et pillés, les militaires sont évacués.

"J'ai débordé, je me suis laissé dépasser par la foule", murmure Adrien, qui reconnaît avoir jeté "cinq ou six cailloux" sur des gendarmes. 

"Sur le moment, les gendarmes représentaient l'État, le gouvernement qui ne nous écoutait pas. Les petits salariés comme nous étaient en crise. D'ailleurs ça ne s'est toujours pas amélioré", ajoute le trentenaire, actuellement employé dans un fast-food, après avoir abandonné ses études, faute d'argent dit-il. 

- "J'ai pas réfléchi" -

La veille, à l'ouverture du procès, des vidéos diffusées à l'audience ont montré des scènes de liesse et de chaos, le colonel Marc Gonnet, commandant du groupement de gendarmerie de l'Aude évoquant à la barre "une horde de barbares déchaînés". 

D'après le parquet, les manifestants étaient environ 200 sur les lieux. 

"Vous avez participé à cette pluie de cailloux sur les gendarmes?", demande à l'un des deux prévenus comparaissant en détention provisoire la procureure de Narbonne Marie-Agnès Joly.

"J'ai jeté les pierres après avoir reçu un tir de LBD aux côtes", répond Sébastien, sans domicile fixe depuis plusieurs années et dépendant à l'alcool au moment des faits.

"J'avais bu, c'était le mouvement, la bêtise, j'ai pas réfléchi", dit, la voix lasse, cet homme de 36 ans, qui reconnait tous les faits qui lui sont reprochés, dont celui de "violence sur personne dépositaire de l'ordre public".

Alcoolisé, Pierre-Jean, père de deux enfants et sans emploi, l'était également ce soir-là.

"Je tenais absolument à manifester car je pensais que c'était une journée très importantes pour les revendications",  témoigne-t-il à la barre.

"J'avais beaucoup bu, je n'avais pas mangé", dit-il, reconnaissant seulement avoir "involontairement" détruit une barrière de péage.

- "Désenchantement" -

Sur une vidéo, on l'aperçoit tituber, une bouteille à la main, avant d'être écarté par les gendarmes. "Je suis sincèrement désolé des images qu'on a vues de moi, je me sens humilié", dit-il.

Employé en cuisine pour 350 euros par mois, Frédéric, père à 30 ans d'une petite fille, répète à plusieurs reprise "regretter énormément" sa présence ce soir-là au péage, "à cause d'une curiosité malsaine".

"Oui, j'ai jeté des pierres, j'avais reçu une grenade, ça m'a énervé je n'ai pas pu me contrôler", dit-il.

Accusé notamment de recel d'une veste de gendarme, Stéphane, 36 ans, exprime lui surtout un "désenchantement" par rapport aux "gilets jaunes" auprès desquels il était très investi.

"J'ai du mal à finir les fins du mois, je dois rembourser un prêt immobilier sur 20 ans. J'aspirais à ce qu'on vive plus dignement", explique ce chauffeur routier, père de deux enfants, qui dit s'être aujourd'hui complètement retiré du mouvement.

Le procès, qui implique 48 parties civiles, en majorité des gendarmes, doit durer jusqu'au 20 décembre. Certains prévenus encourent jusqu'à 10 ans de prison et de lourdes amendes.

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