"Rue des allocs", le docu-réalité trash sur la vie des pauvres en France

"Rue des allocs", le docu-réalité trash sur la vie des pauvres en France
La diffusion des deux premiers épisodes est programmée ce mercredi soir sur M6.

publié le mercredi 17 août 2016 à 13h28

En immersion dans un quartier pauvre d'Amiens (Somme), où le chômage atteint près de 40% de la population active, M6 tente un portrait de ces pauvres en France, qui vivent avec moins de 1.000 euros par mois. Et les premières images diffusées fin juillet ont créé la polémique sur ce portrait du "quotidien de personnes et familles et situation de précarité".

La diffusion débute ce mercredi soir par les deux premiers épisodes.

En s'inspirant d'une émission britannique baptisée "Benefits street" et diffusée en 2014 sur Channel 4, M6 prenait le risque que son docu-réalité, tourné dans le quartier Saint-Leu, à Amiens en Picardie, soit taxé de racolage. La diffusion du premier teaser a d'ailleurs été l'occasion de fustiger les sordides généralités qui semblent émailler l'émission produite par "Troisième œil". RSA, aide au logement, allocation aux adultes handicapés ou chômage : percevoir des indemnités semble être LE critère pour être choisi pour passer à la télé.



De Marie-Jo, qui élève seule le dernier de ses cinq enfants "et court toute la journée des Restos du cœur aux aides des allocations familiales pour qu'il ne manque de rien" à David, qui "avec 450 euros de RSA par mois enchaîne les petits boulots au noir pour améliorer son quotidien", en passant par Maurice, 69 ans, sans logement, ancien braqueur, qui "vit et dort sur le canapé de Philippe", alors que ce dernier a l'air particulièrement malade et amoindri, les portraits proposés rassemblent poncifs et lieux communs, qui devraient faire de cette version française une "télé-réalité trash, taillée pour les supporteurs de Laurent Wauquiez et capitalisant sur des clichés éculés du type 'tous des assistés'", pointe Libération, après avoir visionné les premiers épisodes.

"La seule chose qui m'intéressait était de mettre un visage sur les statistiques du chômage que l'on entend tous les mois tomber à la radio ou à la télé", a expliqué au quotidien le réalisateur du documentaire, Stéphane Munka, qui a tourné pendant six mois, entre janvier et juillet 2015. "Je voulais montrer ce que c'était que vivre avec du chômage longue durée, avec moins de 1 000 euros par mois". Il défend son docu-réalité, refusant les termes de "voyeurisme" et de "mépris". "On me parle beaucoup des scènes avec l'alcool. Je me suis demandé à chaque fois s'il fallait les montrer. C'est pour ça que le montage, qui duré huit mois, a été si long. Je ne voulais pas cacher la réalité. L'alcoolisme existe là-bas et il abîme les gens. Mais, à la fin du documentaire, Philippe est pris en charge par le système social, qui fonctionne en France. Ce qui ne fonctionne pas, c'est l'emploi. Le chômage, lui aussi, brise les gens".



Au Courrier picard, qui les a interrogés, certains habitants ont confié leur crainte. "On est quand même choqués... Tout ce que j'espère, c'est qu'ils montreront la réalité de ce qu'ils ont tourné et pas des montages qui nous feraient passer pour des cas sociaux. On regarde un peu Facebook où il y a pas mal de commentaires négatifs et méchants. De toute façon, on demandera à être indemnisés si l'émission est truquée. On est impatients de la voir". Rebaptisée "Rue des cassos" sur Twitter, l'émission provoque déjà l'ire des internautes, avant même sa diffusion. Dans le quartier, "il n'y a pas que des personnes qui vivent du RSA. Il y a des gens qui travaillent, à l'hôpital ou sur la zone industrielle, et qui vivent uniquement de leur salaire", témoigne Céline, habitante de la rue des Coches depuis 2004.

Pour "refuser le voyeurisme teinté de misérabilisme et le mépris de classe", une pétition a été lancée sur le site change.org. "Fiers de Saint-Leu" avait récolté quelque 250 signatures en milieu de journée mercredi

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