Rima Hassan, visage et contre-pouvoir des camps de réfugiés

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Rima Hassan, fondatrice de l'Observatoire des camps de réfugiés, le 14 novembre 2019 à Paris
Rima Hassan, fondatrice de l'Observatoire des camps de réfugiés, le 14 novembre 2019 à Paris
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© AFP, Dominique FAGET

, publié le vendredi 29 novembre 2019 à 09h22

Enfant, dans les ruelles du camp de réfugiés de Neirab, en Syrie, Rima Hassan a vu ses voisins devenir "fous". Deux décennies plus tard, parce qu'"on ne guérit jamais de son enfance", elle se pose en "contre-pouvoir" de ces lieux d'"enfermement".

L'engagement de cette brune de 27 ans, rapporteure à la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), est né d'une frustration. A l'époque du baccalauréat, elle vient d'être naturalisée française, au sortir d'une enfance passée dans le camp de réfugiés palestiniens, dans la banlieue d'Alep, qu'elle préfère "ne pas fouiller".

Étudiante en droit, elle "commence à assumer" son passé et multiplie les recherches sur Internet pour obtenir des informations sur la "micro-ville" où elle est née et qu'elle a quittée à 10 ans avec sa mère et ses cinq frères et sœurs, pour émigrer en France. 

"J'avais cette même fiche qui ressortait pendant des années et je n'avais aucun moyen d'avoir des informations actualisées, de savoir ce qui se passait. Je crois que ça été l'élément déclencheur", se remémore auprès de l'AFP celle qui vient de fonder l'Observatoire des camps de réfugiés, organisation dont le lancement officiel est prévu en janvier. 

"Il a vu le jour sur la base d'un parcours personnel et sur des constatations de thésarde" spécialisée sur le droit dans ces camps, poursuit-elle dans les locaux de Singa, association dans laquelle le projet est incubé à Paris. 

- "Privation de liberté" -

D'un constat, surtout: celui de "lacunes dans la gestion et l'administration des camps, et un manque d'information", décline calmement mais avec autorité celle qui a vécu de l'intérieur "les conséquences de la pérennisation d'un camp, les conséquences de l'enfermement sur une population, sur les familles, des voisins qui deviennent fous, des familles qui se disloquent".

Un organisme indépendant de surveillance de ces structures se révèle d'autant plus important, poursuit l'ancienne officier de protection de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) - qui attribue le statut de réfugié en France -, que "toutes les informations émanent des gestionnaires". Il n'existe donc pas de "contre-pouvoir", regrette-t-elle.

Pourtant, les dérives existent, à en croire l'observatoire naissant, qui s'appuiera sur 70 bénévoles répartis sur cinq continents et aura vocation à mener des missions sur le terrain et établir des fiches d'informations.

En premier lieu, se pose "la question de la durabilité", avec une "pérennisation trop importante" dans des camps censés faire office de "structures d'urgence". 

En moyenne, selon l'"OCR", un camp existe 11,7 ans, 20 ans dans les pays qui accueillent plus de 2 millions de réfugiés.

"Donc on a des problèmes d'enfermement, de privation de liberté, parfois des atteintes aux droits humains, dès lors que la structure d'urgence devient un lieu de vie", reprend Rima Hassan, fille et petite-fille de réfugiés palestiniens implantés à Neirab. Sans compter, dit-elle, la "dépendance à la structure humanitaire", car "plus ils y passent du temps, plus il est difficile de les réinsérer dans les pays d'origine ou le pays hôte".

- "Coup de cœur" -

Pour autant, "ce n'est pas un travail de dénonciation et de critique, on n'est pas des opposantes, on n'est pas militantes", tient à nuancer Sarah Payen, 26 ans, responsable de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient au sein de l'observatoire. 

"On veut juste observer, pour que ces personnes ne soient pas oubliées dans les camps", affirme encore la juriste qui a connu Rima Hassan sur les bancs de la faculté de droit à l'université Panthéon-Sorbonne. Son ancienne camarade mène le projet "d'une main de fer, dans un gant de velours", résume-t-elle.

"Ca a été le coup de cœur du jury", abonde Camille Soulier, coordinatrice chez Singa, qui se souvient que la présentation a autant marqué par "l'impact" du projet que par la personnalité de Rima Hassan. 

Les premières missions doivent être lancées courant 2020, à condition d'avoir levé suffisamment de fonds privés et non auprès des États ou des gestionnaires, pour garantir l'indépendance de la structure.

L'occasion, pour Rima Hassan, de retourner au camp de Neirab ? "Je ne sais pas si j'irai avec l'observatoire ou à titre personnel", rougit-elle soudain. "Mais je pense qu'il faudra boucler la boucle."

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