Réunis pour Pâques, les catholiques croient en un "renouveau" après Notre-Dame

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Mgr Michel Aupetit, l'archevêque de Paris lors de la messe pascale à l'église Saint Eustache, le 21 avril 2019
Mgr Michel Aupetit, l'archevêque de Paris lors de la messe pascale à l'église Saint Eustache, le 21 avril 2019
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© AFP, Lionel BONAVENTURE

AFP, publié le dimanche 21 avril 2019 à 13h18

La file devant l'église parisienne de Saint-Eustache s'étire sur des centaines de mètres: les catholiques se pressaient dimanche à la messe de Pâques six jours après l'incendie de Notre-Dame, certains voulant croire à "un renouveau" de l'Eglise après une période marquée par des scandales sexuels.

Ces flammes qui ont dévoré la cathédrale, "c'est un signe", affirme Marie Fliedel, mère au foyer de 59 ans. Elle qui est restée "sans voix" lundi devant "cette croix en sang sur les images prises par le drone" a senti "un renouveau, une communion, un élan".

Pour cette habituée de Notre-Dame, ce "moment de ferveur" doit réunir les fidèles parfois déboussolés par les scandales à répétition dans l'Eglise. "Espérons que les chrétiens réagissent et prennent conscience de tout ce qu'il se passe en cette période triste et que ce moment de malheur va nous ressouder".

Après l'incendie de la cathédrale lundi, au premier jour de la Semaine sainte, l'église Saint-Eustache, elle aussi en plein coeur de Paris, accueillait dimanche la paroisse de Notre-Dame pour la messe de Pâques, principale fête chrétienne.

Dans son homélie, l'archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a remercié les pompiers, dont certains officiers étaient assis dans les premières rangées dans la nef. "Quand un moment, nous avions pensé que les beffrois pouvaient tomber aussi, ces tours de Notre-Dame si connues à travers le monde, le savoir-faire, le courage se sont unis aussi à la prière de tous les fidèles", a-t-il déclaré devant des personnalités politiques (Anne Hidalgo, Nathalie Loiseau) et une foule d'anonymes.

"Le seigneur a visé Notre-Dame pour réveiller les catholiques, c'est un signe", estime l'une d'elles, Sabine Cucherat, 82 ans. "Compte tenu de tout ce qu'il se passe dans l'Eglise, c'est bien qu'on se rende compte que nous devons prendre les choses en main". Mais l'octogénaire craint que cette mobilisation "ne retombe comme un soufflé".

Au cours des précédents mois, l'Eglise a été secouée par une série de scandales de pédophilie. En France, le trouble s'est renforcé après la condamnation en mars du cardinal Philippe Barbarin à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les agressions pédophiles d'un prélat.

"On a été pointés du doigt, et là on est solidaires avec nous", admet Vidjea, une secrétaire administrative de 53 ans qui ne souhaite pas donner son nom de famille.

- "Historique et patrimonial"-

Certains sont venus de l'autre bout de la France, spécialement pour témoigner leur "soutien" après avoir vu Notre-Dame ravagée par le feu, comme François Toriello, un Mosellan de 70 ans.

"Ces évènements sont tragiques. Ca redonne, ça recrée une unité des catholiques. Dans son malheur, l'incendie donne une force pour se retrouver, pour défendre notre religion", explique-t-il.

Un peu plus loin dans la file, Laurence Mahoudeau est plus dubitative sur ce regain de ferveur. Elle et son mari sont surtout venus "soutenir Mgr Michel Aupetit, le prêtre de notre paroisse". "Le monument de Notre-Dame c'est beaucoup plus large et au-delà notre religion, c'est historique, c'est patrimonial. Je ne sais pas si on peut déjà dire que ça provoque un renouveau. Il faudra un peu de temps. Et je ne sais si c'est ça qui doit permettre un lien de renouveau..." 

"Nous l'Eglise, on la veut forte. Il faut absolument faire en sorte que qu'elle soit différente après les souffrances, les abus sexuels", poursuit cette ingénieure de 55 ans.

"Les scandales sexuels dans l'Eglise, ça n'a pas touché que la France, c'est partout dans le monde... mais là, c'est le bâtiment qui fait la différence, pas la religion. Notre-Dame c'est plus le symbole d'une ville", déclarent Anabel et Michael Tamburro, deux Canadiens de 42 et 54 ans. 

Baptisée samedi soir, Nina Flippini, 17 ans, est encore plus catégorique : selon elle, l'incendie de Notre-Dame est certes "important pour tous les catholiques" mais "ce serait bien que ce soit autre chose qui nous rassemble".

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