Retraites : "une forte volonté de remédier aux limites du système actuel tout en conservant son ADN", selon Jean-Paul Delevoye

Retraites : "une forte volonté de remédier aux limites du système actuel tout en conservant son ADN", selon Jean-Paul Delevoye
Le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye lors de la présentation de ses conclusions des concertations menées pour le projet de réforme des retraites, lundi 9 décembre 2019.

, publié le lundi 09 décembre 2019 à 19h45

Le haut-commissaire aux Retraites a présenté aux syndicats lundi ses conclusions des concertations menées pour préparer la réforme des retraites. En sortant de la réunion, les syndicats se sont montrés peu convaincus, estimant que "le gouvernement (était) totalement sourd aux aspirations des Français".

Le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye et la ministre des Solidarités Agnès Buzyn recevaient ce lundi 9 décembre après-midi les partenaires sociaux afin de "tirer les conclusions" de la concertation relancée en septembre sur le projet de réforme des retraites.

À l'issue de la rencontre et à la veille de la deuxième journée de mobilisation intersyndicale contre la réforme, Jean-Paul Delevoye a présenté ses "conclusions", listant les points d'accord et de désaccord tout en jugeant "indispensable" la réforme promise par Emmanuel Macron. L'intégralité du projet de réforme doit être présentée mercredi 11 décembre par le Premier ministre. Les syndicats se sont montrés peu convaincus par la présentation du haut-commissaire.



Depuis la remise de son rapport en juillet, "près de 50 réunions" ont eu lie avec le patronat et les syndicats, ainsi que "130 réunions sectorielles" avec "différentes professions", selon un document présenté aux partenaires sociaux. Selon le haut-commissaire, cette concertation fait ressortir "une forte volonté de remédier aux limites du système actuel tout en conservant son ADN", justifiant ainsi la création du "système universel" censé remplacer les 42 régimes de retraites existants. "Je suis convaincu que le statu quo n'est pas tenable, que ce projet est indispensable et que les générations futures nous seront reconnaissantes", a déclaré Jean-Paul Delevoye. 

Le haut-commissaire affirme que certaines de ses propositions font plutôt consensus : maintien de l'âge légal à 62 ans, des départs anticipés pour les carrières longues et les métiers "régaliens", garantie "dans la loi" que la valeur du point "ne peut baisser", pension minimum à 85% du Smic pour une carrière complète, prise en compte pour les fonctionnaires de la pénibilité et des primes.

D'autres sujets sont loin de faire l'unanimité, en particulier "l'entrée en vigueur du nouveau système" dès 2025. Le haut-commissaire esquisse un nouveau scénario en deux temps : "les jeunes générations pourraient commencer à s'affilier au système universel, si possible rapidement après la loi", tandis qu'une autre date de bascule serait fixée pour "la première génération concernée par l'intégration progressive" dans ce nouveau régime.

Autre point de discorde : "l'âge d'équilibre" à 64 ans, avec une décote avant et une surcote après. M. Delevoye estime pourtant que sa "mise en place progressive (...) paraît devoir être privilégiée" pour résorber le déficit global du système de retraite, évalué entre 8 et 17 milliards d'euros à l'horizon 2025.

Les syndicats ont dénoncé lundi les conclusions du haut-commissaire. Sur Europe 1, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, qui n'a pas assisté à la réunion de lundi après-midi, a répondu indirectement à M. Delevoye en critiquant "l'entêtement" du gouvernement. "Le calendrier a été avancé et nous avons fait des propositions concrètes, notamment sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Il vient de restituer les travaux, il n'a jamais parlé de ça", a-t-il déclaré. "On est plus dans une volonté de faire semblant qu'on discute, mais on n'entend pas. Pourquoi faire cette réunion d'aujourd'hui si tout va se passer mercredi ? Il n'y a jamais eu de négociation", argue-t-il. "Nous sommes opposés à ce projet qui va individualiser chaque travailleur en matière de retraites. Nous avons le meilleur système au monde, il faut améliorer ce système", avance-t-il. 

De son côté, Catherine Perret, membre du bureau CGT, a déclaré en sortant de la réunion que "le gouvernement (était) totalement sourd aux aspirations des Français". "Tout ça pour ça. On n'attendait rien et il n'y a rien eu", a-t-elle réagi. Selon elle, le gouvernement s'est livré à "un exercice de com' pour essayer d'occuper le terrain". Pour la centrale de Montreuil, en pointe de la contestation, "aucun consensus ne se dégage" sur cette réforme et les Français "ont compris qu'elle est mauvaise". 

"On voit qu'il n'y a rien de neuf. Ce qu'on nous propose c'est exactement ce qui été déjà dit en juillet", a regretté de son côté Michel Beaugas, secrétaire confédéral de Force Ouvrière. D'ores et déjà, il a prévenu que "la question sera posée demain (mardi) d'un appel à un nouveau temps fort jeudi". Même la CFDT, pourtant favorable au principe d'un "système universel", n'a "pas appris grand chose", a reconnu Frédéric Sève. Pour le premier syndicat de France, "l'essentiel va se jouer mercredi", avec les annonces du Premier ministre, Edouard Philippe, auxquelles "tout le monde est suspendu".

"Il faut que le gouvernement ne se loupe pas mercredi", a commenté de son côté le secrétaire général de l'Unsa, Laurent Escure. L'exécutif "est responsable de la situation, c'est à lui de sortir de cet épisode assez douloureux pour le pays", a-t-il insisté.

 

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