Retraites: les syndicats policiers haussent le ton contre le gouvernement

Chargement en cours
Rassemblement de policiers à Paris contre le projet de réforme des retraites, le 11 décembre 2019
Rassemblement de policiers à Paris contre le projet de réforme des retraites, le 11 décembre 2019
1/2
© AFP, Thomas SAMSON

, publié le mercredi 11 décembre 2019 à 20h48

"On se fout de nous!": les syndicats policiers, qui exigent le maintien de leur régime de retraite spécifique, ont haussé le ton contre l'exécutif après le discours d'Edouard Philippe et menacent de "durcir" leur contestation.

Rassemblés mercredi à l'appel des trois principaux syndicats de gardiens de la paix, environ 200 policiers avaient tenu à afficher, bruyamment, leur mécontentement près du palais d'Iéna où le Premier ministre détaillait le projet contesté de réforme gouvernemental. 

Et les annonces de Matignon, y compris la promesse de maintenir des "dérogations" pour les fonctionnaires exerçant des missions régaliennes, n'ont pas dissipé leurs inquiétudes. Bien au contraire.

D'Unité-SGP à Alliance en passant par l'Unsa-Police, tous ont fustigé la réforme gouvernementale et un discours gouvernemental "plein d'imprécisions".

"On se fout de nous!", a déclaré le secrétaire général d'Alliance, Fabien Vanhemelryck. "Soit ils sont bouchés, soit ils ne comprennent rien", a dénoncé Philippe Capon, secrétaire général de l'Unsa-Police.

Campant sur une ligne inflexible face à l'exécutif, les organisations syndicales exigent du gouvernement le maintien de leur régime de retraite spécifique. Dans leur viseur: le découpage dit "missionel" dans l'acquisition des droits à la retraite. 

Actuellement, tous les policiers bénéficient d'une bonification spéciale dite "du cinquième" ou "quinquennale", qui leur offre une annuité (quatre trimestres) de cotisation tous les cinq ans. Elle est plafonnée à cinq annuités et, pour y être éligible, le fonctionnaire doit avoir exercé 27 ans. 

Le policier, quel que soit son poste ou sa fonction, récolte ainsi les fruits de la "pénibilité" de son métier. 

Or les contours de la réforme prévoient de réserver ces avantages aux seuls fonctionnaires directement exposés à des risques, en excluant ceux qui occupent par exemple des fonctions administratives. Inadmissible pour les syndicats.

Ceux-ci avaient déjà mobilisé en masse le 2 octobre dans les rues de Paris où une "marche de la colère" avait rassemblé 27.000 fonctionnaires. 

Si les mots d'ordre étaient variés, embrassant la lutte contre les suicides ou l'amélioration des conditions de travail, les leaders syndicaux ne faisaient pas mystère de leur véritable objectif: garantir les spécificités du régime de retraite des policiers comme l'exécutif l'a fait pour les gendarmes qui relèvent du statut des militaires.

-- Le bras de fer des CRS --

Un motif de crispation supplémentaire pour les policiers: "Le ministère a des impératifs de bonne gestion RH. Il marche sur deux jambes et ne peut se permettre que l'une d'entre elles soit en bois", fait valoir David Le Bars, secrétaire général du syndicat national des commissaires de police (SCPN-Unsa).

Celui-ci estime que le Premier ministre a laissé une porte ouverte aux négociations, en évoquant "le maintien de dérogations", pour "les forces de sécurité intérieure, que sont les pompiers, policiers, gendarmes, gardiens de prison, et les militaires", exposées à la dangerosité.

"Il ne s'agit pas d'être naïf", observe toutefois M. Le Bars qui estime que "tout reste à faire", et appelle lui aussi au maintien de la mobilisation et au regroupement de l'intersyndicale. 

A l'unisson, les syndicats ont réclamé d'être reçus par Edouard Philippe pour clarifier la position gouvernementale. Selon des sources syndicales concordantes, ils seront reçus jeudi à 15h30 à Beauvau par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d'Etat Laurent Nuñez ainsi que le haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye. 

Pour augmenter la pression sur l'exécutif, ils ont décidé de "durcir" les actions déjà entamées la semaine dernière: commissariats symboliquement fermés, réponses aux seuls appels "police-secours", grève du zèle dans les aéroports avec à la clef, l'allongement des files d'attentes aux contrôles.

Bastions syndicaux dans la police, les CRS ont décidé d'entrer également dans le bras de fer avec la multiplication d'agents se déclarant "consultants", c'est-à-dire allant consulter un médecin pour se faire porter pâle.

Selon plusieurs sources syndicales, quelque 800 d'entre eux auraient entrepris cette démarche ce mercredi.

En dépit de l'engagement massif des escadrons de gendarmerie mobile demandé par la place Beauvau, "l'organisation des services de maintien de l'ordre risque d'être délicat dans les jours à venir", prédit un haut gradé.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.