Retraites: les oppositions ferraillent d'emblée au Parlement

Retraites: les oppositions ferraillent d'emblée au Parlement
Le Premier ministre Edouard Philippe à l'Assemblée nationale le 28 janvier 2020
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, publié le mercredi 29 janvier 2020 à 08h20

Happening des LR, axe commun à gauche et critiques par toutes les oppositions des travaux préalables qui montreraient un "mépris" du Parlement: les premiers pas mardi de la réforme des retraites à l'Assemblée nationale ont été laborieux.

Après la présentation des projets de loi en Conseil des ministres vendredi 24 janvier, c'est le coup d'envoi de la phase parlementaire: la commission spéciale qui examinera en premier la réforme a été constituée mardi après-midi au Palais Bourbon.

Cette commission présidée par Brigitte Bourguignon, une "marcheuse" issue des rangs socialistes, a auditionné dans la soirée, pendant plus de trois heures et dans le calme, le secrétaire d'Etat chargé des retraites Laurent Pietraszewski.

Mercredi ce sera le tour des organisations syndicales et patronales, en pleine journée de mobilisation interprofessionnelle contre la réforme après bientôt deux mois de conflit social.


Les textes passeront dans l'hémicycle du Palais Bourbon à partir du 17 février.

Dès mardi matin en conférence des présidents de l'Assemblée, quatre groupes politiques - LR, PS, PCF et LFI - ont contesté l'étude d'impact accompagnant les projets de loi, jugée "incomplète et insincère", et demandé la saisine du Conseil constitutionnel ainsi qu'un report des débats... en vain.

Le patron des députés LREM Gilles Le Gendre a notamment rappelé que les études accompagnant les réformes des retraites Woerth en 2010 et Touraine 2014 étaient moins volumineuses (respectivement 88 et 137 pages, contre un millier aujourd'hui).

Les oppositions s'appuyaient sur l'avis du Conseil d'Etat rendu public vendredi, qui a lui-même pointé des projections financières "lacunaires". 

Des dizaines de députés LR ont enfoncé le clou peu après: ceints de leur écharpe tricolore, ils ont débarqué salle des quatre colonnes pour réclamer "un nouveau et vrai projet de loi" de réforme, dénonçant "précipitation" et "amateurisme" du gouvernement.

A la différence de la gauche, Les Républicains sont "pour la réforme, mais pas celle-là", "injuste et déséquilibrée", selon les mots de leur chef de file Damien Abad.

"On n'a pas l'habitude chez LR de faire du happening", c'est dire si le sujet est "important", glissait l'un d'eux.

- "Postures" -

La séance des questions au gouvernement dans l'après-midi a été un nouveau moment de castagne. "Vous avez décidé de passer en force" mais "il n'est pas trop tard pour ranger au placard votre réforme", a tonné le président des députés communistes André Chassaigne. 

"Vous marchez seuls contre la rue (...), seuls contre la droite, seuls contre la gauche", a encore tempêté François Ruffin (LFI).

Le Premier ministre a taclé en réponse des "postures" et défendu une "bonne réforme", qui sera "massivement redistributive", y compris "pour les Français les plus modestes".

Edouard Philippe a aussi affirmé que l'étude d'impact était "très complète" et que "l'ensemble des données est sur la table" pour démarrer les débats au Parlement.

Les oppositions n'ont pas dit leur dernier mot. Les responsables des groupes de gauche, qui se sont retrouvés en fin d'après-midi, ont convenu d'utiliser "tout l'arsenal législatif à (leur) disposition pour (s')opposer à cette réforme", selon un participant. 

Les communistes suggèrent "une motion proposant de soumettre les projets de loi au référendum". Les insoumis ont pour leur part remis sur la table ce week-end le projet de motion de censure contre le gouvernement.

Le recours massif aux ordonnances est aussi dans leur ligne de mire. Le sujet préoccupe également au sein de la majorité: le rapporteur général Guillaume Gouffier-Cha (LREM) a "alerté" mardi soir M. Pietraszewski, lui demandant d'être "aussi précis que possible sur toutes les questions qui seront posées tout au long des débats quant au perimètre du domaine d'habilitation de ces ordonnances".

En parallèle, le Sénat à majorité de droite, qui doit examiner les textes en avril-mai, s'active également. La conférence des présidents de la haute assemblée a demandé mardi la levée de la procédure accélérée qui prévoit une réduction de la navette parlementaire.

Mais cette procédure accélérée, "c'est le quasi usage en matière de réforme des retraites", a répondu par avance le "Monsieur retraites" du gouvernement. Et la conférence des présidents de l'Assemblée, dont l'accord était nécessaire, a refusé in fine la demande du Sénat.

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