Retraites : le rapport Tirole/Blanchard plaide pour un système à points réformé et un recul de l'âge de départ

Retraites : le rapport Tirole/Blanchard plaide pour un système à points réformé et un recul de l'âge de départ©Joël SAGET / AFP

publié le jeudi 24 juin 2021 à 12h55

Selon ce rapport, le projet de système universel par points, souhaité par le gouvernement, peut constituer une "excellente base de départ", mais il faut l'améliorer pour "protéger les plus vulnérables".

Un système de retraites à points mais réformé, un recul de l'âge de départ... La commission d'économistes mandatée par Emmanuel Macron pour réfléchir aux défis de l'économie post-Covid a remis mercredi 23 juin ses propositions, à moins d'un an de la présidentielle. Pilotée par le prix Nobel Jean Tirole et l'ancien chef économiste du FMI Olivier Blanchard, cette commission de 26 économistes français et étrangers s'est penchée pendant un an sur l'adaptation au vieillissement de la population, les inégalités et la lutte contre le changement climatique.

Dans ce rapport de 500 pages, conçu comme une "boîte à outils" pour relever les défis économiques français, les auteurs défendent la nécessité d'une réforme globale des retraites sur la base d'un système universel à points, comme celui proposé par le gouvernement en 2019, mais en l'améliorant pour le rendre plus acceptable.



Le système actuel de retraites est "perçu comme injuste, très complexe, voire incompréhensible pour la plupart des gens", estime Axel Börsch-Supan, économiste allemand, responsable de cette partie du rapport. Le projet de système universel par points peut constituer une "excellente base de départ", mais en veillant à "protéger les plus vulnérables", c'est-à-dire les plus pauvres, les personnes en mauvaise santé et les travailleurs aux métiers pénibles.

"Nos propositions protègent beaucoup plus les pauvres et les personnes en mauvaise santé que celles de Jean-Paul Delevoye", assure l'économiste allemand. 

Les économistes proposent trois "améliorations" par rapport au projet gouvernemental. La première est l'établissement d'un lien "simple et transparent" entre revenus et points cotisés afin de dépasser la défiance autour de la valeur d'acquisition du point. "La valeur du point devrait faire l'objet d'un débat démocratique puis d'une mise en oeuvre par un organisme indépendant. Il ne faut surtout pas utiliser une formule compliquée que personne ne comprend", souligne Olivier Blanchard. 

Les économistes prônent également un nouveau dispositif pour revaloriser les petites pensions et prendre en compte les périodes d'interruption de travail. "Nous souhaiterions donner des points supplémentaires aux travailleurs faisant partie des 40% des salaires les plus faibles", explique Olivier Blanchard, pour leur permettre de partir plus tôt à la retraite.

La commission propose enfin de retarder l'âge de départ à la retraite, le plus bas des pays de l'OCDE. Partant du constat que le ratio démographique entre les retraités et les actifs va augmenter de 36% au cours des 20 ans à venir, les économistes Axel Börsch-Supan et Carol Propper et la sociologue Claudia Diehl estiment que "de manière inévitable, le travailleur français lambda devra retarder son départ à la retraite". Ils ne souhaitent néanmoins pas créer un âge unique à taux plein mais conserver l'âge minimal de 62 ans, en créant des incitations beaucoup plus fortes que la décote et la surcote actuelle pour décaler l'âge moyen vers 64 ans. 

Autres sujets abordés par le rapport : les inégalités et la lutte contre le changement climatique. Les économistes plaident ainsi pour une refonte de l'impôt sur les successions, qui se focaliserait sur les héritiers et non sur les donateurs, et cela afin de résorber l'inégalité des chances, criante en France. Pour atteindre ce dernier objectif, le rapport préconise d'investir bien davantage dans l'éducation et la formation professionnelle, en améliorant notamment les interactions entre Pôle emploi et les entreprises.

Sur la lutte contre le changement climatique, il défend la mise en place d'une tarification du carbone ambitieuse au niveau européen, via une réforme du marché des quotas existant, en incluant les secteurs aujourd'hui exclus comme le logement et les transports, associée à un mécanisme de taxe carbone aux frontières. Il recommande aussi d'investir davantage dans la recherche en créant une instance européenne dédiée, et de développer les normes et les interdictions.

Les auteurs reconnaissent qu'ils n'ont pas chiffré le coût de ces réformes, même si "certaines sont autofinancées", puisque par exemple les recettes d'une tarification carbone doivent permettre d'indemniser ceux qui vont en souffrir, a expliqué Jean Tirole. Pour Olivier Blanchard, l'enjeu n'est pas tellement financier. Dans le contexte des taux bas, "il n'y a pas de crise de dette publique à ce stade", donc "si on fait de l'investissement qui permet d'éviter des catastrophes dans le futur ou d'améliorer la croissance, on peut se permettre d'augmenter la dette".

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