Rester assis réduit l'espérance de vie : tous debout !

Rester assis réduit l'espérance de vie : tous debout !
Alors que notre mode de travail induit de plus en plus de sédentarité, pensez à vous lever le plus souvent possible ou à travailler debout.
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leparisien.fr, publié le mardi 29 mai 2018 à 21h59

Selon une étude dévoilée mardi sur la sédentarité en Europe, les Français obtiennent la médaille de bronze de l'immobilisme en restant assis 7h24 par jour. Voici pourquoi ce résultat est très mauvais.

C'est une histoire, à dormir debout, de bipèdes qui ne savent plus marcher. Et qui vont devoir se redresser, comme l'ont fait leurs ancêtres, il y a déjà quelques millions d'années. L'un d'eux, Dimitri, la trentaine, entrepreneur dans le digital, n'avait hier à 14 heures toujours pas quitté son canapé dans lequel il passe ses coups de fil, répond à ses mails. Téléphone dans la main, ordi sur les jambes et pieds sur la table basse, il ne se lèvera qu'à 18 heures, après une fastidieuse journée de travail.

« Ça, c'est ma vie, déplore ce Parisien. Avant, j'avais toujours des rendez-vous à l'extérieur, je bougeais, j'étais tout feu, tout flamme, j'ai l'impression d'avoir perdu en tonicité ». Et il est loin d'être le seul. Selon une étude, révélée mardi, sur la sédentarité en Europe et réalisée par Harris Interactive pour l'assureur Attitude prévention, les Français obtiennent la médaille de bronze de l'immobilisme en restant assis 7h24 par jour contre 8h13 pour le champion britannique et 5h50, seulement du côté de la Finlande.

«Vous pouvez être très sportif et totalement sédentaire»

Un fossé considérable. Et pourtant, si chacun a intégré l'impact délétère de l'obésité sur la santé, celui de la sédentarité reste encore mal connu, souvent confondue avec l'activité physique. En réalité, elle désigne le fait d'être assis ou allongé pendant une période éveillée. « C'est un concept encore récent, constate Corinne Praznoczy, directrice de l'Observatoire national de l'activité physique et de la sédentarité (Onaps). Vous pouvez être très sportif et totalement sédentaire ».

« Si l'on rajoute les 8 heures de sommeil, on passe donc 2/3 de notre temps inactif », s'exclame Norbert Bontemps, président de la commission santé de l'association Attitude prévention. Mais, dans l'Hexagone, la prise de conscience de cette menace silencieuse est encore timide.

Au bureau, faites une pause de cinq minutes par heure

Rester assis, trop longtemps, tue : augmentation de risques de maladies cardiovasculaires, des cancers, diabète, surpoids. A tel point, que d'ici 2045, l'Organisation mondiale de la santé estime que près d'un quart de la population mondiale pourrait être obèse. Mais comment ne pas finir fossilisé sur sa chaise alors que notre mode de travail induit cette sédentarité ?

La solution est finalement simplissime selon Jean-François Toussaint, directeur de l'institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport : « Si l'on augmente, chaque jour, son temps de marche de trente à soixante minutes, on gagne 2 à 3 ans d'espérance de vie et on réduit de 40 % les risques de maladies cardiovasculaires et de cancer ».

Alors, Français, levez-vous ! Au bureau, faites une pause de cinq minutes par heure, surtout, les jeunes de 18 à 35 ans, qui selon l'étude, bougent moins que les quinquagénaires. Certains n'ont pas attendu cette nouvelle étude pour se mettre au pas. Bureau vélo, debout, coach en entreprises, ces idées se démocratisent dans les entreprises.

« On a de plus en plus de demandes, on vient même d'équiper une école dans les Yvelines », lâche Nicolas Todesco, président de « Tek active », fabricant de ces bureaux révolutionnaires. Le vieux pupitre a du souci à se faire et pas seulement du côté des enfants. En avril, une scène inédite s'est jouée au ministère des Finances. Pour améliorer leur capacité de concentration, des cadres de Bercy ont, eux aussi, pédalé, en marge d'une formation !

Trois solutions contre l'immobilisme au travail

Elancourt (Yvelines), mardi. Iliana et Chaïma travaillent tout en pédalant au milieu de leur classe. LP/Arnaud Dumontier

Le nouveau bureau vélo à l'école. D'habitude, Chaïma, 11 ans aime beaucoup observer les arbres par la fenêtre tandis que sa copine Iliana, elle, a toujours un tas d'idées en tête. Pas facile pour ces deux amies de CM2 de rester concentrées des heures, le regard fixé sur la maîtresse.

« Maintenant, on pédale, comme si on était dehors », lance, Iliana, dans un élan d'enthousiasme. Depuis trois mois, l'école de la commanderie d'Elancourt (Yvelines) a fait une drôle d'acquisition. Au milieu des tablettes et des tables d'antan de cette classe « high tech », trônent 4 vélos-bureaux. Car, que faire de ses bras ballants et de ses jambes, à l'âge de la bougeotte ? Ici, on a trouvé la réponse. Les premiers écrivent, et les deuxièmes, désormais, font de l'exercice. Même assis.

Faire du vélo en classe tout en travaillant est désormais possible

Dans le cadre du projet « Bouge ta classe », à l'initiative de la municipalité et de l'Académie, Pascale Sellin, directrice de l'établissement et professeur, a reçu ces engins du futur. S'il est un peu tôt pour tirer le bilan, les enfants, eux, adorent. « On s'est rendu compte que les élèves d'aujourd'hui tenaient moins en place alors on s'est dit qu'il fallait les intéresser » explique la directrice.

Chaque jour, chaque écolier y passe 15 à 30 minutes, à tour de rôle... et sans dispute. Mais peut-on continuer à travailler tout en pédalant ? « Oh oui », lancent les deux copines, à l'unisson. « Il faut s'habituer et puis ça devient facile. On y pense plus et ça défoule » analyse Chaïma en souriant : « Au début, mes parents ont quand même trouvé ça bizarre ». Mardi matin, la petite fille a suivi le cours de géométrie et même de conjugaison sur le passé simple sur l'engin et sans aucun problème. L'autre cycliste Iliana qui elle, a composé des poèmes, pense même être « un petit peu meilleure grâce au vélo ».

Des défis entre salariés. Et si on se levait et on marchait le plus possible ? Fin avril, Aurélie voit passer cette drôle de proposition sur le site du bailleur social Elogie-Siemp, pour lequel elle travaille. Son nom, « Challenge Be walk ». Pendant sept jours, chaque employé est invité à faire le plus de pas possible lors d'une grande compétition entre entreprises. Et pourquoi pas se lancer, pense-t-elle. Car malgré ses trois heures de zumba et de fitness hebdomadaires, cette assistante juridique de 34 ans reste la plupart de la journée vissée sur son siège.

Aurélie, Cécile, Valérie et Jocelyne ont pris l'habitude de marcher plus au quotidien. LP/Jean Nicholas Guillo

Alors que les équipes s'organisent, prêtes à arpenter la capitale à la moindre occasion, Aurélie monte la sienne et mise sur Cécile, 40 ans, Valérie, 34 ans, et Jocelyne, 44 ans. Dès la mi-mai, le chrono lancé, ces collègues vont faire preuve d'imagination, délester le plus possible les transports, et battre le pavé, une sorte d'anti-course contre le temps perdu.

Adieu les restaurants, les quatre amies déambulent, désormais, à la pause déjeuner, sandwich à la main, au hasard des rues. Parfois une heure trente du côté de Pantin à la Villette. Très vite, le podomètre, disponible sur l'application santé de leur téléphone, grimpe.

« Quand on revenait au bureau, on avait une pêche d'enfer », s'enthousiasme Aurélie. Et les coéquipières se prennent au jeu, descendent deux stations de tramway plus tôt, délaissent la voiture le week-end. « Un week-end, l'une de mes collègues a même marché au bois de Boulogne plus de 32 km ! ».

Si Air France, EDF et la SNCF leur ont volé la vedette au classement final, les filles sont arrivées « tout de même 61e sur 1 912 équipes », rappelle Aurélie qui n'en pas perdu ces bonnes habitudes. Depuis, un midi par semaine, les copines se mettent en marche. « On a appris à mieux se connaître, désormais, c'est notre petit rendez-vous ensemble ».

Des «standings desk» en entreprise. Lorsqu'il peine à se concentrer, Julien, 38 ans, ne cède pas à une sieste réparatrice au bureau. Au contraire, il travaille debout. Surtout le matin, avec un café fumant, après le déjeuner, à l'heure soporifique de la digestion « et bien sûr lorsqu'on fait un apéro entre collègues », rit ce monteur vidéo.

Dans sa société de postproduction « 38 Films », située dans le Marais, à Paris, il vient de faire avec ses trois associés un petit investissement. Dans leurs locaux de 60 m2, trônent désormais 4 standing desk ou bureaux debout. Un plateau en bois qui fait office de table monte et descend, grâce un système de vérin. « C'est vachement intéressant, je le mets en position debout deux heures par jour, on est plus dynamique ; chez nous, tout le monde a pris le pli », se réjouit Julien qui a en a fini avec ses douleurs lombaires qui lui cassait le dos. Une libération.

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