Réserver les urgences aux cas graves, une solution pour désengorger les hôpitaux ?

Réserver les urgences aux cas graves, une solution pour désengorger les hôpitaux ?
Les urgences de l'hôpital Trousseau de Tours le 12 janvier 2017.

Orange avec AFP, publié le vendredi 27 octobre 2017 à 15h40

PARCOURS DE SOINS. La Fédération des médecins de France (FMF) propose de réorganiser l'offre de soins : aux médecins de ville les soins courants ; les services d'urgences n'accueillant que les cas graves.





La FMF jette un pavé dans la mare. Pour désengorger les urgences et "mettre fin à la concurrence délétère" entre hôpitaux et praticiens en cabinet, elle demande à la ministre de la Santé Agnès Buzyn de redistribuer les cartes en orientant davantage de patients vers la médecine de ville. "Plus personne ne doit pouvoir entrer à l'hôpital autrement qu'en ambulance, pour les urgences extrêmes, ou avec une prescription d'un médecin de ville", écrivent les médecins dans un courrier à la ministre, dévoilé par le Parisien début septembre.

"IL FAUT QUE ÇA CHANGE"

"Sur plus de 20 millions de passages en 2015 aux urgences hospitalières, 16 millions n'ont pas donné lieu à hospitalisation : ils auraient pu être traités en ville", explique Jean-Paul Hamon, président de la FMF, vendredi 27 octobre au quotidien. Selon lui, "le coût de ce surrecours aux urgences est supérieur à 3 milliards d'euros par an. Et l'hiver, en cas d'épidémies, les patients peuvent patienter jusqu'à dix heures. Des opérations programmées doivent être reportées... Des gens décèdent. Donc oui, il faut que ça change", souligne ce médecin.

Son organisation propose de "filtrer l'entrée aux urgences" : "hormis ceux qui sont amenés en ambulance, les patients ne devraient accéder à l'hôpital qu'après consultation d'un médecin de ville".

Pour dissuader les patients de se rendre aux urgences pour un rhume, il propose de "doubler le prix de ces consultations non programmées" et "de créer un tiers payant intégral - assurance obligatoire + complémentaire - pour toutes les urgences reçues en cabinet ou maison de santé, pour éviter aux patients l'avance de frais."

DES ESSAIS DÉJÀ MENÉS DANS PLUSIEURS DÉPARTEMENTS

Jean-Paul Hamon cite l'exemple de l'Aude, la Creuse et le Morbihan, où "des équipes de 4-5 médecins répartis dans le département assurent la garde de nuit". Selon lui, ce plan coûterait 1,5 milliard d'euros. "Contre une dépense de 3 milliards d'euros. On peut donc faire 1,5 milliards d'euros d'économies tout en améliorant le dispositif."

France Assos Santé, qui réunit 70 associations de patients, est résolument contre. Réformer les urgences "ne me paraît pas une priorité", estime son président, Alain-Michel Ceretti, dans le Parisien. Selon lui, "pour éviter l'engorgement, il faut une régulation départementale, elle existe déjà et elle marche très bien : c'est le 15 (le Samu, ndlr), qui n'est pas toujours connu du grand public, ce qui peut expliquer un recours abusif aux urgences".

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