Reprise des traitements de Vincent Lambert : du "sadisme pur", dénonce son neveu François

Reprise des traitements de Vincent Lambert : du "sadisme pur", dénonce son neveu François
François Lambert, le 20 mai 2019, à Reims.

Orange avec AFP-Services, publié le mardi 21 mai 2019 à 08h35

"On nous refait le coup tout le temps", a déploré François Lambert, favorable à l'arrêt des traitements de son oncle tétraplégique en état végétatif, après la décision de la cour d'appel de Paris de rétablir les soins.

Coup de théâtre dans l'affaire Vincent Lambert : la cour d'appel de Paris a ordonné lundi soir au le rétablissement des traitements visant à maintenir en vie le tétraplégique en état végétatif depuis dix ans, interrompus le matin-même par son médecin. La cour "ordonne à l'État français (...) de prendre toutes mesures aux fins de faire respecter les mesures provisoires demandées par le Comité international des droits des personnes handicapées le 3 mai 2019 tendant au maintien de l'alimentation et l'hydratation" de Vincent Lambert, selon la décision consultée par l'AFP.

Le CDPH, comité de l'ONU, avait demandé à la France de surseoir à l'arrêt des traitements dans l'attente d'un examen du dossier sur le fond, mais la France considérait que la suspension de l'arrêt des traitements préconisée par le CIDPH "est dépourvue de caractère contraignant", mettant en avant le "droit du patient à ne pas subir d'obstination déraisonnable".

"La remontada"

La nouvelle est tombée en pleine marche parisienne réunissant plusieurs centaines de personnes réclamant "la vie pour Vincent".

Une énorme clameur a retenti quand l'un des deux avocats des parents, Me Jérôme Triomphe, a lancé à la foule, en apprenant leur victoire par téléphone : "On a gagné ! C'est la remontada !"




"On était en train d'éliminer Vincent ! C'est une très grande victoire ! Ils vont le réalimenter et lui redonner à boire. Pour une fois, je suis fière de la justice", a aussitôt déclaré à l'AFP sa mère, Viviane Lambert.

"Je ne comprends pas que l'on puisse être aussi barbare avec son fils"

À l'inverse, le neveu de Vincent Lambert, François, favorable, lui, à l'arrêt des traitements, tout comme Rachel Lambert et ses oncles et tantes, a dénoncé un "sadisme pur de la part du système médico-judiciaire". "On nous refait le coup tout le temps. Il y a une jouissance de la part de ceux qui font tous ces recours" juridiques, a-t-il estimé auprès de l'AFP. "Je suis totalement abasourdi, je n'en reviens pas. C'est du sadisme pur", a-t-il encore insisté ce mardi matin au micro d'Europe 1. 

"Je ne comprends pas que l'on puisse être aussi barbare avec son fils sans jamais se poser la moindre question." Il dénonce la position ferme des parents, qui ne veulent rien entendre, selon lui : "Ils sont du côté de la vie, c'est comme ça. On est tous, à la base, du côté de la vie, c'est normal. Sauf qu'eux, ils y restent et tout ce qui n'est pas eux n'est pas normal." Le neveu de Vincent Lambert juge que ceux qui partagent son point de vue "ont fait une réflexion, tout simplement" et appelle donc les parents de son oncle à en faire de même : "Peut-être que les parents de Vincent pourraient, à leur tour, faire une réflexion au lieu d'agir comme ils agissent."


"La douleur des parents de Vincent, personnellement, je n'y crois plus", explique-t-il. "C'est du militantisme qui a pris le dessus depuis de nombreuses années. Ils sont dans un déni absolu. (...) Ils sont anti-avortement depuis 40 et ils sont dans la continuité de ce combat avec Vincent." "Tout le monde souffre dans cette histoire", assure François Lambert pour qui "le rationnel doit prendre le dessus" : "La plus grande des souffrances, c'est celle qui mène à la folie. La folie, c'est l'irrationnel et l'irrationnel, il est totalement du côté des parents de Vincent." Il appelle donc ces derniers à revoir leur position, comme "tous les membres de la famille, l'épouse, les six frères et sœurs, moi son neveu". "On a tous réussi à faire un cheminement."

Il se dit également "très en colère" contre les "juges qui ont rendu cette décision", qui sont allés à l'encontre de l'avis d'une "cinquantaine de juges administratifs et européens des droits de l'Homme, plus une quinzaine de médecins" : "Ils ont décrété que ces gens-là ne valaient rien et que eux, ils savaient." "Ce sont trois juges qui ont décidé de ça. Il faudrait qu'ils se rendent compte de l'importance de leur décision et de la responsabilité qu'ils prennent à faire ça." Il appelle à "des sanctions pour ces juges-là" si leur décision est finalement "cassée". Il envisage en effet un possible pourvoi en cassation. 

Emmanuel Macron refuse d'intervenir

La nouvelle interruption des traitements, couplée à la mise en oeuvre d'une "sédation profonde et continue", avait débuté lundi matin, conformément à une décision médicale signée par le docteur Vincent Sanchez en avril 2018, soutenue par une partie de la famille dont son épouse Rachel Lambert et validée par le Conseil d'État fin avril.

Jusqu'à présent, tous les ultimes recours déposés par les avocats des parents -Cour européenne des droits de l'Homme, tribunal administratif- avaient échoué. Et le président Emmanuel Macron, à qui ils avaient écrit samedi pour l'implorer d'intervenir, avait répondu lundi qu'il ne lui "appartenait pas de suspendre" l'arrêt des traitements, décidé, "en conformité avec nos lois", à quelques jours des élections européennes.

Les avocats des parents de Vincent Lambert vont se rendre mardi matin au centre hospitalier de Reims pour vérifier la reprise, au moins provisoire, des traitements.

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