Rennes : un trafic international d'ivoire et de cornes de rhinocéros devant la justice

Rennes : un trafic international d'ivoire et de cornes de rhinocéros devant la justice
Photo d'illustration.

publié le lundi 06 septembre 2021 à 12h24

L'affaire a débuté en septembre 2015 lors d'un banal contrôle douanier. Elle a mis en lumière un vaste trafic international d'ivoire brut et de cornes de rhinocéros. 

"L'internationale des fossoyeurs d'éléphants et de rhinocéros" devant la justice.

Le procès d'un réseau international de trafic d'ivoire et de cornes de rhinocéros s'est ouvert lundi 6 septembre à Rennes (Ille-et-Vilaine). A la barre des accusés, neuf prévenus vietnamiens, britanniques et chinois, dont des membres des "Rathkeale Rovers", un groupe criminel issu de la communauté irlandaise des gens du voyage.

Pour l'association Robin des Bois, qui s'est portée partie civile, c'est "l'internationale des fossoyeurs d'éléphants et de rhinocéros" qui est jugée jusqu'à mercredi. "Dans ce dossier, la France apparaît comme l'un des pays majeurs de transit d'ivoire d'éléphant et de cornes de rhinocéros à destination des marchés européens et asiatiques", souligne auprès de France 3 Bretagne Maître Jean-Christophe Tymoczko, avocat de l'association. 




Seuls trois des neuf prévenus, âgés de 29 à 58 ans, se sont présentés lundi matin devant le devant le tribunal correctionnel de Rennes. Deux sont en fuite et les autres sont représentés par leurs avocats.

Le rôle central d'un clan irlandais, les "Rathkeale Rovers" 

L'affaire débute par un simple contrôle douanier dans la nuit du 10 au 11 septembre 2015 sur la nationale 10, à Dangé-Saint-Romain (Vienne). A bord d'une BMW, les douaniers découvrent quatre défenses d'éléphant d'Afrique de 42,6 kg et 32.800 euros en espèces. Les passagers, qui se disent brocanteurs, se révèlent être des membres d'un groupe de délinquance itinérante connu sous le nom de "Rathkeale Rovers" (les vagabonds de Rathkeale), du nom du village irlandais du comté de Limerick où ils sont basés.

Les membres de ce groupe, implantés dans toute l'Europe, sont régulièrement poursuivis pour vols et trafic de cornes de rhinocéros, qu'ils dissimulent derrière des activités de goudronnage ou de rénovation de toitures. En 2010, l'opération "Oakleaf" lancée par l'agence Europol avait conduit à l'arrestation de 31 membres du groupe, responsables du vol de 95 cornes de rhinocéros.

A partir des premières arrestations de 2015, les douaniers français vont mettre au jour deux réseaux de trafic international d'ivoire brut et de corne de rhinocéros vers le Vietnam et la Chine, tous deux en relation avec les "Rathkeale Rovers". 

Les cornes transformés sur le territoire français en poudre, billes, pointes...

Durant leurs investigations, les douaniers ont découvert plusieurs ateliers de transformation de cornes et de défenses, un fait totalement inédit sur le territoire français, d'après un expert. Les cornes de rhinocéros étaient transformées en poudre, copeaux, billes ou pointes pour être exportées et vendues plus facilement en Chine. Une corne de près de 15 kilos a été saisie durant l'enquête, ainsi qu'une quarantaine de défenses d'éléphant.



"Au moment des faits, la valeur du kilo d'ivoire au détail sur le marché asiatique était autour de 5.000 dollars (4.200 euros) par kilo et la corne de rhinocéros se négociait au détail 1.000 dollars (840 euros) le gramme", note l'association Robin des Bois dans un communiqué publié ce lundi. "L'enquête a montré que plusieurs salles des ventes à Cannes, à Toulouse, au Puy ont facilité l'exportation des défenses d'éléphants au Vietnam", pointe aussi l'association.

"Avant la contrebande, ses marchandages et ses filouteries, il y a le braconnage avec ses cruautés. Le trafic faunique contribue également à déstructurer et à appauvrir les écosystèmes, il encourage la spéculation sur l'ivoire d'éléphant et les cornes de rhinocéros et il stimule de ce fait le braconnage", dénonce Robin des bois. 

"Selon le Code des douanes, le Code de l'environnement et le Code pénal, les prévenus sont passibles de 3 à 10 ans d'emprisonnement et d'amendes de 75.000 à 750.000 € pouvant aller jusqu'à 10 fois la valeur sur le marché intérieur des objets saisis. Les audiences se dérouleront jusqu'au 8 septembre 2021", écrit l'association Robin des Bois dans son communiqué. 

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