"Rendez-nous la messe": des catholiques font entendre leur voix

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Une manifestante catholique en prière à Nantes le 15 novembre 2020
Une manifestante catholique en prière à Nantes le 15 novembre 2020
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© AFP, Sebastien SALOM-GOMIS

, publié le dimanche 15 novembre 2020 à 23h26

"Il me manque un guide", "c'est un besoin vital": quelques milliers de catholiques se sont rassemblés dimanche dans plusieurs villes de France pour demander la levée de l'interdiction des messes en public imposée pendant le reconfinement, à la veille d'une rencontre avec Jean Castex et Gérald Darmanin.

A l'approche de la période de l'Avent qui précède Noël, ils étaient ainsi 200 à 300 fidèles à Bordeaux, Nantes, Rennes, Nice, Marseille et Toulouse, un peu moins à Strasbourg et beaucoup plus à Versailles, où plus d'un millier de personnes ont réclamé de pouvoir assister à des offices.

Tous ont réclamé le retour de "leurs" messes, contre la décision du gouvernement de suspendre les cérémonies religieuses avec un large public validée il y a une semaine par le Conseil.

"Ça a pris une ampleur qu'on n'avait pas imaginée", s'est réjouie Albane, 23 ans, une des organisatrices du rassemblement versaillais. Dans la cité royale, sur le parvis de la cathédrale Saint-Louis, la foule a oscillé comme ailleurs entre chants religieux et slogans comme "la messe, la messe est essentielle". Des sifflets pour le gouvernement ont également retenti.

"On nous parle de besoins essentiels ? Voilà le nôtre ! On veut la messe", a lancé une organisatrice, qui a plusieurs fois, en vain, exhorté la foule à respecter le port du masque et la distanciation.

- "Exigence" -

"Nous avons besoin de la messe, ce n'est pas seulement une activité, c'est quelque chose qui nous nourrit spirituellement", a renchéri Benoît de Belleroche à Nice, où le rassemblement s'est tenu au pied de la basilique Notre-Dame, cible fin octobre d'un attentat jihadiste qui a fait trois morts.

"On ne peut pas vivre pleinement sa foi sans prendre part à l'eucharistie, c'est une exigence pour notre foi", a fait valoir l'organisateur du collectif pour la messe à Nantes, Marc Billig.

"Le gouvernement ne comprend pas que ça ne suffit pas pour un chrétien d'être chez soi et de prier chez soi", déclare l'abbé Guillaume Touche, 30 ans, dans le rassemblement bordelais.

Au soir de cette journée de mobilisation, Matignon a annoncé que le Premier ministre Jean Castex se joindrait à la rencontre prévue lundi avec son ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin avec les représentants des cultes pour "faire le point sur les restrictions de cérémonies religieuses liées à la crise sanitaire".

La Conférence des évêques de France a indiqué à l'AFP qu'elle profiterait de cet échange en visioconférence, dans l'après-midi, pour présenter au gouvernement une proposition de protocole sanitaire permettant la reprise des cérémonies publiques.

Certains manifestants ont assimilé dimanche l'interdiction de ces offices à une atteinte à la liberté de culte.

"Les fondamentaux de la République, c'est aussi le respect des cultes de chacun", a estimé Emmanuel, un autre manifestant bordelais venu drapeau français en étendard. "On ne demande rien d'autre: le samedi on va faire nos courses et le dimanche on va à la messe".

- Prières de rue -

Des fidèles ont également mis en avant l'absence de risque sanitaire à tenir des messes. "Il y a moyen de filtrer et de contrôler les personnes", a abondé Joseph Cabrita, organisateur du rassemblement de Rennes, citant à l'appui l'existence, plus tôt dans l'année, de jauges.

A Paris, la réunion devant l'église Saint-Sulpice a été interdite par la préfecture de police après que des prières de rues ont été constatées vendredi soir au même endroit, où les consignes sanitaires n'étaient pas respectées. Aucun rassemblement n'y s'est tenu dimanche.

A Aix-en-Provence, la police est intervenue pour mettre fin à une messe organisée illégalement par une communauté intégriste affiliée à la Fraternité Saint-Pie X et a verbalisé les 30 personnes présentes.

Les organisateurs du rassemblement de Bordeaux, malgré leurs appels, n'ont pu empêcher des fidèles de s'agenouiller pour prier et sont donc convoqués lundi matin au commissariat, la prière sur voie publique n'étant pas autorisée. 

Gérald Darmanin, avait prévenu vendredi qu'il n'hésiterait pas à "envoyer les policiers et gendarmes verbaliser" les manifestants catholiques en cas "d'actes répétés". Il a remercié dimanche sur son compte Twitter "les croyants, et notamment les catholiques, pour leurs efforts et leur compréhension".

Les responsables politiques sont apparus divisés sur ce thème. Si le président du Sénat Gérard Larcher (LR) et celle du RN Marine Le Pen ont plaidé pour une reprise des messes, le secrétaire national d'EELV Julien Bayou a défendu l'interdiction au nom du "principe de responsabilité".

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