Renault annonce un plan d'économies "vital" de 2 milliards d'euros

Renault annonce un plan d'économies "vital" de 2 milliards d'euros
Le logo du groupe Renault.

, publié le vendredi 29 mai 2020 à 13h30

Près de 15.000 emplois vont être supprimés dans le monde dont 4.600 en France et l'avenir de quatre sites français est en jeu. La CFDT du groupe a qualifié ce plan d'économies de "projet de casse sociale et de désindustrialisation".

Le plan a été présenté jeudi soir aux syndicats, il a été annoncé officiellement ce vendredi matin par la direction du constructeur automobile Renault, en difficulté financière : le groupe va supprimer environ 15.000 emplois dans le monde, dont 4.600 en France, dans le cadre d'un vaste plan d'économies de plus de 2 milliards d'euros sur trois ans qui doit permettre de "restaurer la compétitivité du groupe et assurer son développement sur le long terme".

"Ce projet est vital", a déclaré la directrice générale Clotilde Delbos, citée dans un communiqué diffusé vendredi.

Renault, qui souffre de surcapacités de production au niveau mondial, avait annoncé en février ses premières pertes en dix ans, entrant affaibli dans la crise provoquée par l'épidémie de Covid-19.



"Aujourd'hui nous payons le prix d'une stratégie (...) qui pariait sur une croissance record du marché", a expliqué Clotilde Delbos lors d'une conférence avec des analystes, dans une critique implicite à Carlos Ghosn, l'ancien patron déchu, accusé de malversations financières et réfugié au Liban. "Nous devons changer notre état d'esprit" et "nous concentrer sur la performance financière et la génération de cash."


Dans le cadre de ce plan, Renault prévoit des "ajustements d'effectifs" s'appuyant sur "des mesures de reconversion, de mobilité interne et des départs volontaires". Ce plan "s'étalerait sur 3 ans et concernerait en France près de 4.600 postes (sur 48.000, ndlr) auxquels s'ajouterait la réduction de plus de 10.000 autres postes dans le reste du monde", indique le groupe dans son communiqué. Au total, le constructeur aux cinq marques (avec Alpine, Dacia, Lada et Samsung Motors) compte supprimer environ 8% de ses effectifs dans le monde (180.000).


En France, le plan devrait affecter quatre sites, dans des conditions qui restent en partie à définir : Caudan (Morbihan), Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), Dieppe (Seine-Maritime) et Maubeuge (Nord). Le projet inclut l'arrêt de la production automobile à Flins (Yvelines), à la fin de la Zoe après 2024. L'usine, qui compte actuellement 2.600 salariés, sera reconvertie et récupérera l'activité du site de Choisy-le-Roi, qui emploie 260 personnes dans le recyclage de pièces.

Un plan qui doit permettre de générer 2,15 milliards d'économie annuelle

L'avenir de Fonderie de Bretagne, avec près de 400 salariés à Caudan, reste en suspens avec une "revue stratégique" annoncée. Même chose pour l'usine de Dieppe, qui emploie aussi près de 400 personnes : le groupe indique ouvrir "une réflexion sur la reconversion de l'usine, à la fin de la production de l'Alpine 110". Dans le Nord, la fusion des sites de Douai et Maubeuge est envisagée pour créer un centre d'excellence des véhicules électriques et utilitaires légers. La production des utilitaires électriques Kangoo devrait être transférée à Douai qui héritera d'une nouvelle plateforme.

Le plan d'économies prévoit la fermeture d'un seul site en France, celui de Choisy-le-Roi, a précisé dans la matinée de vendredi le président du constructeur automobile, Jean-Dominique Senard, lors d'une conférence de presse. "Ce que nous recherchons ce sont des réductions de frais de structures, ce n'est pas un plan de fermetures de sites, c'est un plan d'économie global et cohérent", a-t-il affirmé. "Chaque décision, chaque mesure d'économie a été longuement soupesée en pensant aux salariés que bien entendu ces décisions pourraient troubler", a-t-il poursuivi. 

"C'est notre responsabilité aujourd'hui de prendre des décisions difficiles, et nous le faisons car nous avons la conviction que ces décisions sont les bonnes et toujours dans le respect des personnes et des organisations (...). La crise (...) nous oblige à agir", a-t-il ajouté. "L'entreprise ne peut plus supporter le poids de ses frais généraux compte tenu du retournement du marché", a expliqué le président du groupe, qui a succédé l'an dernier à Carlos Ghosn, réfugié au Liban après avoir été poursuivi pour malversations au Japon.

A l'international, Renault annonce la "suspension des projets d'augmentation de capacités prévus au Maroc et en Roumanie". Il indique étudier "l'adaptation des capacités de production en Russie et la rationalisation de la fabrication de boîtes de vitesse dans le monde". Au total, la réduction de l'outil industriel permettra deréduire les coûts fixes de l'entreprise de 650 millions d'euros par an. 

En outre, le constructeur prévoit 800 millions d'euros de réduction de coûts dans l'ingénierie, évoquant "l'optimisation de l'utilisation des centres de RetD à l'étranger et de la sous-traitance". Il annonce une réorganisation des activités de son technocentre à Guyancourt (Yvelines). Enfin, des économies de 700 millions d'euros sont prévues dans les frais généraux, marketing et autres fonctions support. Renault précise que la mise en oeuvre du plan coûtera 1,2 milliard d'euros, pour environ 2,15 milliards d'économie annuelle sur ses coûts fixes.

Un "projet de casse sociale et de désindustrialisation" selon la CFDT

Si Renault a promis "un dialogue exemplaire avec les partenaires sociaux et les collectivités locales", la CFDT du groupe a "dénoncé" le plan d'économies, qualifié de "projet de casse sociale et de désindustrialisation". Deuxième syndicat du groupe, la CFDT "se fera entendre par tous les moyens possibles pour aboutir à trouver des solutions compatibles avec le respect des salariés et l'avenir de tous les sites de Renault en France", a-t-elle prévenu dans un communiqué. 

"On va tout faire pour que ça reste à l'état de projet, pour que ce plan n'aboutisse pas car il ne tient pas la route. Nous sommes fermement opposés à ce projet", qui suscite "beaucoup de colère" parmi les salariés, a déclaré à l'AFP Franck Daoût, délégué syndical central de la CFDT Renault. "Comment construire un plan de cette ampleur alors que la stratégie de l'entreprise ne sera dévoilée qu'en septembre 2020 au plus tôt ?", proteste la CFDT dans son communiqué. Ce plan "est déséquilibré aux dépens de la France, au regard des efforts consentis par les autres pays où le groupe est installé", souligne le syndicat, qui va "demander des expertises sur les sites concernés".

De son côté, la CGT a dénoncé une "stratégie assez suicidaire". "La stratégie actuelle est assez suicidaire pour Renault (...) On est face à une direction qui présente des réductions" de coûts "sans aucune autre stratégie ferme, volontaire, pour avoir une gamme élargie" de véhicules "correspondant aux besoins des populations et aux enjeux environnementaux", a critiqué Fabien Gâche, délégué syndical central CGT.

"La marque Renault aujourd'hui est en grande difficulté", a-t-il déploré lors d'une visioconférence de presse. "S'il ne reste plus que de l'utilitaire, deux gros (véhicules) électriques, Clio et Twingo, qui peut penser raisonnablement qu'un constructeur généraliste peut tenir avec une gamme aussi réduite ?", a-t-il souligné. Et "une fois encore, c'est la France qui fait les frais de la réduction des capacités de production" du groupe, a-t-il protesté, en notant que les suppressions de postes annoncées "ne prennent pas en compte les intérimaires, les prestataires" et l'impact sur "les fournisseurs". "On est dans la poursuite de ce qu'on connaît malheureusement chez Renault depuis une quinzaine d'années, c'est-à-dire une stratégie qui ne vise pour la France que des véhicules à forte marge, en petits volumes, qui à terme risque de remettre en question la marque Renault elle-même", s'est-il inquiété.

Après des rumeurs de presse évoquant la fermeture de sites français, le président de la République Emmanuel Macron avait réclamé mardi "des garanties" pour l'avenir des salariés. Il avait mis la pression sur Renault en avertissant qu'un prêt garanti par l'Etat de 5 milliards d'euros ne serait pas signé avant la tenue de discussions en début de semaine prochaine. L'Etat français est le premier actionnaire du groupe au losange avec 15% du capital.

 

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