Rémunération : les relations se tendent entre le patronat et Carlos Ghosn

Rémunération : les relations se tendent entre le patronat et Carlos Ghosn
L'ambiguïté du double statut de Carlos Ghosn chez Renault et Nissan est pointée du doigt par l'Afep-Medef.

Orange avec AFP, publié le vendredi 27 mai 2016 à 10h57

- Le divorce semble consommé entre le patronat et le PDG de Renault-Nissan. Dans une lettre au vitriol révélée ce vendredi par "Les Échos", l'Afep-Medef tacle Renault quant à l'établissement du mode de rémunération de son dirigeant Carlos Ghosn.

La rémunération annuelle totale du patron à la double casquette devrait s'élever à plus de 15 millions d'euros en 2015. -

Le document de deux pages est bien plus sévère qu'indiqué le 19 mai. Dans un bref communiqué, le haut comité de gouvernement d'entreprise (HCGE) avait indiqué avoir transmis à Carlos Ghosn et au président du Comité des rémunérations de Renault, Patrick Thomas, "ses recommandations concernant la prise en compte du vote négatif des actionnaires" sur le salaire en 2015 du PDG. La lettre révélée ce vendredi est plus critique. Mettant en avant le principe "d'exhaustivité", le Haut comité s'interroge notamment sur "la situation très particulière constituée par le cumul de la rémunération attribuée à Carlos Ghosn par Renault et celle au titre de la présidence de Nissan", le constructeur japonais dirigé également par l'industriel.

"Ou bien Renault et Nissan sont effectivement deux grandes entreprises autonomes, et dans ce cas, il faudrait justifier soigneusement comment, en termes de disponibilité, la direction générale peut être exercée par une seule personne et écarter la critique de certains observateurs qui considèrent que la rémunération très élevée dans le cadre de Renault correspond à une fonction à 'mi-temps'", se demande le HCGE. "Ou bien, compte tenu de la proportion des actifs et de la contribution aux résultats de Renault représentées par cette participation, la performance du dirigeant de Renault est indissociable de celle du président de Nissan et le conseil d'administration du premier doit raisonner sur l'ensemble des deux fonctions, en termes de rémunération et d'appréciation de la performance du dirigeant", poursuit-t-il. "Dans ce cas en outre, les actionnaires de Renault devraient disposer d'informations détaillées sur la rémunération au titre de Nissan, et sur les mécanismes incitatifs qu'elle comporte, pour se prononcer en toute connaissance de cause", assure le HCGE.



PRENDRE EN COMPTE "L'OPINION EN GÉNÉRAL"

Le Haut Comité souligne également que la rémunération des dirigeants mandataires sociaux doit aussi tenir compte "des réactions des autres parties prenantes de l'entreprise et de l'opinion en général", or "ce dernier objectif n'a pas été atteint".  Le conseil d'administration de la marque au losange est passé début mai outre le vote consultatif des actionnaires - dont l'État, détenteur de 20% de l'ex-régie nationale - qui s'étaient prononcés à 54,12% contre la rémunération de Carlos Ghosn de 7,251 millions d'euros en 2015 au titre de PDG du constructeur français. En ajoutant sa rémunération en qualité de PDG de Nissan, la rémunération annuelle totale de Carlos Ghosn devrait s'élever à plus de 15 millions d'euros.

Dans le cadre de l'examen du projet de loi Sapin II, les députés ont rendu jeudi contraignant le vote des assemblées générales d'actionnaires sur les rémunérations des dirigeants d'entreprises, en commission, puis dans l'hémicycle avec une proposition de loi du Front de gauche. La commission des Lois a adopté cet amendement du rapporteur Sébastien Denaja (PS), qui avait le soutien du groupe socialiste et du gouvernement, et prévoit un vote préalable et conforme de l'AG, qui contraindra le conseil d'administration. "Le gouvernement partage pleinement l'objectif de modération de la rémunération des dirigeants", a déclaré au Palais-Bourbon le ministre des Finances, Michel Sapin. L'Assemblée aura "à travailler plus précisément encore" en séance à partir du 6 juin sur la mesure d'initiative socialiste adoptée en commission, a précisé le ministre, annonçant des amendements du gouvernement notamment sur la transparence des écarts de rémunération en entreprise.

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