Relaxé, Bendaoud, le logeur de jihadistes du 13-Novembre, va sortir de prison

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 Un croquis d'audience représentant Jawad Bendaoud, au palais de  Justice de Paris, le 24 janvier 2018

Un croquis d'audience représentant Jawad Bendaoud, au palais de Justice de Paris, le 24 janvier 2018

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© AFP, Benoit PEYRUCQ

AFP, publié le mercredi 14 février 2018 à 22h53

Il lève les bras, tape amicalement l'épaule des gendarmes dans le box puis embrasse la tête d'un de ses avocats: Jawad Bendaoud, logeur de deux jihadistes du 13-Novembre, est sorti mercredi soir de prison après sa relaxe prononcée par le tribunal correctionnel de Paris.

"Tous les éléments considérés comme des charges ayant justifié le renvoi (devant le tribunal, ndlr) du prévenu n'ont pas emporté la conviction du tribunal et sont insuffisants pour démontrer la culpabilité de Jawad Bendaoud", a déclaré Isabelle Prévost-Desprez, présidente de la 16ème chambre du tribunal spécialisée dans les affaires terroristes.

Le parquet, qui avait requis quatre ans de prison, a aussitôt fait appel.

Jawad Bendaoud, vêtu du gilet rouge du PSG qu'il portait déjà quand il a rencontré les deux jihadistes comme il l'avait expliqué au début du procès, a salué depuis le box une victime des attentats, Bilal Mokono, blessé par un kamikaze au Stade de France. Cet homme, qui se déplace en fauteuil roulant, avait livré un témoignage poignant lors du procès, qui avait ému le prévenu. 

- "On se voit dehors, Bilal", lui a lancé Jawad Bendaoud. 

- "Jawad, tiens-toi à carreau", a répondu Bilal Mokono. 

- "C'est fini, je me range", a promis le délinquant multirécidiviste.

"La relaxe, pour moi, elle était attendue. Jawad m'a convaincu sur beaucoup d'éléments", a déclaré Bilal Mokono à la sortie du tribunal.

Jawad Bendaoud, qui était jugé depuis le 24 janvier pour "recel de malfaiteurs terroristes", a toujours clamé son innocence. "Même pour 150.000 euros, je n'aurais pas hébergé des terroristes", a-t-il dit dans les premiers jours de ce procès hors norme.

Celui qui avait été surnommé "le logeur de Daech", et qui fut la risée d'un pays traumatisé, comparaissait pour avoir mis à disposition d'Abdelhamid Abaaoud, l'un des cerveaux présumés des attentats, et de son complice, Chakib Akrouh, un squat où ils s'étaient repliés à Saint-Denis. C'est là que les deux jihadistes sont morts le 18 novembre dans l'assaut des policiers du Raid.

- "Ecoeurement" de victimes -

Âgé de 31 ans et détenu à l'isolement depuis 27 mois, Jawad Bendaoud est sorti mercredi soir de la prison de Fresnes, en région parisienne, a indiqué à l'AFP Me Marie-Pompéi Cullin, qui le défendait avec Me Xavier Nogueras.

Ce jugement conclut le premier procès en lien avec les attaques du 13 novembre 2015, qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis. Un procès retentissant avec quelque 700 parties civiles, plus de 100 avocats, des rires déclenchés par les propos décalés de Jawad Bendaoud et des larmes des victimes des attentats. 

"On est extrêmement émus d'avoir entendu le tribunal nous dire que Jawad Bendaoud était innocent", ont commenté ses avocats.

Mais des parties civiles ont exprimé leur "écoeurement" et leur "colère". "Je trouve, au regard de son passé, que la justice est vraiment très clémente", a lancé Patricia Correia, dont la fille a été tuée au Bataclan.

"Nous sommes choqués par ce verdict qui ravive la douleur des victimes des attentats et des familles traumatisées par l'assaut", dont certaines avaient dû être relogées, a réagi la mairie de Saint-Denis.

La vice-présidente des Républicains, Virginie Calmels, a fustigé sur Twitter une "décision incompréhensible" tandis que la présidente du FN Marine Le Pen a dénoncé "une injure à nos martyrs".

Le deuxième prévenu, Mohamed Soumah, également jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes", a été condamné à cinq ans d'emprisonnement. Il avait mis en contact Hasna Aït Boulahcen, qui cherchait une planque pour les deux jihadistes, et Jawad Bendaoud.

Pour la juge, ses échanges téléphoniques avec Hasna Aït Boulahcen montrent qu'il ne pouvait "ignorer que les deux hommes étaient des terroristes". 

Une peine de quatre ans de prison, dont un avec sursis, a été prononcée contre le troisième prévenu, Youssef Aït Boulahcen, jugé pour "non-dénonciation de crime". Le tribunal n'a toutefois pas demandé de mandat de dépôt pour ce prévenu qui comparaissait libre. Il est le cousin d'Abdelhamid Abaaoud et le frère d'Hasna Aït Boulahcen, morte dans l'assaut du Raid.

"Vous saviez exactement que votre cousin était prêt à commettre de nouveaux attentats", a tranché la présidente, critiquant la "mauvaise foi" du prévenu.

Le parquet a aussi fait appel des condamnations de Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen.

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299 commentaires - Relaxé, Bendaoud, le logeur de jihadistes du 13-Novembre, va sortir de prison
  • Je pensais que les magistrats n'oseraient jamais une telle audace dans la complaisance !
    Aujourd'hui c'est chose faite !

  • soumission. Et bientot la campagne Jawad 2022

  • ''Si chacun de nous se montrait toujours prêt à repousser l'injustice, à faire cause commune avec l'opprimé ; si tous s'entraidaient avec zèle, et regardaient comme leur le tort fait à autrui, le mal que font les méchants n'augmenterait pas au point où nous le voyons ; mais, toujours observés et justement châtiés, les méchants deviendraient plus rares ou disparaîtraient tout à fait.''
    (Ménandre) Stobée – IVe s. avant J.C.

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    akronous  (privé) -

    Un petit passage amical. Merci.

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    jpfrerot  (privé) -

    Belle réflexion pour les migrants.

    Je suis haï. Pourquoi ? Parce que je défends
    Les faibles, les vaincus, les petits, les enfants.
    Je suis calomnié. Pourquoi ? Parce que j'aime
    Les bouches sans venin, les cœurs sans stratagème.
    Le bonze aux yeux baissés m'abhorre avec ferveur,
    Mais qu'est-ce que cela me fait, à moi rêveur ?
    Je sens au fond des cieux quelqu'un qui voit mon âme ;
    Cela suffit. Le flot ne brise point la rame,
    Le vent ne brise pas l'aile, l'adversité
    Ne brise pas l'esprit qui va vers la clarté. (...)
    (Victor Hugo) ''Les Quatre Vents de l'esprit''

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    jpfrerot  (privé) -

    “Il faut aimer la vérité plus que soi-même et les autres plus que la vérité.” (Romain Rolland)

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    jpfrerot  (privé) -

    "Qui donne à manger aux affamés, réconforte sa propre âme : ainsi parle la sagesse." (Friedrich Nietzsche ; Ainsi parlait Zarathoustra)

  • Et encre un djihadiste relâcher par cette brave justice.

  • 27 mois détenu, en étant finalement innocenté, que de dommages et intérêts que le contribuable français va devoir payer...

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