Relâchement des gestes barrière, refus de la vaccination... Pourquoi la situation sanitaire s'est autant aggravée en Martinique

Relâchement des gestes barrière, refus de la vaccination... Pourquoi la situation sanitaire s'est autant aggravée en Martinique
La ville de Saint-Pierre en Martinique

publié le mercredi 04 août 2021 à 12h40

Sur l'île qui a été reconfinée vendredi, le CHU est saturé. Des patients ont été transférés de Fort-de-France vers Paris et des renforts de l'Armée ont été envoyés.

Avec 3.880 cas positifs la semaine passée, un taux d'incidence qui galope (1.082 cas pour 100.000 habitants) et un taux de positivité de 17,5%, supérieur au seuil d'alerte de 10%, la Martinique est submergée par une nouvelle vague épidémique.

Cette dégradation de la situation sanitaire a conduit les autorités à décider d'un nouveau confinement, entré en vigueur le vendredi 30 juillet pour une durée d'au moins trois semaines. Comment expliquer cette situation ?



Au CHU de Martinique saturé, Hossein Mehdaoui, chef du pôle réanimation-anesthésie-urgences, explique l'afflux de malades du Covid-19 par la négligence et un refus de la vaccination, perçue comme "une injonction" de la métropole. "Personne ne peut le nier, il y a eu un relâchement partout sur les gestes barrière, plus particulièrement lors des regroupements familiaux, en dépit des consignes répétées par les différents services", a-t-il expliqué à l'AFP. "Ça se passe au camping, ou dans d'autres rendez-vous festifs sans aucune précaution. Ce n'est pourtant pas faute de rappeler la nécessité de respecter les gestes barrière...", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, les réticences concernant les vaccins anti-Covid sont fortes : seuls quelque 15% de la population de l'île sont vaccinés. L'instauration du nouveau confinement a été suivie de l'incendie d'un vaccinodrome et d'une pharmacie lors d'affrontements entre une centaine de manifestants et les forces de l'ordre samedi soir à Fort-de-France.

Le professeur Mehdaoui déplore "des oppositions de manière militante à cause de problèmes identitaires pour contester ce qu'ils appellent une injonction venue de Paris". Pour s'opposer à la vaccination, "les antivax s'appuient sur la méfiance à l'égard de l'Etat notamment en raison du dossier du chlordécone", avance-t-il, en référence à l'insecticide autorisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies des Antilles et accusé d'avoir empoisonné la Martinique et la Guadeloupe.

Résultat selon lui, la situation est tendue sur l'île. "Chacun s'est campé sur ses positions. Ça se déchire dans les familles sur la vaccination. Quand une collaboratrice infirmière vous dit qu'elle n'a pas osé dire à sa maman qu'elle s'est faite vacciner, vous imaginez l'ambiance familiale dans un tel contexte..."

Et les conséquences de ce relâchement des gestes barrière et du refus de la vaccination sont dramatiques. "Chaque jour on essaie de trouver une place pour tout le monde (à l'hôpital) qui a dû arrêter toute une partie de son activité pour faire face, et particulièrement en réanimation, largement saturée, qui a plus que doublé sa capacité d'accueil", déplore le chef du pôle réanimation-anesthésie-urgences du CHU de Martinique.

Il constate également l'arrivée de "patients de plus en plus jeunes". "Une jeune femme de 19 ans enceinte. Des patients âgés de 31 ans, de 33 ans dans la longue liste des 29 décès hospitaliers ces trois derniers jours", liste-t-il. "On se retrouve (aussi) face à des patients âgés de plus de 85 ans par exemple dont le décès est inévitable. C'est terrible ce que nous vivons dans l'hôpital", rapporte Hossein Mehdaoui.

En attendant de voir le bout du tunnel, quelquespatients ont été transférés de Fort-de-France vers Paris, et le CHU de Martinique a reçu mardi le renfort d'une quarantaine de médecins et infirmiers du Service de santé des Armées et du régiment médical de l'Armée de terre. "Le mieux c'est de ne pas avoir cette maladie, ni de la transmettre. A part se faire vacciner, il n'y a aujourd'hui pas d'autres solutions qui a fait ses preuves", insiste le patron du pôle réanimation.
 

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