Réforme du baccalauréat : vers la fin des filières L, ES et S ?

Réforme du baccalauréat : vers la fin des filières L, ES et S ?
La réforme du baccalauréat souhaitée par Emmanuel Macron devrait être effective à partir de 2021.

Orange avec AFP, publié le vendredi 03 novembre 2017 à 18h40

Le gouvernement prépare une "profonde refonte" du baccalauréat à l'horizon 2021. Selon L'Étudiant et Le Figaro, le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, a confié cette délicate mission à l'ancien directeur de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot.

Parmi les pistes envisagées, la suppression des trois filières actuelles littéraire (L), économique et sociale (ES) et scientifique (S). "On peut imaginer une autre manière de délivrer le bac", indique Pierre Mathiot au Figaro. Les trois années précédant l'examen (Seconde, Première, Terminale) seraient composées de parcours plus souples - si ce n'est à la carte - pour permettre "une relative individualisation des parcours".



"Je n'ai pas accepté cette responsabilité pour faire des ajustements techniques ici ou là", explique Pierre Mathiot à L'Étudiant. "Le lycée ne peut plus fonctionner comme s'il était la fin de l'histoire pour les élèves. Or je crois qu'il continue à fonctionner dans cette optique-là, alors même que 88 % réussissent le bac et que plus de 90 % d'entre eux continuent dans l'enseignement supérieur". Et d'ajouter : "Le lycée et le bac doivent vraiment s'inscrire dans un continuum d'instruction et de formation pour des jeunes qui, pour beaucoup, étudieront jusqu'à 23 ans et atteindront un niveau master".

QUATRE ÉPREUVES PAR FILIÈRE ?

Comme annoncé pendant la campagne présidentielle, la nouvelle formule du bac devrait limiter le nombre d'épreuves finales à quatre - sans préciser lesquelles. "Une concertation sera lancée dès la rentrée prochaine, pour resserrer les épreuves finales autour d'un plus petit nombre de matières et définir ce qui relève du contrôle continu", avait annoncé dès juillet Édouard Philippe lors de sa déclaration de politique générale. Le tronc commun pourrait faire la part belle au Français, aux matières scientifiques et à l'histoire. Les autres matières, choisies individuellement, seraient notées sur contrôle continu.



"Il faut qu'un 18 au bac vaille réellement un 18", ajoute également Pierre Mathiot à L'Étudiant. "Aujourd'hui, presque 50% des bacheliers mention très bien obtiennent ce résultat grâce aux points supplémentaires des options facultatives". L'équipe de spécialistes pilotée par Pierre Mathiot entamera ses auditions à partir du lundi 13 novembre, selon Le Figaro. Près de 70 entretiens sont prévus. Un premier rapport devrait être rendu en janvier 2018.

UNE ÉPREUVE DÉPASSÉE ?

La dernière tentative de réforme de cet examen bicentenaire date de 2004 et a vite tourné court. Mais chaque année, le bac est la cible de critiques de plus en plus vives. Principale raison ? Son coût annuel estimé entre 56 millions d'euros - si l'on ne prend en compte que les frais de logistique - et 1,5 milliard selon le premier syndicat des chefs d'établissement.

Il serait également inutile puisque le taux de réussite approche les 90%, mais nombre de bacheliers échouent ensuite à l'université, déplorent ses contempteurs. Et pour les filières sélectives (classes préparatoires, BTS, licences sélectives etc.), le choix des établissements se base sur le dossier de l'élève, bien avant l'examen de juin.

Pour la sociologue Marie Duru Bellat, interrogée par Europe 1, il y a "une logique" dans les pistes avancées par Pierre Mathiot. "Le système actuel de filières rigidifie les parcours. Dès la classe de première, l'élève est coincé dans une filière et il peut difficilement faire marche arrière. Une remise en cause de ce système permettrait de briser des murs".

Des chercheurs et le principal syndicat des enseignants du second degré, le SNES, défende encore l'examen. Selon eux, il a "des effets bénéfiques sur les apprentissages des élèves et surtout diminue significativement les inégalités sociales à l'école", en poussant les enseignants des lycées des territoires les moins favorisés socialement à avoir les mêmes exigences au niveau national.

"Les épreuves du bac conditionnent et cadrent les enseignements en donnant un horizon commun", expliquait cet été Claire Gueville, secrétaire nationale au SNES-FSU, chargée des lycées. La plupart des acteurs du monde éducatif sont toutefois en faveur d'une évolution de cet examen, y compris les professeurs. "Le bac est de moins en moins lisible et ne permet plus de savoir quels sont les acquis des bacheliers", estime Claire Gueville.

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