Reconfinement : le télétravail, moins respecté par les entreprises que lors du premier confinement

Reconfinement : le télétravail, moins respecté par les entreprises que lors du premier confinement
Photo d'illustration

, publié le mardi 03 novembre 2020 à 17h10

Le télétravail fait moins recette durant ce confinement, comparé à celui du printemps dernier, malgré les rappels de la ministre du Travail Elisabeth Borne.

Le confinement saison 2 n'est pas vécu de la même manière par les Français que durant sa première version, au printemps dernier. Outre les interrogations autour des biens classés essentiels ou non essentiels, la question du télétravail.

Celui-ci est "une obligation", comme le martèle le gouvernement depuis l'instauration de la mesure anti-Covid. Pourtant, contrairement à mars dernier, de nombreuses entreprises rechignent cette fois-ci à y recourir complètement.



"Tous ceux qui ont des tâches télétravaillables, et il y en a beaucoup, doivent télétravailler cinq jours sur cinq", a encore rappelé ce mardi 3 novembre la ministre du Travail Elisabeth Borne sur Europe 1.


L'injonction n'est pas toujours respectée par les entreprises. Sofia*, salariée d'un cabinet de conseil en région parisienne, témoigne : dans un mail adressé aux quelque 500 salariés de la société, la direction affirme souhaiter "le maintien de ses activités en mode 'normal'", soit un jour télétravaillé par semaine maximum.

Un message que la salarié trouve "très choquant". "On a l'impression qu'on ne vit pas dans le même pays. C'est juste une stratégie de contrôle des gens", déplore-t-elle.

Même constat pour Bertrand*, qui travaille au Crédit Agricole. Sa direction lui a adressé un message lui annonçant un maximum de deux jours de télétravail par semaine. "Nos postes étaient 100% en télétravail en mars", rappelle Bertrand, qui a du mal à comprendre.

Comme lui, des salariés d'offices HLM, de sociétés de dépannage informatique en ligne ou de location d'engins de BTP ont raconté à l'AFP avoir travaillé uniquement depuis leur domicile en mars-avril dernier, ce qui ne leur est aujourd'hui plus permis. Tous avancent le même argument : le refus du télétravail est lié à "une peur de perte de contrôle du salarié, avec une baisse de productivité".

Au sein de LCL, filiale du Crédit Agricole, FO s'est ému d'un "0% télétravail" imposé à tout le réseau commercial. La branche banques du syndicat a dénoncé dans un communiqué une situation propre à ce secteur. "La profession, à de rares exceptions, exclut toujours de recourir massivement au travail à distance en particulier pour les salariés des réseaux et en contact direct du public", dénonce FO.

Alors que syndicats et patronat ont entamé des discussions mardi sur le télétravail, la négociatrice de la CFDT Catherine Pinchaut a évoqué "de fortes remontées" venant d'entreprises qui refusent le télétravail.

De "nombreuses interprétations" du nouveau protocole

Le nouveau protocole national dans les entreprises, mis en ligne jeudi par le ministère du Travail, "laisse libre court à de nombreuses interprétations", a-t-elle dénoncé. "C'est à l'appréciation pure de l'employeur, qui décide que le poste de M. ou Mme Dupont est télétravaillable ou pas", sans discussion avec le salarié, déplore Catherine Pinchaut. "On voit bien qu'il y a une boulette dans la rédaction du protocole", regrette-t-elle.

"Ce protocole doit être respecté car, sinon, on entre dans la violation de l'obligation de sécurité de l'employeur qui, lui, doit mettre en place toutes les mesures pour protéger ses salariés. (...) S'il y a un vrai risque, il est possible de saisir l'inspection du travail ou les services de santé au travail. Le salarié peut aussi exercer son droit de retrait en expliquant qu'il y a un danger grave et imminent pour sa santé", indique sur l'antenne de BFMTV l'avocate en droit du travail Lise Le Borgne.

De son côté, Elisabeth Borne a relevé des "signaux positifs" comme la fréquentation en baisse des transports en commun en Ile-de-France lundi (entre 25 et 40% en moins par rapport à la normale).

"Je vais continuer toute cette semaine à mobiliser les entreprises, j'ai plusieurs visioconférences avec des directeurs de ressources humaines", assure-t-elle, affirmant qu'une enquête allait être diligentée en fin de semaine pour "mesurer la façon" dont le télétravail a été mis en œuvre.

Devant l'Assemblée et sur Twitter, la ministre du Travail en a rajouté une couche : "Stop aux contre-vérités : le télétravail n'est pas une option pour les entreprises et les salariés. Surtout pas quand 416 de nos concitoyens sont morts de la Covid-19 hier ! Les employeurs et les salariés l'ont bien compris, ils sont en train de s'organiser."

"Autant de travail, voire plus" qu'au printemps"

En attendant, Thibault*, qui travaille pour une entreprise de dépannage informatique à distance dans la région de Nantes, note une différence de taille par rapport à la situation du printemps : "contrairement au premier confinement, notre client n'a pas arrêté sa production donc il y a autant de travail, voire plus, avec plein de problèmes techniques", explique-t-il, rendant le travail à distance plus compliqué cette fois-ci.

A Dassault Aviation, certains salariés se sont plaints de ne pouvoir travailler à 100% depuis chez eux, pour "des raisons de performance économique" selon la CFDT. Mais comme le rappelle Bernard Mathieu, délégué syndical CFE-CGC, "le président de la République a dit que les usines devaient tourner" donc "le 100% télétravail est impossible", et pas seulement pour les ouvriers.

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