Rapatriés de Kaboul à Villeurbanne, des Afghans toujours rongés par "l'inquiétude du pays"

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Un jeune garçon derrière un portail alors que des familles de réfugiés afghans viennent d'arriver après leur évacuation de Kaboul à Villeurbanne, le 31 août 2021 près de Lyon
Un jeune garçon derrière un portail alors que des familles de réfugiés afghans viennent d'arriver après leur évacuation de Kaboul à Villeurbanne, le 31 août 2021 près de Lyon
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© AFP, OLIVIER CHASSIGNOLE

publié le mercredi 01 septembre 2021 à 13h38

Parti brutalement de Kaboul vers un avenir incertain, Ali*, un chirurgien afghan de 59 ans, vit depuis une semaine avec sa famille de Villeurbanne, près de Lyon et peine encore à se projeter dans une nouvelle vie.

"Le futur, on ne sait pas, donc nous avons choisi la demande d'asile pour avoir une garantie pour notre futur", déclare devant des journalistes le quinquagénaire, assis à côté de son épouse dans la salle commune de la résidence où ils sont accueillis depuis le 25 août. 

Le couple et ses deux enfants de 11 et 12 ans font partie d'un groupe de 85 réfugiés afghans, évacués par la France et accueillis en urgence à Lyon et Villeurbanne dans des structures gérées par Forum réfugiés-Cosi, après un éprouvant périple pour fuir Kaboul, tombée mi-août aux mains des talibans.

Comme eux, quelques 2.600 Afghans menacés ont été évacués en France en août, selon les chiffres officiels donnés à la suspension du pont aérien. 

"Il nous reste toujours l'inquiétude du pays, de notre famille, de notre peuple, parce qu'on pense toujours à ça, on ne peut pas oublier", ajoute ce professeur d'université francophone, barbe poivre et sel de trois jours.

Il témoigne sous un prénom d'emprunt car Forum réfugiés-Cosi préfère préserver l'anonymat des réfugiés afghans pour éviter de possibles représailles sur leurs proches restés au pays. 

- "Sac à dos " -

Ali raconte le départ précipité, munis seulement de "sacs à dos", l'attente durant "trois jours, sans manger" pour atteindre la porte de l'aéroport puis un premier avion vers Abu Dabi, la capitale des Emirats arabes, un second pour Paris et enfin un bus vers Lyon.

"On n'a pas eu d'autre choix, chaque jour était dangereux nous étions toujours préoccupés par les risques à venir, surtout pour moi qui ai longtemps travaillé avec les Français, j'avais des relations très proches avec l'ambassade", précise-t-il.

Sa femme, Lea*, 40 ans, médecin, prodiguait des conseils médicaux et juridiques aux femmes afghanes au sein d'une ONG, et garde un "très mauvais souvenir" du précédent régime taliban. 

Visage grave parfois illuminé d'un sourire, elle parle pachto, son époux Ali traduit: "elle a senti le danger, elle était préoccupée pour sa carrière car elle n'allait pas pouvoir continuer son travail, qu'elle aime bien".

"Elle était aussi préoccupée pour sa fille qui n'allait pas pouvoir être scolarisée", poursuit-il.

A Kaboul, l'école a fait savoir qu'elle n'accueillerait plus "les filles qui dépassent la sixième".

Leurs projets ? Ali souhaite seulement que ses enfants, encore "choqués" par les scènes de "brutalité" auxquelles ils ont assisté, soient "scolarisés" et que la famille puisse vivre sans "danger pour (sa) vie".

- "Se reconstituer" -

Comme les autres réfugiés, ils ont obtenu à leur arrivée en France un visa de 15 jours, ont commencé par dix jours d'isolement lié à la crise sanitaire et ont commencé les formalités pour demander l'asile politique.

"Les premiers jours ont servi à se reposer, à se reconstituer (...) tout le monde était épuisé, en particulier les enfants", souligne le directeur général de Forum réfugiés-Cosi, Jean-François Ploquin.

"Maintenant nous sommes dans une deuxième séquence pour permettre aux personnes d'être en pleine possession des éléments pour leur permettre de demander l'asile", avant qu'ils intègrent le dispositif "ordinaire", ajoute-t-il.

"Beaucoup sont rassurés sur leur sort mais sont en grand souci de ceux qu'ils ont laissé au pays", observe le responsable.

Cette angoisse taraude notamment Massoud, 34 ans, vêtu d'une tenue traditionnelle afghane en tissu satiné. Craignant pour sa vie, il a "tout laissé, jusqu'à ses trois enfants et sa femme".

Ses diverses activités professionnelles, en lien avec des étrangers, ainsi que son "activisme social" pouvaient, selon lui, le faire passer pour un "espion des Français" auprès des talibans. 

"Ma requête est celle-ci: si vous avez été capables de sauver des milliers de vies, sauvez seulement ma femme et mes trois enfants, supplie-t-il. Tout est à portée de main, toutes sortes de nourriture, mais je ne prend plaisir à rien ici. Physiquement, je suis assis ici mais mes pensées sont en Afghanistan, avec ma femme".

mb/sof/ide

*Prénoms d'emprunt

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