Radicalisation : "Les 13-14 ans sont des bombes à retardement"

Radicalisation : "Les 13-14 ans sont des bombes à retardement"
La présidente de l'association la "Brigade des mères", en janvier 2016 à Paris (Archives).

, publié le vendredi 29 juillet 2016 à 19h43

- VIDÉO. Dans une interview accordée ce vendredi à Europe 1, la présidente et fondatrice de l'association "La Brigade des mères", Nadia Remadna, explique qu'elle a vu "le religieux" gagner du terrain au fil des années dans les quartiers et dans sa ville de Sevran (Seine-Saint-Denis).

Elle se dit "très pessimiste" car, selon elle, "les enfants de 13-14 ans qui arrivent sont des bombes à retardement". -

Nadia Remadna a voulu "tirer la sonnette d'alarme" ce vendredi 29 juillet sur Europe 1. "Avant on avait peur que nos enfants tombent dans la délinquance, maintenant on a peur qu'ils deviennent des terroristes", explique-t-elle dans son ouvrage "Comment j'ai sauvé mes enfants" (Calmann-Lévy).

"LE RELIGIEUX EST PARTOUT"

"Personne n'est à l'abris. Dans les quartiers malheureusement, le religieux a pris la place, il est partout", explique-t-elle. "C'est le religieux qui décident de tout, emmène en vacances, c'est le religieux qui fait le CV... Et les élus font appel aux religieux dès qu'il y a un problème. Mais on ne fait jamais appel aux mères. Pourtant, elles sont les premières concernées". Elle accuse également les politiques de ne travailler qu'avec les religieux et de "flirter avec eux". "On dirait que l'iman de Sevran, c'est lui le maire", estime-t-elle.



Qui sont les vecteurs de cette radicalisation ? "Il y a des gens qui sont musulmans et qui sont convaincus qu'il faut faire comme le prophète. La religion pour eux, c'est une mission", juge-t-elle. "Il y en a d'autres, malheureusement qui sont victimes, qu'on arrive à convaincre". Qui fourni ce discours ? "Cela peut-être le gardien d'immeuble, l'éducateur à l'école, l'animateur sportif, le voisin... Cela peut-être n'importe qui", selon elle, "ce n'est pas forcément à la mosquée".

Elle estime que l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) "aurait pu être évité" si on avait écouté la famille d'Adel Kermiche. Après l'attentat, la famille du jeune terroriste ayant égorgé le père Jacques Hamel, a expliqué qu'elle avait plusieurs fois alerté sur la radicalisation de leur enfant et que son appel n'avait pas été entendu. "Quand on alerte, on nous dit que le salafisme n'est pas délit", répond Nadia Remadna, pointant du doigt les prétendues "associations" qui sous couvert de donner des cours d'arabe donnent des "cours coraniques". "Je suis très pessimiste, car les enfants de 13-14 ans qui arrivent, ce sont des bombes à retardement, parce qu'ils n'ont rien à côté", prévient-elle.

"RETOURNER LE CERVEAU"

Issu d'une famille sans problèmes, mais souffrant de troubles du comportement, Adel Kermiche, 19 ans, l'un des meurtriers du père Hamel, s'était radicalisé après avoir coupé les ponts avec ses amis. Né le 25 mars 1997, il était issu d'une famille nombreuse d'origine algérienne, dont l'aînée est devenue chirurgienne, selon ses voisins et proches rencontrés aux alentours du pavillon familial. La famille s'inquiétait de la pente suivie par le jeune garçon tout juste majeur et avait signalé sa radicalisation.

Selon le quotidien Le Monde, Adel Kermiche a été suivi psychologiquement dès l'âge de six ans et a effectué durant son adolescence plusieurs séjours en hôpital, dont 15 jours dans une unité psychiatrique. "Il parlait d'islam, qu'il allait faire des trucs comme ça. Il m'a dit 'je vais aller faire une église' il y a deux mois. Je l'ai pas cru, il disait beaucoup de choses", a raconté un adolescent du quartier sur RTL, estimant que Abel Kermiche s'était fait "retourner le cerveau". S'il n'avait aucune condamnation à son actif, Kermiche était connu des services antiterroristes depuis 2015 et avait été mis en examen en mars et mai 2016 pour avoir tenté de se rendre en Syrie à deux reprises.

Nadia Remadna est menacée à cause de son combat, tout comme ses quatre enfants. Pourtant elle ne bénéficie d'"aucune protection policière".

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