Radicalisation: le travail discret et patient des cellules de prévention

Radicalisation: le travail discret et patient des cellules de prévention
Les cellules de prévention de la radicalisation et d'accompagnement des familles (CPRAF), "chevilles ouvrières" de la lutte contre l'extrémisme, œuvrent souvent dans l'ombre, mais surtout le plus loin possible des ...

AFP, publié le samedi 20 juillet 2019 à 11h56

Les cellules de prévention de la radicalisation et d'accompagnement des familles (CPRAF), "chevilles ouvrières" de la lutte contre l'extrémisme, œuvrent souvent dans l'ombre, mais surtout le plus loin possible des polémiques sur ce sujet inflammable.

"En matière d'accompagnement social, nous faisons de la dentelle", explique à l'AFP la préfète du Cher, Catherine Ferrier. En cette journée de la mi-juillet, la représentante de l'Etat vient d'achever une réunion de la CPRAF à Bourges.

Autour de la table, des travailleurs sociaux et médico-sociaux, de l'Education nationale, du conseil départemental, de la CAF, de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) ou encore du service pénitentiaire d'insertion et de probation (Spip).

On y évoque le cas anonyme d'un jeune homme d'une vingtaine d'années qui fait l'objet d'un suivi approfondi sur l'accès à une formation et son chemin vers l'emploi.

"Il y a eu un petit lâcher prise de ce jeune homme qui ne s'était pas rendu à plusieurs rendez vous et qui après insistance de son père a repris attache avec la mission locale", détaille un travailleur social.

"On le suit depuis longtemps. Il a pu faire preuve d'une forte radicalité mais a aussi réalisé un gros travail de reconstruction de la personnalité", commente la préfète auprès du secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez, en déplacement à Bourges.

En 2018-2019, sur l'ensemble du territoire, ce sont 2.500 personnes radicalisées qui ont été prises en charge et 700 familles qui sont accompagnées, selon des chiffres du ministère de l'Intérieur.

Depuis la création du dispositif, en 2014, 6.300 personnes, dont une majorité de jeunes, ont été suivies.

Les personnes suivies le sont "sur le principe de la libre adhésion", indique le responsable d'une association oeuvrant dans le domaine social et qui a souhaité garder l'anonymat.

Si les groupes d'évaluation départementaux (GED), composés des responsables départementaux de la sécurité intérieure, de la police nationale et de la gendarmerie, sont chargés d'analyser les risques et les situations, les CPRAF, leur pendant "prévention", cherchent à accompagner de l'école à la sortie de prison.

Ainsi, dans près de 50% des cas, un suivi psychiatrique est proposé. 

Avec les CPRAF, "on sort d'un suivi de renseignement, policier ou répressif", relève Laurent Nuñez.

Les GED et CPRAF ne sont pas cependant hermétiques. Certains cas sont suivis par les deux instances. Pas la majorité.

- Cas par cas -

"Les CPRAF sont les chevilles ouvrières" de la prévention de la radicalisation, martèle Muriel Domenach, qui quittera dans quelques jours la tête du Comité de prévention de la délinquance et de la radicalisation.

"Parce qu'elles sont présentes dans les territoires", précise-t-elle, "et surtout parce qu'elle associent des acteurs qui n'avaient pas l'habitude de travailler ensemble. C'est courageux, et ça porte ses fruits".

L'un des succès des CPRAF, souligne Mme Domenach, est la baisse du nombre de mineurs suivis, passé de 26 à 15%.

Pour elle, c'est le résultat de "l'énorme travail de formation engagé, avec 28.000 personnes formées par les dispositifs du CIPDR". Mais c'est aussi le fruit de l'évolution constante de la réflexion et la prise en charge.

Ainsi, l'accent est mis en ce moment sur les personnes de retour de zone, la radicalisation dans le sport, les sorties de prison... "mais aussi les femmes", ajoute Mme Domenach, avec "la systématisation de la participation des déléguées droits des femmes" aux cellules.

Maitre mot du dispositif ? "Les CPRAF s'adaptent".

Comme dans le Cher, où sont suivis une dizaine de "cas". Dans ce département encore marqué par la ruralité, un travailleur social et un psychologue sont chargés d'évaluer chacun des cas. 

Pour Catherine Ferrier, "chacun rentre dans la radicalité par une porte singulière donc leur sortie se fait également par une sortie singulière".

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