Racisme : Rent A Car condamné pour discrimination

Racisme : Rent A Car condamné pour discrimination
Le groupe français de location de voitures Rent A Car a été condamné en mai dernier par les prud'hommes de Bobigny

publié le lundi 21 juin 2021 à 20h40

La société a réfuté les faits reprochés pendant l'audience.

Le groupe français de location de voitures Rent A Car a été condamné en mai dernier par les prud'hommes de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour harcèlement moral et discrimination envers un salarié noir, cible d'un "racisme primaire", a appris l'AFP lundi.

Embauché en tant qu'agent de comptoir polyvalent en 2011 dans une agence de la région parisienne, ce salarié rencontre progressivement des difficultés, qu'il attribue au harcèlement moral de son supérieur hiérarchique. Son état de santé psychologique se dégrade, le conduisant à être licencié pour cause d'inaptitude en 2019.


Dans son jugement rendu le 21 mai et consulté par l'AFP, le conseil des prud'hommes de Bobigny a reconnu qu'il avait été victime de "harcèlement moral" et de "discrimination" et a condamné la société à lui verser 15.000 euros de dommages et intérêts en réparation du préjudice subi. 

"Le noir se met derrière pour laver le véhicule"
Le salarié dénonçait les agissements de son supérieur, qui l'avait affecté exclusivement au nettoyage des véhicules, en faisant un parallèle avec sa couleur de peau. Dans un témoignage écrit, une collègue a corroboré les propos de ce manager qui qualifiait la victime de "négro" et refusait sa présence au comptoir "car il est pas intelligent et le noir se met derrière pour laver le véhicule".

A l'audience, la société a réfuté les faits reprochés. Sans contester les propos du supérieur, elle a toutefois estimé qu'ils n'avaient pas de connotation raciste mais résultaient du "parler ghetto" au sein de l'agence.

"Les propos avérés tenus par son supérieur qui consistent à lier cette affectation à la couleur de peau et à l'absence d'intelligence supposée" du salarié "sont plus que déplacés, mais le signe d'un racisme primaire", a souligné le conseil de prud'homme dans sa décision. La "familiarité" supposée dans l'agence "ne peut justifier des propos racistes", a-t-elle ajouté.

"Le plus surprenant restera, en dépit de la possibilité d'un appel qui serait incompréhensible, que de tels propos restent et demeurent assumés chez Rent A Car, l'auteur des propos racistes étant toujours soutenu par sa direction", a réagi auprès de l'AFP Me Grégory Saint-Michel, l'avocat du salarié.

Contacté par l'AFP, Rent A Car a déclaré "prendre acte" de la décision mais indique ne pas l'avoir reçue à ce jour. La société, qui emploie 850 salariés à travers ses centaines d'agences, précise n'avoir "eu à déplorer aucun fait de ce genre depuis sa création" en 1977.

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