Psychiatrie : un rapport dénonce la prise en charge "catastrophique" des patients

Psychiatrie : un rapport dénonce la prise en charge "catastrophique" des patients
En psychiatrie, le nombre de lits par habitant a diminué de moitié depuis les années 1990

Orange avec AFP-Services, publié le mercredi 18 septembre 2019 à 12h05

Un rapport présenté ce mercredi 18 septembre réclame une "véritable politique nationale de santé mentale" afin d'alléger la charge confiée au ministère de la Santé.

"Sortir la psychiatrie de l'hôpital". Tel est la recommandation centrale du rapport dévoilé par les députées Martine Wonner (LREM) et Caroline Fiat (La France insoumise), sur l'état.

Face à la  "prise en charge catastrophique" des patients en santé mentale, le document recommande de redéployer "80%" du personnel de cette filière "au bord de l'implosion" vers la ville "à l'horizon 2030".



Les constats négatifs dressés par le rapport sont multiples : "Retard au diagnostic beaucoup trop important", "sur-occupation des lits" de psychiatrie représentant un "fléau pour les patients comme pour les soignants", recours croissant "à l'hospitalisation sans consentement"... L'organisation territoriale de la psychiatrie est "tout à la fois inefficiente et inefficace", estiment les deux élues, rapporteures d'une mission d'information sur le sujet. Ancienne psychiatre devenue députée, Martine Wonner estime que "la psychiatrie aujourd'hui, c'est comme si des patients en cardiologie arrivaient en état d'infarctus". "Si la souffrance était traitée dès l'apparition des signaux faibles, 90% des patients n'auraient pas à être hospitalisés", ajoute t-elle dans un tweet.

Centres "saturés", les urgences en pâtissent 

"Le nombre de lits d'hospitalisation en psychiatrie par habitant a diminué de moitié depuis les années 1990", rappellent Martine Wonner et Caroline Fiat, aide soignante dans un Ehpad. Les députés notent que les structures qui se sont développées parallèlement en ville "ne permettent pas de répondre à la demande croissante" de soins, les centres médicopsychologique (CMP) étant "partout saturés" tandis que "le premier rendez-vous avec un psychiatre peut atteindre trois mois, et parfois bien plus". Conséquence, "les patients n'ont d'autre solution que les urgences, puis d'être hospitalisés, alors que la crise aurait pu être évitée". 

"La réponse ne se trouve pas dans l'hôpital mais en dehors"

"Si les revendications des personnels hospitaliers", illustrées par le mouvement de grève des urgentistes qui dure depuis l'an dernier (Amiens, Rouen, Le Havre, etc...), "en faveur de plus de lits sont parfaitement compréhensibles (...) la réponse ne se trouve pas dans l'hôpital mais en dehors", jugent-elles. "Il est urgent de déployer des moyens importants sur les structures extra-hospitalières, qu'elles soient sanitaires, sociales ou médico-sociales", font-elles valoir, plaidant pour "le développement massif d'équipes mobiles sur l'ensemble du territoire mais aussi de structures d'amont et d'aval". "Au terme d'une dizaine d'années, l'objectif (...) devrait être de déployer 80% des moyens de l'hôpital psychiatrique sur l'ambulatoire".

Les députées proposent en outre la création d'une "agence nationale en charge des politiques de santé mentale" sur le modèle de l'Institut national du cancer. En réponse à la crise du secteur, Agnès Buzyn avait nommé en avril le professeur Frank Bellivier délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, quand les députées souhaitent un "pilotage interministériel". Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2020 devrait par ailleurs amorcer la "refonte" du financement de la psychiatrie.

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