Protection contre les pesticides : le gouvernement propose une distance minimale de 5 à 10 mètres, colère des écologistes

Protection contre les pesticides : le gouvernement propose une distance minimale de 5 à 10 mètres, colère des écologistes
Épandage de pesticides, le 11 mai 2018 dans la Sarthe.

Orange avec AFP-Services, publié le samedi 07 septembre 2019 à 13h24

Les distances minimales que souhaite fixer le gouvernement entre les habitations et les zones d'épandage de produits phytosanitaires sont "vraiment insuffisantes", ont protesté samedi France Nature Environnement et d'autres organisations écologistes.

Alors qu'un peu partout en France, des maires de tous bords politiques ont multiplié récemment des arrêtés anti-pesticides, l'exécutif a décidé de s'emparer du sujet. "Le gouvernement va soumettre à consultation lundi un projet de décret qui part des recommandations scientifiques de l'Agence nationale de sécurité sanitaire" (Anses), a indiqué samedi 7 septembre à l'AFP un porte-parole du ministère de l'Agriculture, confirmant une information de BFMTV.

Les distances proposées dans ce projet seront de 5 mètres pour les cultures dites basses comme les légumes et de 10 mètres pour les cultures hautes, telles que les céréales. Les recommandations publiées fin juin par l'Anses évoquent notamment des distances de sécurité de 3, 5 et 10 mètres, selon le type de culture. La consultation durera 3 semaines.

"Le gouvernement tranchera en octobre-novembre", a complété le porte-parole.



"Dans la loi Egalim, il y a des dispositions spécifiques pour la protection des riverains via la mise en place de chartes concertées avec les riverains, les agriculteurs", a rappelé de son côté Matignon. Ces règles concernant l'élaboration de chartes et de distances minimales à respecter pour l'épandage des pesticides "vont figurer dans des textes qui entreront en application au 1er janvier 2020", a ajouté Matignon.

La colère des associations écologistes...

Les propositions n'ont pas convaincu les associations écologiques, qui proposaient de fixer une distance minimale à 100 ou 150 mètres. "Les mesures proposées sont vraiment insuffisantes, au vu de ce que dit l'Anses, au vu des études scientifiques", a déclaré à l'AFP Thibault Leroux, chargé de mission agriculture à France Nature Environnement (FNE). Des premières versions du décret ont circulé avant l'été et FNE s'attendait à "un fort lobbying du secteur agricole". "C'est assez décevant de voir qu'au sein du gouvernement, c'est le ministère de l'Agriculture qu'on écoute, avant les enjeux sanitaires et environnementaux", a-t-il regretté.

"Je n'y crois pas, je pense que c'est un poisson d'avril", a réagi sur BFMTV Yann Arthus-Bertrand, président de la fondation Good Planet. "Je ne peux pas croire qu'aujourd'hui les lobbyistes soient plus forts que la santé de la population. C'est insultant pour les gens qui se battent depuis si longtemps contre les pesticides".

David Cormand, secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts, reconnait un caractère "historique" à cette décision du gouvernement : "c'est la première fois que l'État admet qu'il y a un danger grave pour les gens" après l'épandage, a-t-il souligné sur la même chaîne. Mais "le problème, c'est le côté anecdotique de la décision qu'ils en tirent ": "une zone tampon de 5 à 10 mètres, ça n'a pas de sens".

... et du maire de Langouët

"Quand j'ai appris ça, je pensais que c'était une 'fake news' et que ce n'était pas sérieux! Cette proposition n'est pas croyable", a réagi de son côté auprès l'AFP le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine) Daniel Cueff. L'élu écologiste avait pris le 18 mai un arrêté interdisant l'utilisation de produits phytopharmaceutiques à moins de 150 mètres de toutes habitations. Ce texte a été suspendu le mardi 27 août par le tribunal administratif de Rennes.

"On est tombé de notre chaise car ces cinq et dix mètres, ce sont des protocoles déjà mis sur des bidons de pesticide de synthèse", a insisté M. Cueff. "On s'est aperçu que, pour moins respirer les glyphosates et les pesticides de synthèse, il fallait une bande de 150 mètres car là il y a moins de chance de respirer ces pesticides qui sont volatils et qui sont dans l'air", a-t-il expliqué. Le président Emmanuel Macron et le gouvernement n'ont pas pris "la mesure de cette vague qui ne voudra pas et ne voudra plus être face à des pesticides de synthèse dans l'air", selon lui.

Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume s'était opposé mercredi à l'idée d'une interdiction générale de traitement par des produits phytosanitaires dans une zone uniforme de 150 mètres autour de bâtiments habités. "S'il devait y avoir des zones de non traitement de 150 mètres", "nous serions obligés d'acheter de l'alimentation venue d'ailleurs" tellement une telle mesure réduirait les surfaces agricoles et le potentiel de production alimentaire en France, a-t-il dit sur Europe 1.

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