Prostitution des mineurs : comment lutter contre un phénomène en "augmentation régulière" ?

Prostitution des mineurs : comment lutter contre un phénomène en "augmentation régulière" ?
Photo d'illustration.

publié le mardi 13 juillet 2021 à 12h06

Un rapport d'experts vient d'être remis au gouvernement proposant une série de mesure visant à lutter contre la prostitution des mineurs. 

7.000 à 10.000 adolescents concernés. Peut-être plus.

Comment lutter contre la prostitution des mineurs, un phénomène en "augmentation régulière" ? Selon un groupe d'experts mis en place par le gouvernement, la France doit se doter d'un plan national de lutte contre la prostitution des mineurs. "Il importe d'agir sur tous les paramètres, en même temps" si l'on veut lutter efficacement contre la prostitution et l'exploitation sexuelle des mineurs, affirme dans un rapport publié mardi 13 juillet ce groupe de militants associatifs, hauts fonctionnaires, enquêteurs, médecins, psychologues ou magistrats. 


Si aucun chiffre n'est pour l'heure disponible, "les remontées de terrain font état d'une aggravation de la situation : tous les milieux sociaux sont concernés, avec une vulnérabilité accrue des mineurs en situation de précarité, parfois très jeunes, entre 12 et 15 ans", note le ministère des Solidarités et de la Santé sur son site Internet. Le rapport s'intègre dans le cadre du plan national de lutte contre les violences faites aux enfants 2020-2022 lancé par le Secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance et des Familles Adrien Taquet. 

Les réseaux sociaux au coeur des réseaux de proxénétisme

Facilité par l'émergence des réseaux sociaux, qui permet aux proxénètes de recruter clients et prostitués, le phénomène concernerait de 7.000 à 10.000 adolescents selon les associations, une fourchette "approximative" et "peut-être en deçà de la réalité", note le rapport. Selon une étude de la police citée dans ce document, 85 % des mineures victimes sont exploitées par des "proxénètes de cité", une tendance apparue en 2015 et qui a "rapidement pris son essor". 



Ce fléau est d'autant plus difficile à combattre qu'une part importante des jeunes filles concernées ne se considèrent pas comme des victimes : elles affirment agir par choix, parlent de "michetonnage" ou d'"escorting", évoquent l'attrait de l'argent facile et se montrent indifférentes aux sévices sexuels qu'elles subissent. Une réalité "difficile à intégrer et à comprendre pour les professionnels", notent les experts, pour qui il faut "renforcer substantiellement la formation" des enseignants et des soignants afin qu'ils puissent mieux comprendre le "comportement parfois déroutant des victimes". 

Les signaux qui doivent alerter

En cause : des "mécanismes d'emprise" et/ou les "conséquences traumatiques des violences subies". Les parents, de leur côté, ne sont pas assez informés des "risques liés aux mauvais usages du numérique par leurs enfants". Une ado qui fugue, change brusquement de comportement, sèche l'école, s'achète des produits de luxe : autant de signaux qui doivent alerter, affirment les experts. Mais si le repérage précoce est essentiel, il reste délicat, car l'adulte peut avoir peur de se tromper et de rompre le lien de confiance avec le jeune.

Les auteurs du rapport plaident également pour la création de structures d'hébergement spécialisées, afin d'éviter que les jeunes filles secourues ne soient contraintes de "passer plusieurs nuits en foyer d'urgence ou en hôtel", où leurs proxénètes "les retrouvent systématiquement".

Des moyens renforcés pour la police et la justice

Les experts préconisent en outre un meilleur pilotage de la politique publique au niveau de chaque département et l'amélioration du traitement judiciaire et de l'accompagnement éducatif des mineurs : cela doit passer selon eux par la désignation d'un référent spécialisé dans les parquets, et par des moyens renforcés pour les services de police et de gendarmerie, notamment ceux qui luttent contre le "cyber-proxénétisme".

Vos réactions doivent respecter nos CGU.