Propos injurieux de Bardot contre les Réunionnais: le gouvernement condamne, le préfet saisit le procureur

Propos injurieux de Bardot contre les Réunionnais: le gouvernement condamne, le préfet saisit le procureur
Annick Girardin (g) à Saint-Denis-de-la-Réunion le 17 mars 2019

AFP, publié le mercredi 20 mars 2019 à 20h21

Le gouvernement et l'Assemblée nationale ont condamné mercredi les déclarations injurieuses de Brigitte Bardot à l'encontre des Réunionnais, des propos qui ont poussé le préfet de La Réunion à saisir le procureur de la République.

Dans une lettre ouverte publiée mardi relative à la maltraitance animale, envoyée par sa Fondation, Brigitte Bardot affirme que "les autochtones ont gardé leurs gênes (sic) de sauvages", accusant les Réunionnais de "barbarie" à l'encontre des animaux.

La militante de la cause animale, âgée de 84 ans, déjà condamnée à cinq reprises pour incitation à la haine raciale, notamment pour des propos tenus contre les musulmans, évoque dans son courrier "des réminiscences de cannibalisme des siècles passés", "une population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales, des traditions barbares qui sont leurs souches".

Interpellé par le député de la Réunion Jean-Hugues Ratenon (LFI), qui a fait part de son "indignation" lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le secrétaire d'Etat chargé du Logement Julien Denormandie a condamné "au nom du gouvernement, de la manière la plus solennelle possible, de la manière la plus ferme possible, ces propos indignes".  

Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand a, lui, assuré que "l'ensemble de cet hémicycle ne peut avoir qu'un sentiment de mépris" à l'égard de ces propos, sous les applaudissements debout de l'ensemble des députés. 

Le député Ratenon a déposé plainte mercredi, ainsi que la députée PS Ericka Bareigts, ancienne ministre des Outre-mer.

"Cette lettre comporte des termes injurieux et racistes à l'égard des habitants de La Réunion", a indiqué le préfet de La Réunion dans un communiqué. "Cette lettre étant susceptible d'être constitutive d'un délit", il précise avoir "saisi mercredi matin le procureur de la République de Saint-Denis au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale".

L'article 40 dispose que "toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit, est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République".

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, qui se trouvait mardi à La Réunion, avait aussitôt condamné les termes injurieux du courrier, et annoncé qu'elle s'associerait à une plainte déposée par le préfet. 

"Madame Bardot, vous qui avez été le visage de Marianne et donc de la République, je vous le dis: le racisme n'est pas une opinion mais un délit", a-t-elle déclaré mercredi soir dans une lettre ouverte à Brigitte Bardot. Elle avait auparavant eu un entretien avec le Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, Frédéric Potier, qui a dénoncé dans les propos de l'ex-actrice "une marque d'obscurantisme et d'ignorance profonde". 

- "Racisme profond" -

Le président de la Région Réunion, Didier Robert, a également saisi le procureur.

De nombreux élus et parlementaires réunionnais et d'Outre-mer, ainsi que certains de métropole, ont condamné ce courrier.

Pour la secrétaire d'État Marlène Schiappa, Brigitte Bardot fait "de l'anthropologie de comptoir (...)". "Il ne faut rien laisser passer en matière de racisme", a-t-elle dit sur Europe 1.

La porte-parole du MoDem Sarah El Haïry a déploré des "propos d'un racisme profond" qui "montrent que certains soutiens de Marine Le Pen ont toujours cette même idéologie haineuse des races et de la supériorité des unes sur les autres".

L'actrice du "Mépris" et de "Et Dieu... créa la femme" revendique sa proximité avec Marine Le Pen depuis plusieurs années et l'avait publiquement soutenue lors de la présidentielle de 2012.

Mercredi, l'ancien ministre PS des Outre-mer Victorin Lurel a appelé le président de la République à "condamner sans réserve ces ignominies".

Pour le Conseil représentatif des Français d'outre-mer (Crefom), "les +cannibales+, les +barbares+, les +dégénérés+ et les +sauvages+ c'étaient les esclavagistes comme ce sont celles et ceux qui relaient aujourd'hui les préjugés sur lesquels reposaient le crime (de l'esclavage, ndlr)". 

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