Projet d'attaques terroristes : 9 membres du groupuscule d'ultradroite OAS bientôt jugés

Projet d'attaques terroristes : 9 membres du groupuscule d'ultradroite OAS bientôt jugés
Des policiers au tribunal de Paris.

publié le jeudi 27 mai 2021 à 21h05

Selon les juges, l'idéologie sous-jacente du groupe "s'inspire des thèses suprémacistes traditionnelles appelant à un communautarisme blanc" et "au renversement par les armes d'un Etat défaillant en vue d'installer les bases d'une civilisation structurée autour de la pureté de la race".

Ils ont envisagé de s'en prendre à Jean-Luc Mélenchon ou Christophe Castaner, d'attaquer un marché aux puces, des kebabs ou encore le chantier de la mosquée de Vitrolles... Les juges antiterroristes ont ordonné le renvoi en correctionnelle de neuf membres du groupuscule d'ultradroite OAS.

Sur les six informations judiciaires visant des groupes d'ultradroite ouvertes depuis 2017, ce dossier sera le premier à passer devant une juridiction antiterroriste.



Dans une ordonnance datée du 12 mai et révélée par l'AFP jeudi 27 mai, les juges d'instruction ont demandé à ce que ces neuf hommes soient jugés en correctionnelle pour "association de malfaiteurs terroriste" pour des velléités d'action violente en 2017. Trois d'entre eux, mineurs au moment des faits, comparaîtront devant le tribunal pour enfants.

Le fondateur et chef autoproclamé du groupe, Logan Nisin, un admirateur du néo-nazi norvégien Anders Breivik, comparaîtra également pour "apologie du terrorisme" et un vol de voiture. Seul protagoniste encore en détention provisoire, il avait été arrêté à Vitrolles (Bouches-du-Rhône), le 28 juin 2017. Il était alors âgé de 21 ans. Le reste du groupe a été démantelé en octobre 2017.

Fiché S depuis 2014 pour son appartenance à divers mouvements d'ultradroite, dont le Mouvement Populaire pour une Nouvelle Aurore (MPNA) ou encore l'organisation royaliste Action française, Logan Nisin animait notamment un groupe sur Facebook dénommé "Les Amis et Supporters d'Anders Behring Breivik", l'auteur de la tuerie qui a fait 77 morts en Norvège en 2011.

En perquisition, les enquêteurs avaient saisi armes et munitions, ainsi que des documents révélant qu'il était "à la tête d'une structure dénommée Organisation des Armées Sociales, dont l'acronyme, OAS, était le même que celui de l'Organisation armée secrète, responsable d'une campagne sanglante contre l'indépendance de l'Algérie dans les années 1960. "Rebeux, blacks, racailles, migrants, dealers, djihadistes, toi aussi tu rêves de tous les tuer ? Nous en avons fait le voeu REJOINS-NOUS", clamaient des tracts retrouvés sur un ordinateur de Logan Nisin.

Ce groupe, qu'il avait créé en 2016, entendait "préparer physiquement, psychologiquement et matériellement des combattants sélectionnés pour leur loyauté et leur habileté au combat, à défendre les 'valeurs de la France', dans la perspective d'une guerre raciale imminente", soulignent les magistrats.

Pour les juges, l'idéologie sous-jacente du groupe "s'inspire des thèses suprémacistes traditionnelles appelant à un communautarisme blanc" et "au renversement par les armes d'un Etat défaillant en vue d'installer les bases d'une civilisation structurée autour de la pureté de la race".

En garde à vue, Logan Nisin avait indiqué que le groupe avait envisagé de s'attaquer au chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon pendant la présidentielle mais avait abandonné sachant que celui-ci ne serait pas élu. Il avait en revanche dit avoir planifié de s'en prendre au porte-parole à l'époque du gouvernement macroniste Christophe Castaner, aussi maire de Forcalquier, et envisagé d'attaquer un marché aux puces, des kebabs ou encore le chantier de la grande mosquée de Vitrolles. 

Mais il avait aussi affirmé qu'après y avoir réfléchi, il avait conclu que les risques de mourir ou de finir en prison étaient bien trop élevées. "On est vraiment dans ce dossier face à un énorme fantasme, où on mélange tentation et tentative", a réagi auprès de l'AFP son avocat, Me Eric Bourlion, soulignant que la tentation relevait "d'une envie" et la tentative d'une "infraction pénale".

L'affaire aurait pu être jugée aux assises, mais les juges ont finalement décidé de suivre les réquisitions du parquet national antiterroriste, qui préconisait de juger les suspects en correctionnelle.

La menace de l'ultradroite, qui a ressurgi en réaction à la vague d'attentats jihadistes, inquiète de plus en plus les autorités. Cinq autres informations judiciaires antiterroristes concernant cette mouvance depuis 2017 sont toujours en cours. Un an après l'arrestation de Logan Nisin, un autre groupuscule soupçonné de vouloir frapper des cibles musulmanes avait été démantelé. A l'automne 2020, quinze membres ou proches de ce groupe appelé Action des forces opérationnelles (AFO), teinté de survivalisme, étaient mises en examen. Depuis, un groupuscule, issu d'un groupe Facebook surnommé "Les Barjols" et accusé d'avoir voulu attenter à la vie du président Macron, a été arrêté en 2018.

Trois autres enquêtes portent sur un groupe proche de l'idéologie néo-nazie soupçonné de viser des lieux de culte juifs et musulmans, un suprémaciste admirateur de l'auteur de l'attentat en 2019 contre des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande, et enfin un groupuscule néo-nazi qui visait notamment une loge maçonnique en Moselle.

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