Professeure braquée à Créteil : sur Twitter, des centaines d'enseignants se disent abandonnés par leur hiérarchie

Professeure braquée à Créteil : sur Twitter, des centaines d'enseignants se disent abandonnés par leur hiérarchie
Sous le hashtag #pasdevague, des profs racontent avoir été abandonnés par leur hiérarchie après une agression. En photo : une professeure surveille le bac de philosophie le 12 juin 2018 au lycée Pasteur de Strasbourg.

Orange avec AFP, publié le lundi 22 octobre 2018 à 15h20

C'est un peu le #MeToo des profs à bout. Avec le hashtag #pasdevague, des enseignants dénoncent l'absence de réaction des autorités de l'Éducation nationale après les agressions verbales ou physiques qu'ils racontent avoir subies.

"Une élève m'insulte et me menace. Je fais un rapport à la principale. Elle me convoque pour une confrontation (sic) avec l'élève. Elle commence : 'Alors Mme L., cette élève se plaint que vous ne l'aimez pas...'

"Vous n'êtes pas assez autoritaire"

"Un élève m'a insultée en me menaçant du poing (un 5e qui faisait 2 têtes de + que moi). Je suis sortie de la classe en tremblant voir la principale. Sa réponse : 'Vous n'êtes pas assez autoritaire'. J'ai ravalé mes larmes et suis retournée en classe."

" 'Pourquoi avez-vous posé une main courante ? Vous n'auriez pas dû !' Ma proviseure suite à ses 3 heures d'entretien avec le père d'un élève me menaçant d'une droite si je persistais à sourire !"

Plus de 20.000 messages en 24 heures

Depuis 24 heures, avec le mot-clé #pasdevague, des centaines de professeurs dénoncent sur Twitter l'absence de réactions de leur hiérarchie face aux violences qu'ils subissent. Le mouvement fait suite aux images de l'agression d'une professeure de biotechnologie, jeudi, au lycée Édouard-Branly de Créteil (Val-de-Marne). Sur cette vidéo tournée par un élève et diffusée ce week-end sur les réseaux sociaux, un lycéen de 15 ans, en classe de 1re braque l'enseignante avec une arme pour qu'elle le note présent au cours où il est arrivé en retard.

La prof n'a pas signalé l'incident à sa hiérarchie avant que la vidéo ne soit mise en ligne. Elle a finalement porté plainte vendredi. Un délai qui étonne certains commentateurs. Mais pas les confrères de la victime. Depuis dimanche, des professeurs partagent leur expérience. Plus de 20.000 tweets ont été écrits sous le hashtag #pasdevague, en référence à l'attitude prônée, selon ces enseignants, par les autorités de l'Éducation. 

Pas de sanction après avoir frappé sa prof

"Trois élèves agressent sexuellement un de leurs camarades (...) Le conseil de discipline les vire définitivement. Quelques jours après, le rectorat impose le retour d'un des auteurs dans la même classe que la victime", témoigne ainsi une prof de collège. Une professeure de Lettres raconte qu'une élève l'a frappée dans un couloir "mais le conseil de discipline ne l'a pas même exclue".

Jenny Lartaud, 28 ans, professeur de Français dans un collège en Alsace, fait partie des profs ayant partagé son expérience sur Twitter. "On vit des agressions verbales régulières, mais on est obligé de continuer d'enseigner", explique-t-elle à l' AFP. Elle raconte avoir été "testée" il y a deux ans par sa classe de 4e, pendant six mois. "Je leur ai proposé, pendant une heure de cours, de me dire ce qui ne se passait pas bien, selon eux", explique-t-elle. "Je n'aurais pas dû : ils se sont lâchés et j'ai entendu les pires ignominies". Elle écrit alors un rapport à sa hiérarchie : "le principal adjoint m'a convoquée, je n'étais pas seule, mais malgré des courriers faits aux parents, malgré quelques exclusions, les élèves ont continué". Selon elle, de nombreux profs préfèrent faire "comment si tout allait bien, pour ne pas qu'on dise d'eux qu'ils sont de mauvais enseignants".

Un plan d'action du gouvernement

La vidéo relayée sur les réseaux sociaux montre un adolescent debout dans une salle de classe, brandissant un pistolet près du visage de l'enseignante. La professeure, assise devant un ordinateur, semble plus lasse que paniquée, alors qu'un certain chahut est perceptible dans la classe.

Cet élève qui aura 16 ans le mois prochain a été mis en examen dimanche soir pour "violences aggravées". Il a été remis en liberté avec des mesures de contraintes provisoires, selon le parquet de Créteil. Il sera jugé ultérieurement par un juge des enfants.

Les ministres de l'Éducation Jean-Michel Blanquer, et de l'Intérieur, Christophe Castaner, ont annoncé la réunion d'un "comité stratégique" pour un "plan d'actions ambitieux" contre les violences visant les enseignants.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.