Professeur décapité: le parquet antiterroriste réclame des poursuites pour "complicité" d'assassinat terroriste

Professeur décapité: le parquet antiterroriste réclame des poursuites pour "complicité" d'assassinat terroriste
Le procureur antiterroriste Jean-François Ricard, lors d'une conférence de presse à Paris le 21 octobre 2020

, publié le mercredi 21 octobre 2020 à 16h26

L'enquête sur l'assassinat de Samuel Paty a été confiée à un juge d'instruction pour "complicité d'assassinat terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste", et vise notamment un parent d'élève et le militant islamiste radical Abdelhakim Sefrioui, a déclaré mercredi le procureur antiterroriste Jean-François Ricard. 

Parmi les sept personnes déférées devant la justice se trouvent également deux collégiens de 14 et 15 ans, soupçonnés d'avoir désigné l'enseignant à l'assaillant Abdoullakh Anzorov, en échange d'une somme d'argent de 300 à 350 euros, a expliqué le magistrat lors d'une conférence de presse. 

L'information judiciaire a été ouverte mercredi pour "complicité d'assassinat" et de "tentative d'assassinats" sur les forces de l'ordre, "en relation avec une entreprise terroriste", ainsi que pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", a précisé M. Ricard.

L'ouverture d'une enquête pour "complicité" signifie que le Parquet national antiterroriste (Pnat) estime que certains suspects avaient une connaissance précise de la finalité du projet terroriste d'Anzorov. 

L'assassinat de Samuel Paty, décapité le 16 octobre près de son collège des Yvelines, s'inscrit dans un "contexte d'appels aux meurtres" lancés depuis la republication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo début septembre, avant l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015 à Paris, toujours en cours, a souligné le procureur antiterroriste.

Le magistrat a notamment évoqué l'attaque au hachoir perpétrée le 25 septembre devant les anciens locaux de Charlie Hebdo et "trois communications" d'Al-Qaïda et de sa branche yéménite qui appelaient au "meurtre" de ceux qui avaient été à l'origine de la rediffusion de ces dessins.

"Il est aujourd'hui clair que le professeur a été nommément désigné comme une cible sur les réseaux sociaux" par le parent d'élève Brahim C. et Abdelhakim Sefrioui "au moyen de manoeuvres et d'une réinterprétation des faits", a résumé le procureur.

Samuel Paty avait été visé par la polémique lancée par les deux hommes après avoir montré à ses élèves de 4e des caricatures de Mahomet lors de cours sur la liberté d'expression dispensés les 5 et 6 octobre au collège du Bois d'Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

Outre ces deux hommes et les deux collégiens, trois proches du terroriste sont en cours de présentation devant le magistrat instructeur. 

Le premier, Azim E., 19 ans, "ami de longue date" d'Anzorov dont "il avait constaté la radicalisation depuis plusieurs mois", est soupçonné "de l'avoir accompagné la veille des faits dans une coutellerie à Rouen" et d'avoir fait des démarches pour se procurer d'autres armes.

Naïm B., 18 ans, est lui accusé d'avoir "convoyé" Anzorov à la coutellerie, puis de "l'avoir déposé devant le collège peu avant 14h" le jour des faits.

"Les deux hommes contestent à ce stade avoir eu connaissance des projets mortifères de leur ami", a rapporté le procureur.

Le dernier suspect, Youssouf C., est déféré "du fait de contacts très rapprochés et du partage manifeste de l'idéologie radicale" d'Azorov.

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