Production d'électricité : l'alerte de la Cour des Comptes sur l'avenir énergétique de la France

Production d'électricité : l'alerte de la Cour des Comptes sur l'avenir énergétique de la France
Vue de l'EPR de Flamanville.

publié le jeudi 18 novembre 2021 à 10h20

Dans une note, la Cour des Comptes se dit sceptique quand à la capacité d'EDF à construire six nouveaux EPR "dans les délais et à un coût raisonnable". Elle appelle à prendre des décisions urgentes mais sur "des bases mieux éclairées".

La Cour des comptes a alerté jeudi 18 novembre sur les incertitudes énergétiques qui pèse sur la France.

La construction de nouveaux moyens de production électrique - qu'ils soient nucléaires ou renouvelables - "appelle des décisions à présent urgentes pour garantir notre approvisionnement à l'horizon de la décennie 2040", soulignent les Sages de la rue Cambon dans une note thématique.

C'était déjà la conclusion du récent rapport du gestionnaire du réseau RTE, alors que le parc nucléaire français vieillit et que les besoins en électricité doivent augmenter pour réduire l'utilisation des énergies fossiles.




Une défi pour la France 

Les magistrats de la Cour des Comptes posent en prologue de la note les enjeux  pour le pays : "La production électrique française est aujourd'hui assurée à près de 70 % par des réacteurs nucléaires, dont les deux tiers auront cessé de produire avant 2050. Pour renouveler cette part importante de notre capacité de production d'électricité, de nouveaux moyens de production - 'décarbonés' , conformément aux engagements climatiques de la France - nécessiteront, non seulement un investissement financier considérable, mais aussi d'importants délais de construction. Cette situation appelle dès à présent des décisions urgentes, visant à garantir les besoins d'un approvisionnement énergétique croissant". 

A la suite de la publication du rapport de RTE, Emmanuel Macron avait annoncé le 9 novembre le lancement d'un nouveau programme nucléaire, alors que le sujet s'est imposé comme l'un des thèmes majeurs de la campagne pour la présidentielle de 2022. La France construit pour l'heure un unique réacteur EPR de nouvelle génération, à Flamanville (Manche).

L'EPR de Flamanville, l'antécédent qui inquiète 

Rappelant "la dérive des délais de construction" de cet EPR, les magistrats souligne "une incertitude en termes de capacité à construire un nouveau parc de réacteurs dans des délais et à des coûts raisonnables." EDF a fait à l'Etat une proposition pour construire dans un premier temps 6 nouveaux modèles d'EPR (EPR2) pour un coût de construction estimé à 46 milliards d'euros. Mais les magistrats notent qu'il en faudrait beaucoup plus (jusqu'à "25 à 30") pour maintenir une part de 50 % de nucléaire dans la production électrique au-delà de 2050.

Cela nécessiterait "une mobilisation et un effort de redressement accélérés de notre industrie nucléaire" et poserait "la question du nombre de sites disponibles". Ils remarquent aussi qu'EDF ne pourra financer seul les nouvelles constructions et qu'un "partage des risques avec l'Etat" sera nécessaire.

Comment stocker, où implanter, les énergies vertes ?
 

Mais le nucléaire n'est pas le seul à poser question : "les défis à relever paraissent tout aussi importants pour les nouvelles énergies renouvelables", relève la note. Même s'il n'y a pas d'incertitude technologique du côté de l'éolien ou du solaire, ces derniers se heurtent à d'autres défis, du côté de leur stockage ou de leurs difficultés d'implantation notamment.

La Cour des comptes conclut sur le souhait d'un débat "sur des bases mieux éclairées" alors qu'il existe en particulier "un risque important pour les finances publiques". "Il n'existe ni décision simple, ni solution à faible coût, ni risque zéro", soulignent les auteurs.

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