Six ans de prison requis contre l'ex-secrétaire d'Etat Georges Tron jugé pour viols

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Georges Tron, le 12 décembre 2017 à Bobigny
Georges Tron, le 12 décembre 2017 à Bobigny
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© AFP, JACQUES DEMARTHON
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AFP, publié le mercredi 14 novembre 2018 à 19h27

L'avocat général a requis mercredi six ans de prison ferme contre l'ex-secrétaire d'État et maire en exercice de Draveil, Georges Tron, pour les viols de deux de ses anciennes employées, le comparant au comte Dracula qui "vampirise ses victimes".

Il a par ailleurs réclamé quatre ans de prison à l'encontre de son ancienne adjointe à la Culture, Brigitte Gruel, jugée aux côtés de M. Tron depuis le 23 octobre devant les assises de Seine-Saint-Denis, estimant qu'elle avait "obéi en petit soldat". 

L'accusation a également demandé que tous deux soient déclarés inéligibles pendant cinq ans et qu'ils soient inscrits sur le fichier des délinquants sexuels.

Le verdict est attendu jeudi, plus de sept ans après les dépôts de plainte, en mai 2011, des deux ex-employées municipales et une dizaine d'années après les scènes qu'elles dénoncent.

Virginie Ettel et Eva Loubrieu, 41 et 44 ans, accusent Georges Tron, maire de Draveil depuis 1995, et Brigitte Gruel de leur avoir, ensemble, imposé des attouchements et des pénétrations digitales. Cette affaire avait contraint Georges Tron à démissionner le 29 mai 2011 de son poste de secrétaire d'État à la Fonction publique.

Les accusés, âgés de 61 ans, ont toujours nié en bloc, estimant que le "ressentiment" des anciennes employées avait été exploité par leurs opposants locaux d'extrême droite. 

La position de l'avocat général Frédéric Bernardo était très attendue, le ministère public s'étant toujours opposé au renvoi devant les assises de l'élu et de son ex-adjointe. La tenue d'un procès avait finalement été décidée en 2014 par la chambre de l'instruction.

"On a le droit d'avoir dans la magistrature son point de vue, j'ai le mien. (...) Faut pas croire qu'on est une armée de soldats", a déclaré l'avocat général. 

Pendant près de deux heures, il est descendu de sa place pour s'exprimer, sans notes, face à la cour.

- "Hymne à la vacuité" -

Pour lui, Georges Tron - alors député, maire, chef de l'UMP localement - a "abusé de son pouvoir avec ses subordonnées" puis tenté de "politiser une affaire purement sexuelle" en dénonçant un complot. 

Rappelant qu'il était affublé du surnom de "masseur chinois", en référence à sa passion revendiquée pour la réflexologie plantaire, il le compare plutôt au comte Dracula, un "pervers narcissique" qui "vampirise ses victimes". 

Frédéric Bernardo évoque à peine Brigitte Gruel. Georges Tron était le "meneur", elle a obéi "en petit soldat", estime-t-il. Mais "l'obéissance n'est pas une fatalité, elle a eu plusieurs fois l'occasion de sortir de ses filets."

"On a parlé d'elle à peine deux minutes pour requérir quatre ans de prison!, tempête son avocat Frank Natali. Qu'est-ce qu'il y a dans ce dossier ? Rien !" 

"L'accusation s'effondre comme un château de sable dès qu'on rentre dans les détails. (...) On colle un scénario et on veut en faire une vérité judiciaire", martèle-t-il.

Les avocats de Georges Tron, Antoine Vey et Éric Dupond-Moretti, plaident à leur tour l'acquittement devant une salle comble.

Débit de mitraillette, Me Vey dézingue un "procès de la rumeur et de l'amalgame", un dossier "construit autour d'une mythologie", "une accumulation de riens".

L'affaire est jugée un an après la déflagration Harvey Weinstein qui, a provoqué une vague mondiale de libération de la parole des femmes. Elle avait éclaté dix jours après la retentissante arrestation à New York de Dominique Strauss-Kahn, alors patron du Fonds monétaire international, accusé de viol par une femme de chambre.

"Que la parole des femmes se libère, c'est parfait, dit Éric Dupond-Moretti. Mais le réceptacle de cette parole ne sont ni les médias, ni les réseaux sociaux, mais la justice."

L'avocat général a, selon lui, livré un "réquisitoire mielleux, démago, imprécis", "un hymne à la vacuité".

"On fait des femmes des potiches" incapables de réagir "parce qu'il est député-maire ? On devient fous dans ce dossier devenu un symbole !", s'emporte le ténor du barreau.

En face, Virginie Ettel s'est éclipsée. Eva Loubrieu serre les dents. 

Les accusés auront la parole en dernier jeudi matin avant que la cour ne se retire pour délibérer. 

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