Procès Pastor : l'accusation accable le gendre d'Hélène Pastor

Procès Pastor : l'accusation accable le gendre d'Hélène Pastor
Croquis d'audience montrant Wojciech Janowski jugé devant la Cour d'assises des Bouches-de-Rhône à Aix-en-Provence, le 17 septembre 2018.

AFP, publié le jeudi 11 octobre 2018 à 19h32

Des "bas-fonds" de Marseille aux "splendeurs" de Monaco, tout accuse dans l'assassinat de la milliardaire monégasque Hélène Pastor, son gendre, Wojciech Janowski, dépeint jeudi en commanditaire avide d'argent et de reconnaissance par  l'accusation.

Hélène Pastor, 77 ans, héritière d'un empire immobilier monégasque, et son chauffeur Mohamed Darwich, 63 ans, avaient été mortellement blessés par balles, le 6 mai 2014, devant un hôpital à Nice.

Trois semaines de procès devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône ont jeté une lumière "grise", voire "sordide" sur la haute société monégasque, "ce confetti, ce théâtre de vanités où s'entassent les fortunes réelles ou pas", a relevé l'avocat général Pierre Cortès dans son réquisitoire.

C'est un véritable "choc des univers", "avec d'un côté les splendeurs clinquantes de la Principauté et de l'autre côté les bas-fonds de Marseille", où ont été recrutés les hommes de main, qui s'est dessiné, a-t-il poursuivi.

Pour le magistrat, le rôle de chaque accusé est désormais clair : d'un point de vue judiciaire, ce dossier "n'est pas parmi les plus difficiles de l'histoire du crime".

"L'enquête a été remarquable, l'instruction brillante et les zones d'ombre sont pratiquement inexistantes", s'est-il félicité. "Il y a quelqu'un en haut qui décide", le gendre Wojciech Janowski ; "d'autres plus bas qui font les intermédiaires", son coach sportif Pascal Dauriac ; "et d'autres encore qui exécutent", a-t-il décrit. 

"Pièce rapportée"

Parmi le "très grand nombre de preuves", le magistrat a recensé les vidéos du parcours des criminels, les analyses de la téléphonie, une multitude de témoignages, les "déclarations croisées des accusés" et les aveux qu'ils ont passés.

Ceux de Wojciech Janowski, en garde à vue, et qui sont l'une des pièces majeures de l'accusation, lui "collent à la peau", a noté le représentant du ministère public: le compagnon de la fille d'Hélène Pastor, Sylvia, a depuis fait volte-face et nie être l'instigateur du crime.

Accablé par le dossier, il a avoué "parce qu'il ne pouvait pas faire autrement", a analysé le magistrat. Et a été jusqu'à faire passer son crime pour "de l'altruisme, de la générosité, voire de l'humanité", affirmant qu'il avait agi pour libérer sa compagne de l'emprise délétère et étouffante d'Hélène Pastor.

Le consul honoraire de Pologne à Monaco, faussement diplômé de Cambridge, n'a fait que des "aveux circonscrits", "il a dit avoir délégué, avoir donné un ordre général abstrait", a encore pointé M. Cortès.

En réalité, M. Janowski s'est préoccupé des moindres détails du crime : le meurtre du chauffeur pour brouiller les pistes ou ne pas laisser de témoin, l'heure du guet-apens, la date à ne pas dépasser, a accusé le magistrat.

Selon l'accusation, l'argent et la fortune colossale de la famille Pastor n'expliquent pas seuls le meurtre: "ne parler que d'argent serait réducteur, (Wojciech Janowski) a un besoin de rabaisser les autres, un besoin existentiel de reconnaissance, de distinction".

"Il ne supportait pas d'être une pièce rapportée. Comme Hélène Pastor ne l'a pas accueilli comme il le souhaitait et comme il pensait qu'il le méritait, il lui vouait une haine tenace et finalement meurtrière", a poursuivi l'avocat général.

Manipulateur, menteur au point de s'empêtrer dans ses contradictions, escroc jusqu'à la mesquinerie... L'avocat général a esquissé un portrait peu glorieux du compagnon de la fille d'Hélène Pastor. Une vie construite sur la tromperie de tous, et au premier chef de sa compagne, avec l'argent de laquelle il finançait son train de vie luxueux et ses affaires calamiteuses.

Un à un, Pierre Cortès a anéanti les scénarios mouvants et souvent contradictoires, opposés par Wojciech Janowski aux juges et enquêteurs. Pour se disculper, il a été jusqu'à accuser du crime le fils de Mme Pastor, Gildo, se dépeindre lui-même en victime de son coach sportif qui l'aurait racketté, et acheter de faux témoignages.

Le verdict, pour les dix accusés impliqués dans le double meurtre, est attendu au plus tard le 19 octobre.

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