Procès du 13-Novembre : les terrasses, "une scène de guerre", selon les enquêteurs

Procès du 13-Novembre : les terrasses, "une scène de guerre", selon les enquêteurs
Croquis de la 7e journée du procès des attentats du 13-Novembre, le 16 septembre 2021, à Paris.

publié le jeudi 16 septembre 2021 à 20h48

La septième journée du procès des attentats du 13-Novembre était consacrée jeudi 16 septembre aux témoignages des enquêteurs qui sont intervenus sur les différentes scènes de crimes. 

Les participants du procès des attentats du 13-Novembre appréhendaient particulièrement cette septième journée. Les enquêteurs ont détaillé jeudi 16 septembre devant la cour d'assises spéciale de Paris les scènes de crime du Stade de France et des terrasses du Carillon, du Petit Cambodge, de la Bonne Bière et de la Casa Nostra, photos et vidéos à l'appui. 




Des "vidéos le son" des kamikazes se faisant exploser devant le Stade de France, ainsi que des "vidéos et des photographies panoramiques, assez éloignées" des terrasses seront diffusées, avait prévenu la veille le président de la cour Jean-Louis Périès, invitant les parties civiles à prendre leurs "dispositions".

En conséquence, seules une cinquantaine de parties civiles étaient présentes dans la salle d'audience.

"Identifier au plus vite" les kamikazes

L'audience a débuté avec l'attaque au Stade de France. L'enquêteur, arrivé sur les lieux à 23H20, deux heures après la première explosion a a retracé de façon quasi clinique les constatations faites sur place. "La victime était face contre terre, les vêtements maculés de sang", a-t-il expliqué. Cette première victime des attentats qui ont semé la terreur à Saint-Denis et à Paris jusqu'au bout de cette nuit meurtrière, était Manuel Colaço Dias, 63 ans, un chauffeur d'autocar portugais venu déposer des supporteurs qui allaient assister au match de foot France-Allemagne. Il a rapidement été identifié, grâce à son alliance, gravée à l'intérieur. Pas moins de onze écrous, projetés par la ceinture explosive du kamikaze, seront prélevés sur son corps. "Un écrou était au niveau du poumon", a précisé l'ancien chef de groupe de la section anti-terroriste de la Brigade criminelle de Paris, dans une salle d'audience muette

Des photos ont été projetées dans la salle d'audience. Le corps du kamikaze qui s'est fait exploser à 21h16 près de la porte D du Stade de France et celui, à quelques mètres, de Manuel Colaço Dias sont masqués par des rectangles blancs. Le corps du premier kamikaze a été retrouvé en partie déchiqueté. "La jambe gauche a été arrachée mais est toujours reliées au corps par les restes de vêtement, le bras gauche est manquant", relate l'enquêteur. La police a retrouvé sur lui un passeport syrien. "Notre idée était de l'identifier au plus vite", a expliqué l'enquêteur. La tâche va s'avérer difficile. "Contre la grille du stade porte D nous allons découvrir un os, une main, des morceaux d'os, une partie de corps qui pourrait s'apparenter à un bras et des morceaux de chair humaine", a poursuivi l'enquêteur. 

Un second kamikaze s'est fait exploser à 21H20 devant la porte H. "Le kamikaze a été disloqué par l'explosion et des fragments de son corps sont retrouvés un peu partout", a indiqué l'enquêteur. La troisième explosion aura lieu à 21h53, au sud-est du Stade de France, à proximité d'un restaurant McDonald's.

Deux des kamikazes portaient des survêtements du club allemand du Bayern. Un des avocats de la défense voudrait savoir "si en fait, ils ne visaient pas des supporteurs allemands?". La question a laissé sans voix l'enquêteur. "On a eu une revendication par la suite qui laisse peu de doute", est alors intervenu le président Jean-Louis Périès. L'organisation Etat islamique avait en effet revendiqué les attaques, en écrivant qu'elles prenaient "pour cible la capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la croix en Europe, PARIS."

"Nous sommes restés dans un état de sidération"

Un autre enquêteur, également membre de la Brigade criminelle, qui est intervenu sur la scène de crime des terrasses du Carillon et du Petit Cambodge lui a succédé. "Nous sommes tous des enquêteurs expérimentés. On a tous déjà vu énormément de scènes de crimes. Mais dans les premiers instants, nous sommes restés dans un état de sidération", a-t-il confié en préambule.  "Ce n'était pas une scène de crime comme nous pouvons en connaître. C'était une scène de guerre", a-t-il insisté.

Il a expliqué le "gros souci" que les policiers ont eu pour identifier les treize corps, onze devant le Carillon et deux à l'intérieur du Petit Cambodge, présentant par la même occasion ses excuses aux familles car plusieurs erreurs ont été faites dans les premières identifications.

Les policiers n'ont pas été dérangés lors de leur constations. "Il n'y avait aucun bruit.​ On entendait que les portables des victimes qui sonnaient et qui venaient nous sortir de notre professionnalisme", a-t-il précisé, avec de l'émotion dans la voix.

"L'une des victimes portait 36 plaies par arme à feu. Une autre, 22. Une troisième, 14. Je vous laisse vous même qualifier les faits", a répondu l'enquêteur à Me Reinhart, avocat des parties civiles, qui lui demandait de qualifier les faits. Plus de 120 douilles ont été retrouvées sur place, ce qui correspond à quatre chargeurs. 

"La volonté de tuer est manifeste, il n'y a pas d'ambiguïté"

Un commandant de police de la Brigade criminelle de Paris chargé de superviser la scène de crimes des terrasses du bar La Bonne Bière et de la pizzeria Casa Nostra, est ensuite venu témoigner. Cet enquêteur en poste depuis 25 ans a diffusé deux vidéos très éprouvantes l'une issue d'une caméra de surveillance de la ville de Paris où l'on voit cinq personnes se faire tuer et une provenant de la caméra intérieure de la pizzeria, ainsi que des photos. 

"Les assaillants ont tiré à hauteur des personnes assises, et même vers le sol où se trouvaient déjà des victimes. La volonté de tuer est manifeste, il n'y a pas d'ambiguïté", a-t-il commenté. "Ce sont des attaques avec des armes automatiques. Ça va très vite", a-t-il répondu à la Cour, qui lui demandait de qualifier les faits. "Avec des chargeurs de 30 balles minimum. Des tirs maîtrisés malheureusement. Par rafales. Les tireurs sont de vrais tireurs", a-t-il poursuivit. 

"Généralement, dans les affaires que l'on traite, nous avons peu de victimes innocentes qui sont en train de passer une soirée comme ça le vendredi soir. Ces victimes, ça aurait pu être tout un chacun", a-t-il encore ajouté. 

L'audience s'est achevée sur ce témoignage et reprendra vendredi à 12h30. Cette journée sera consacrée aux constatations réalisées au Bataclan, où sont mortes 90 personnes. Un enregistrement audio de "30 secondes" sera également diffusé. Ce ne sera que "le tout début, 30 secondes simplement" de cet enregistrement d'un dictaphone resté allumé et qui a capté l'intégralité de l'attaque. "On entend la musique et le début des tirs", a détaillé Jean-Louis Périès. 





 

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