Procès des écoutes : que contiennent les conversations de Nicolas Sarkozy ?

Procès des écoutes : que contiennent les conversations de Nicolas Sarkozy ? ©MARTIN BUREAU / AFP

, publié le lundi 23 novembre 2020 à 07h00

Nicolas Sarkozy sera jugé pour corruption et trafic d'influence, lundi 23 novembre à Paris. L'affaire qui vaut à l'ancien président ce procès repose sur des écoutes téléphoniques qui font intervenir son avocat historique Thierry Herzog et le haut magistrat Gilbert Azibert.

L'ancien président est soupçonné d'avoir obtenu, via son avocat, des informations secrètes sur un pourvoi en cassation auprès du magistrat, en échange d'une "coup de pouce" pour un poste à Monaco.

Nicolas Sarkozy dément fermement ces accusations.

"Gilbert" a eu accès à un document confidentiel 

Le 30 janvier 2014, sur sa ligne non officielle dite "Bismuth", Me Herzog explique à Nicolas Sarkozy la position du parquet général de la Cour de cassation, qui s'annonce favorable à une annulation de la saisie des agendas de l'ex-chef de l'État dans le dossier Bettencourt, instruit à Bordeaux et dans lequel il a obtenu un non-lieu. 




L'avocat rapporte un échange qu'il a eu avec "Gilbert", magistrat à la Cour mais qui n'intervient pas dans ce dossier. Il indique que ce dernier "a eu accès" à un autre document, pourtant confidentiel : "l'avis" du conseiller rapporteur. Les juges bordelais pourraient ainsi devoir expurger le dossier des références aux agendas : "Ce sera du boulot pour ces bâtards de Bordeaux".

"Je l'aiderai" 

Le 1er février, Nicolas Sarkozy appelle son avocat sur la "ligne Bismuth" pour lui demander de répondre sur son téléphone officiel, qu'ils pensent écouté. Ils se mettent d'accord sur les propos qu'ils vont tenir en faisant référence aux "juges qui écoutent". 

Le 5 février, Me Herzog réitère l'optimisme de Gilbert Azibert, qui devait rencontrer un autre magistrat de la Cour "pour bien lui expliquer ce qu'il faudrait". "Moi, je le fais monter", dit Nicolas Sarkozy. Son avocat évoque l'intérêt du magistrat pour un poste au Conseil d'Etat à Monaco. "Je l'aiderai", insiste l'ex-président. Selon Me Herzog, Gilbert Azibert lui aurait dit qu'il n'osait pas demander "un coup de pouce". "Je lui ai dit : 'Tu rigoles avec ce que tu fais...'"

Revirement 

Le 23 février, alors que l'ex-président doit se rendre dans la Principauté, Me Herzog lui rappelle "de dire un mot pour Gilbert" s'il a "l'occasion". Nicolas Sarkozy acquiesce. Il est dans les favoris mais "si tu donnes un coup de main, ce sera toujours mieux", dit le lendemain l'avocat. Nicolas Sarkozy déclare qu'il fera "la démarche" dans les deux jours.



Le 25 février, Nicolas Sarkozy répète qu'il fera "la démarche". Le jour suivant, pourtant, il assure sur sa ligne officielle qu'il n'a finalement pas parlé du magistrat au ministre d'Etat du "Rocher" : "ça m'embête de demander quelque chose alors que je connais pas très bien".

"Je te raconterai" 

Pour les enquêteurs, ce revirement peut s'expliquer par le fait que les deux hommes viennent d'apprendre que leurs téléphones non officiels sont aussi sur écoute, thèse que Nicolas Sarkozy réfute. 

Le 3 mars, lors d'un appel entre Me Herzog et Gilbert Azibert, l'avocat annonce que "la démarche à Monaco a été faite". "Je te raconterai de vive voix" la "dernière péripétie", ajoute-t-il. "On a été obligés de dire certaines choses au téléphone", poursuit-il, "parce qu'on a appris certaines choses". 

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