Procès de Jonathann Daval : le père d'Alexia réclame "la peine maximale"

Procès de Jonathann Daval : le père d'Alexia réclame "la peine maximale"
Isabelle et Jean-Pierre Fouillot le 18 novembre 2020 à Vesoul.

, publié le mercredi 18 novembre 2020 à 13h49

Jean-Pierre Fouillot a dénoncé mercredi devant la cour d'assises de la Haute-Saône le "massacre" de sa fille par Jonathan Daval.




Une journée "sous très haute tension" s'est ouverte mercredi 18 novembre devant les assises de la Haute-Saône, à Vesoul, avec l'audition des parents d'Alexia Daval et l'interrogatoire de Jonathann. Mais le président a douché les attentes d'un face-à-face annoncé en déclarant qu'il n'était "pas question à ce stade" qu'ils interpellent celui qui a reconnu le meurtre de leur fille.

"Je rappelle que Jonathann Daval n'a pas encore été interrogé sur le fond de cette affaire.

Les parties civiles pourront (l')interroger (...), mais seulement après que j'aie moi-même procédé à mon interrogatoire", a déclaré Matthieu Husson, alors que l'accusé doit être interrogé mercredi après-midi. Les parents avaient en effet annoncé dès lundi leur intention de profiter de leur passage à la barre pour s'adresser directement à Jonathann et lui demander "pourquoi" il a tué leur fille.

"Nous avons pris perpétuité. Est-ce que ce sera le cas de Jonathann?"

La déposition a débuté vers 11H00 avec Jean-Pierre Fouillot, le père de cette jeune employée de banque de 29 ans, découverte morte dans un bois de Haute-Saône le 30 octobre 2017. "J'espère tout simplement que la peine maximum soit octroyée", a-t-il déclaré, alors que son gendre encourt la réclusion criminelle à perpétuité. "Notre futur, il est simple, nous avons pris perpétuité. Est-ce que ce sera le cas de Jonathann, c'est vous qui en déciderez", a-t-il lancé à la Cour. "Ce fameux jour nous a éteint la lumière du bonheur et de la sérénité. Nous sommes désormais en mode veilleuse", a-t-il ajouté.

Et de s'interroger encore en s'adressant à l'accusé qui fuyait son regard : "Pourquoi Alexia a-t-elle été assassinée, pour une dispute, une relation sexuelle refusée et peut-être pour vouloir te quitter, Jonathann ?" "Avant ce drame, le bonheur régnait au sein de notre famille" mais Jonathann l'a "cassé", a ajouté Jean-Pierre Fouillot, 64 ans, vêtu d'une veste de velours vert, la voix parfois altérée par les sanglots.

"Il nous a sali"

Puis la cour d'assises s'est figée dans un silence de cathédrale quand il a rappelé qu'à l'issue de l'audition où son épouse avait arraché de nouveaux aveux à Jonathann, il avait pris celui-ci et sa femme dans ses bras. "Nous avons épaulé Jonathann", "on l'a chéri encore plus que d'habitude" et il "pleurait avec nous sur le drame (...) dont lui avait toutes les clés", a-t-il poursuivi.

"J'ai une faiblesse, moi, je suis sentimental (...) Faut-il le regretter?", s'est-il encore interrogé, se souvenant avoir dit à son gendre à l'issue de la reconstitution, en juin 2019 : "sache que je t'aime toujours". Mais à présent, "je culpabilise d'avoir eu ces mots. A l'heure d'aujourd'hui, je serais loin de lui redire la même chose (...) Au fil des mois, je me suis rendu compte de la monstruosité des choses", a-t-il conclu, actant la rupture affective avec son ancien gendre.

"Il nous a sali" en accusant son beau-frère d'un complot et d'être le meurtrier, a-t-il encore lâché. "Alexia était une fille tout ce qu'il y a de plus simple, mais tout ce qu'il y a de plus aimant (...) c'était un bonheur immense pendant toutes ces années", a-t-il ajouté, déplorant que la défense cherche à "salir" aussi la victime. "C'est d'un assassinat, c'est d'un massacre dont on parle", a estimé M. Fouillot, alors que les parties civiles soupçonnent Jonathann d'avoir prémédité le meurtre.

A l'issue, le président de la cour Matthieu Husson a salué la "dignité" de ces propos qu'il a résumés par "dix ans de bonheur avec Alexia, trois ans de malheur" depuis le meurtre.


Sept versions

La mère d'Alexia, Isabelle Fouillot ainsi que la sœur et le mari de cette dernière, Stéphanie et Grégory Gay, doivent se succéder à la barre dans l'après-midi. Le face-à-face entre Jonathann Daval et son beau-frère s'annonce particulièrement tendu : durant l'instruction, Jonathann l'avait un temps accusé d'avoir tué Alexia, évoquant un prétendu "complot familial".

Jonathann Daval, qui avait joué les veufs éplorés pendant trois mois avant d'être arrêté, a livré durant l'instruction pas moins de sept versions de la mort de sa femme. Il avait avoué le meurtre avant de se rétracter et d'inventer un complot familial, pour finalement reconnaître de nouveau le meurtre de son épouse, commis selon lui lors d'une dispute conjugale. L'informaticien de 36 ans, qui a aussi reconnu avoir incendié en partie le corps de son épouse, soutient ne jamais avoir voulu la tuer.

L'enjeu est double mercredi pour l'accusé : outre cette confrontation avec son ancienne belle-famille il devra répondre à un interrogatoire qui s'annonce très difficile. 

Qu'en sortira-t-il ? Jonathann avait "un mode de fonctionnement basé sur le mensonge", a reconnu l'un de ses avocats, Me Randall Schwerdorffer, bien conscient que "l'unique possibilité" pour son client "d'avoir un procès juste", c'est désormais "d'être authentique et sincère". Il le "doit à sa famille" et "à la famille d'Alexia".


 

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